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Le gouvernement du Canada a confirmé qu'il envisage d'envoyer une aide humanitaire à Cuba en pleine crise énergétique la plus sévère que l'île ait connue depuis des décennies, marquée par de longues coupures de courant, une pénurie de carburant et des ruptures de stock de nourriture et de médicaments.
Selon un rapport de CBC News, Ottawa “surveille attentivement la situation” et évalue des options pour soutenir “les personnes les plus vulnérables de Cuba”, selon une déclaration de Charlotte MacLeod, porte-parole des Affaires mondiales du Canada. La fonctionnaire a reconnu le risque croissant d'une crise humanitaire sur l'île.
La déclaration intervient à un moment critique. Le durcissement des restrictions américaines sur l'approvisionnement en pétrole vers Cuba a pratiquement privé le pays de carburant.
Selon l'analyse citée par CBC, ce qui se passe équivaut en pratique à un embargo pétrolier total, avec des navires poursuivis et surveillés pour empêcher qu'ils ne déchargent du pétrole dans les ports cubains.
L'économiste cubain Ricardo Torres, cité par les médias canadiens, a averti que l'île pourrait être à quelques semaines de se retrouver complètement sans pétrole. Cuba a besoin de 90 000 à 100 000 barils équivalents par jour pour maintenir son fonctionnement de base, un chiffre impossible à couvrir avec une aide humanitaire ponctuelle.
En pratique, la crise se fait déjà sentir dans la vie quotidienne de millions de Cubains. Le gouvernement a suspendu la vente de diesel au public afin d'essayer de préserver le carburant destiné aux hôpitaux et aux transports essentiels. Les coupures de courant affectent le pompage d'eau, paralysent l'activité économique et aggravent la pénurie alimentaire dans un pays qui dépend en grande partie des importations.
Dans ce contexte, la pression politique au Canada augmente. Les dirigeants du Nouveau Parti démocratique et du Bloc Québécois ont appelé le Premier ministre Mark Carney à envoyer une aide immédiate à Cuba et à adopter une position plus ferme face à Washington.
La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a reconnu être "profondément préoccupée" par la détérioration de la situation, bien qu'elle ait évité de confirmer si du carburant ou une aide supplémentaire seraient envoyés.
Bien que les aliments et les médicaments ne soient pas soumis aux sanctions américaines, et qu'en fait les États-Unis aient annoncé ce mois-ci un envoi de six millions de dollars en produits humanitaires, l'approvisionnement en pétrole est une autre histoire. Un décret exécutif signé par le président Donald Trump menace d'imposer des tarifs à tout pays qui vend ou fournit du pétrole brut à Cuba, ce qui place Ottawa dans une position délicate.
Pendant ce temps, les effets secondaires se multiplient. Plus de 27 900 voyageurs sont rentrés de Cuba par des compagnies aériennes canadiennes avant que plusieurs ne suspendent leurs vols en raison d’un manque de carburant. Le tourisme canadien, l'un des piliers historiques de l'économie cubaine, commence également à en pâtir, approfondissant le cercle vicieux de la chute des revenus et de la pénurie.
La crise impacte déjà même des entreprises étrangères sur l'île. La société minière canadienne Sherritt, principal partenaire étranger dans l'exploitation du nickel et du cobalt à Moa, a annoncé la suspension temporaire de ses opérations en raison d'un manque de combustible.
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