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L'image n'est pas d'un film dystopique ni d'un pays en guerre. C'est La Havane, de nuit. La Cinquième Avenue, l'une des artères les plus importantes de la capitale cubaine, apparaît pratiquement plongée dans l'obscurité. "Comme vous pouvez le constater, il n'y a presque pas de lumière. Les lampadaires sont éteints. Peu de voitures passent par ici", décrit un journaliste de l'agence EFE en parcourant la zone.
La scène résume ce que des millions de Cubains vivent au quotidien : des coupures de courant dépassant 20 heures, un carburant rationné, des déchets accumulés dans les rues et un pays qui semble avancer au ralenti. "Tout s'est paralysé", déclare le journaliste dans la vidéo, enregistrée en pleine capitale.
Le reporter explique que le manque de pétrole a aggravé une crise qui dure depuis des années, mais qui se ressent désormais différemment. Les files d'attente pour acheter de l'essence, qui pouvaient autrefois durer plusieurs jours, se sont étendues jusqu'à plusieurs semaines. Les stations-service qui vendaient du diesel ont fermé. Les camions de ramassage des ordures ne circulent plus faute de carburant. L'accumulation de déchets sur les trottoirs et aux angles des rues fait déjà partie du paysage urbain.
La situation affecte également l'approvisionnement électrique. Autrefois, les coupures de courant duraient environ dix ou quinze heures, mais maintenant elles peuvent dépasser vingt heures dans plusieurs zones du pays. Les nuits se passent dans l'obscurité, sans ventilateurs, sans réfrigération, sans possibilité de conserver des aliments au milieu d'une chaleur suffocante.
Selon des rapports de l'agence AFP, environ 30 hôtels et complexes touristiques ont fermé temporairement en raison d'un faible taux d'occupation et d'une restriction de carburant. Plusieurs compagnies aériennes ont annulé des itinéraires ou effectuent des escales supplémentaires pour faire le plein en dehors de l'île, en raison du manque de carburant dans les aéroports cubains.
“Il y avait un danger que je ne puisse pas rentrer car l'aéroport dit qu'il n'a pas suffisamment de carburant pour les avions”, a déclaré à AFP le touriste américain Liam Burnell. D'autres visiteurs ont décidé de raccourcir leurs voyages face à l'incertitude pour trouver un moyen de transport. “Je n'ai trouvé qu'un taxi”, a raconté le Français Frédéric Monnet, inquiet de ne pas avoir d'autres options pour retourner à La Havane.
Mais au-delà du visiteur qui craint de rester bloqué, la crise frappe directement des centaines de milliers de Cubains. Environ 300 000 dépendent du tourisme pour subsister. “La situation est critique, critique, critique”, a affirmé Juan Arteaga, conducteur de l’une des voitures classiques des années 50 qui emmènent généralement des touristes à travers la capitale. “Quand je n’ai plus d’essence, je rentre chez moi. Que puis-je faire d’autre ?”
Les images de la vidéo de EFE montrent des rues presque vides, un éclairage public éteint et une ambiance qui rappelle les pires moments de la crise énergétique sur l'île. Sans carburant, sans transport et avec des coupures de courant prolongées, la vie quotidienne devient une course d'obstacles constante.
Pour de nombreux Cubains, la sensation n'est pas seulement celle de la pénurie, mais aussi de la paralysie. Résoudre le quotidien — obtenir de la nourriture, se déplacer dans la ville, travailler — devient un défi de plus en plus difficile dans un pays où l'électricité et le carburant sont devenus des biens imprévisibles.
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