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Les principales compagnies aériennes canadiennes ont suspendu leurs vols vers Cuba en raison de la crise croissante du carburant que traverse l'île, exacerbée par le blocus pétrolier américain.
Air Canada, WestJet et Air Transat ont annoncé à différents moments de ce lundi qu'ils suspendront temporairement leurs opérations vers le pays caribéen, citant le manque de disponibilité de carburant aviation dans les aéroports cubains.
Les trois compagnies aériennes ont indiqué qu'elles travaillent déjà sur des plans de rapatriement pour ramener les voyageurs canadiens qui se trouvent actuellement sur le territoire cubain.
WestJet : Changement dans sa décision et annulation totale des opérations vers Cuba
Initialement, WestJet avait indiqué qu'elle continuerait à opérer ses vols programmés. Cependant, la compagnie aérienne a ensuite rectifié sa position lundi et a annoncé la suspension totale de ses services vers Cuba, y compris l'annulation des ventes et des voyages prévus.
La mesure affecte non seulement WestJet, mais aussi ses marques associées : Sunwing Vacations, WestJet Vacations et Vacances WestJet Québec.
« Tous les vols transporteront suffisamment de carburant pour garantir un départ sécuritaire sans dépendre de la disponibilité locale de carburant », a indiqué la compagnie aérienne sur son site web, tout en affirmant qu'il n'y a pas de préoccupations de sécurité pour les passagers qui se trouvent encore sur l'île.
L'entreprise a activé des politiques flexibles de changement de plans sans pénalité.
Air Transat : Vols annulés jusqu'au 30 avril
Air Transat a été la dernière à annoncer des changements, après avoir initialement maintenu sa programmation.
En la nuit de lundi, il a officiellement annoncé qu'il suspendra tous les vols vers Cuba jusqu'au 30 avril.
« Nous sommes actuellement en train d'organiser un plan de retour au Canada, qui comprend des vols réguliers ainsi que des vols de rapatriement supplémentaires », a indiqué l'entreprise sur son site web.
Les réservations avec départ entre mercredi et le 30 avril seront annulées automatiquement et des remboursements complets seront émis aux clients concernés.
Air Canada : suspension immédiate et plan de rapatriement de 3 000 Canadiens
Air Canada a été la première à agir.
Dans un communiqué officiel, il a expliqué que sa décision est due aux avis gouvernementaux avertissant de la "manque de fiabilité de l'approvisionnement en carburant d'aviation dans les aéroports cubains".
« Il est prévu qu'à partir du 10 février, le carburant d'aviation ne sera plus disponible à la vente dans les aéroports de l'île », a indiqué la compagnie.
En réponse, la compagnie aérienne enverra des avions vides vers le sud pour rapatrier environ 3 000 touristes canadiens qui se trouvent à Cuba.
Además, elle a annulé tous les vols saisonniers d'hiver vers Cuba et suspendu ses itinéraires réguliers “jusqu'à nouvel ordre”, avec une éventuelle reprise le 1er mai, sous réserve de révision.
Pour les vols de retour, Air Canada a assuré que ses aéronefs transporteront du carburant supplémentaire et effectueront des arrêts techniques pour faire le plein si nécessaire, afin de compléter le trajet de retour sans dépendre des fournitures locales.
La division touristique Air Canada Vacations a mis en place des politiques de remboursement et de changement de réservations sans pénalité.
Pourquoi le carburant est-il rare à Cuba ?
La crise a été anticipée par un Avis de Navigation Aérienne (NOTAM) émis dimanche soir, qui alertait les compagnies aériennes internationales que les fournitures de carburant resteraient limitées jusqu'au moins le 11 mars.
La racine du problème réside dans le durcissement du blocus pétrolier américain.
L'administration du président Donald Trump a intensifié les sanctions, empêchant l'arrivée de pétrole vénézuélien et menaçant d'imposer des tarifs douaniers aux pays qui fournissent du pétrole à Cuba.
Trump a déclaré que l'île "ne recevra plus de pétrole du Venezuela" et que son objectif est de faire pression sur le gouvernement cubain pour qu'il cède lors des négociations.
À la mi-décembre, Cuba a cessé de recevoir du pétrole de son principal allié, le Venezuela, et depuis lors, le pays a dû compter presque exclusivement sur les exportations mexicaines.
Le Canada met à jour son alerte de voyage
Le gouvernement canadien a mis à jour le 4 février son avertissement de voyage pour Cuba, exhortant les citoyens à "faire preuve d'un degré élevé de précaution" en raison de la pénurie d'électricité, de combustible, de nourriture, d'eau et de médicaments.
« La situation est imprévisible et pourrait se détériorer, altérant la disponibilité des vols dans un court laps de temps », a averti Affaires mondiales Canada.
Réactions dans le secteur touristique
L'interruption des vols canadiens représente un coup significatif pour le tourisme cubain, qui dépend en grande partie du marché canadien. En 2025, plus de 750 000 Canadiens ont voyagé à Cuba, faisant de ce pays son principal émetteur de touristes étrangers.
Martin Firestone, président de Travel Secure Inc., a recommandé aux voyageurs de souscrire des assurances d'annulation ou d'interruption, compte tenu de l'incertitude actuelle :
« Je reçois beaucoup d'appels de personnes qui demandent : ‘Puis-je annuler mon voyage à Cuba ?’, et la réponse est oui, même à ce moment-là. »
Moscou Côté, présidente de l'Association des agents de voyages du Québec, a déclaré que les tour-opérateurs canadiens ont des décennies d'expérience avec Cuba :
Il faut comprendre que des opérateurs comme Transat, Air Canada et Sunwing travaillent avec Cuba depuis plus de 30 ans. Ils sont habitués à ce type de problèmes opérationnels.
Cependant, il a reconnu que cette situation est exceptionnelle même pour les normes de l'île :
« Dans les prochains jours, nous aurons une idée claire de la gestion de la situation et de ce à quoi nous pouvons nous attendre. Je pense donc qu'il serait avisé d'attendre quelques jours, juste pour nous assurer que tout se résolve correctement. »
Un coup supplémentaire porté au tourisme cubain
La crise du carburant d'aviation touche de plein fouet l'une des rares sources de revenus qui soutiennent encore l'économie cubaine.
À son apogée, le tourisme rapportait plus de 3 milliards de dollars par an ; aujourd'hui, ce chiffre a chuté.
De plus, les rapports sur les réseaux sociaux et dans les médias locaux indiquent que des stations-service sont fermées, qu'il y a moins de véhicules en circulation et que les Cubains doivent recourir à des applications mobiles pour faire la queue virtuellement à la recherche de carburant.
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