L'ONU remet en question les sanctions des États-Unis, mais maintient son historique d'alertes concernant la répression et les prisonniers politiques à Cuba



Alto Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Volker Türk et Donald TrumpPhoto © Wikipedia - whitehouse.gov

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La Bureau du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) a affirmé ce vendredi que les sanctions imposées par les États-Unis contre Cuba enfreignent la Charte de l'ONU et le droit international, en considérant qu'elles aggravent la crise économique et affectent des droits fondamentaux tels que la santé, l'alimentation et l'accès à l'eau. 

Le Haut-Commissaire, Volker Türk, a déclaré que « les objectifs politiques ne peuvent pas justifier des actions qui violent à elles seules les droits humains », tandis que la porte-parole de l'organisme, Marta Hurtado, a rappelé que seul le Conseil de sécurité peut imposer de telles sanctions.

La déclaration sera vraisemblablement utilisée par La Havane comme soutien international face à Washington.  

Cependant, le même système des droits de l'homme des Nations Unies qui remet aujourd'hui en question l'impact des sanctions maintient depuis des années un dossier continu d'avertissements et d'avis sur les violations des droits civils et politiques attribuables à l'État totalitaire cubain.

Après les manifestations massives du 11 juillet 2021, la alors haute commissaire Michelle Bachelet a demandé la libération des personnes détenues pour avoir exercé leur droit à la réunion pacifique et à la liberté d'expression, et a exprimé des inquiétudes concernant des allégations d'usage excessif de la force, d'isolement et de procédures sans garanties. Cette intervention n'était pas isolée. 

Depuis lors, le Groupe de Travail de l'ONU sur la Détention Arbitraria (WGAD) a émis plusieurs avis concluant que les privations de liberté à Cuba étaient arbitraires et contraires à la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme.

Dans ses opinions, le groupe a signalé l'absence de procédure régulière, l'utilisation de tribunaux sans indépendance, le manque d'accès à une défense effective et l'application de types pénaux larges — tels que "troubles à l'ordre public" ou "sédition" — contre les manifestants et les opposants.

Ces avis font partie des rapports officiels présentés devant le Conseil des droits de l'Homme et ont inclus des cas liés aux manifestations du 11J ainsi qu'à des activistes, des journalistes indépendants et des membres d'organisations religieuses ou civiques.

À cela s'ajoutent les observations finales formulées par différents comités de traités des Nations Unies.

Le Comité contre la torture et d'autres organes de supervision ont souligné lors d'évaluations périodiques des préoccupations concernant les conditions de détention, des allégations de mauvais traitements, des limitations au droit de la défense et des restrictions systématiques aux libertés fondamentales.

Dans le cadre de l'Examen Périodique Universel (EPU), de nombreux États ont formulé des recommandations répétées à Cuba afin de garantir l'indépendance judiciaire, de protéger la liberté de la presse et de réformer les dispositions pénales utilisées contre la dissidence.

Des organisations internationales et non gouvernementales ont eu recours à ce corpus documentaire pour décrire un schéma structurel.

Un rapport publié en novembre 2025 par l'ONG Prisoners Defenders, basé sur des avis du WGAD, a affirmé que depuis 2019, Cuba accumule le plus grand nombre de cas reconnus par ce mécanisme en matière de détentions arbitraires, en particulier suite aux manifestations de 2021.  

L'ONG a soutenu que de nombreuses résolutions regroupent des dizaines de personnes dans un même avis, ce qui indiquerait un phénomène collectif et non isolé.

Au-delà des débats sur les sanctions, la détérioration des droits civils et politiques sur l'île a été constamment signalée par des mécanismes internationaux.

Les restrictions à la liberté d'expression et de la presse, l'absence de médias indépendants légalement reconnus, la persécution des journalistes et des activistes, ainsi que la pénalisation de la protestation pacifique font partie des préoccupations répétées au sein du système des Nations Unies.

Le propre communiqué de ce vendredi incluait un rappel dans ce sens : l'OHCHR a souligné qu'il appartient également aux autorités cubaines de respecter les droits à la liberté de réunion et d'expression et de prendre des mesures pour protéger les secteurs les plus vulnérables.

Pour les analystes et les défenseurs des droits humains, le débat actuel ne peut pas être dissocié d'un contexte plus large.

La crise institutionnelle en matière de libertés publiques, l'absence de pluralisme politique et la concentration du pouvoir dans un système de parti unique ont été signalées depuis des décennies comme des facteurs structurels limitant l'exercice des droits civils et politiques sur l'île.

Ainsi, tandis que le régime cubain saluera sans doute la critique de l'ONU concernant les sanctions américaines comme une validation de sa position internationale, le dossier accumulé par le système de droits humains des Nations Unies soulève des inquiétudes profondes concernant les prisonniers politiques, la répression de la dissidence et l'absence de garanties fondamentales dans le pays.

La déclaration d'aujourd'hui, axée sur l'impact des mesures extérieures, n'annule ni ne remplace ces précédentes observations. Elle s'ajoute plutôt à un débat plus large dans lequel les Nations Unies ont alerté tant sur les effets humanitaires des sanctions que sur les responsabilités internes de l'État cubain en matière de droits humains.

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