Cuba ferait face au plus grand blocus énergétique depuis la Crise des Missiles de 1962. C'est ce qu'affirme un reportage publié par The New York Times, qui soutient que l'administration de Donald Trump a imposé de facto un “blocus effectif” qui laisse l'île sans carburant dans l'un de ses moments les plus vulnérables.
Le journal américain, après avoir analysé des données satellites, des enregistrements portuaires et des mouvements de pétroliers, affirme que le trafic de navires à destination de Cuba "s’est pratiquement arrêté". Selon son enquête, des bateaux qui tentaient de s'approcher de l'île ont été interceptés ou escortés par la Garde côtière des États-Unis, tandis que d'autres pays ont suspendu leurs envois par crainte de sanctions.
Un des cas mentionnés est celui du pétrolier Ocean Mariner, qui transportait plus de 84 000 barils de carburant depuis la Colombie et, après avoir changé de cap vers Cuba, a été suivi par des navires américains jusqu'à des eaux dominicaines et ensuite vers les Bahamas. Le Times soutient que des actions comme celle-ci font partie d'une politique qui, bien qu'elle n'ait pas été annoncée formellement comme un « blocus », agit comme tel.
Le média décrit également des tentatives infructueuses de Cuba pour obtenir du combustible dans les Caraïbes. Le navire Gas Exelero a voyagé jusqu'à Curaçao puis en Jamaïque, mais est revenu les mains vides, au milieu d'une pénurie interne croissante qui déjà cause des coupures de courant, la suspension des opérations chirurgicales, l'annulation des cours et l'accumulation de déchets à La Havane.
L'analyse du journal avertit que les réserves de combustible pourraient s'épuiser dans quelques semaines. Jorge Piñón, expert de l'Université du Texas cité par le quotidien, estime que le pays pourrait se retrouver sans approvisionnements vers la mi-mars. Les Nations Unies, pour sa part, a critiqué les mesures et les a qualifiées de violations du droit international, alertant sur l'impact sur les Cubains.
Cependant, depuis Washington, l'approche est différente.
Un reportage publié par le Washington Examiner encadre les mesures dans le cadre d'une stratégie plus large de pression pour affaiblir le régime cubain. Selon ce média, la Maison Blanche a durci les sanctions, freiné les approvisionnements en pétrole et menacé d'imposer des droits de douane aux gouvernements qui continuent de fournir l'île.
L'offensive s'est intensifiée après la capture en janvier de l'ancien dirigeant vénézuélien Nicolás Maduro lors d'une opération autorisée par Trump. Depuis lors, le Venezuela, historique fournisseur de pétrole pour Cuba, a cessé d'envoyer les plus de 26 000 barils quotidiens qui soutenaient une partie du système énergétique cubain. Le Mexique, qui avait joué un rôle clé après la chute de Caracas, a également suspendu ses envois suite aux avertissements tarifaires de Washington.
Selon le Washington Examiner, des responsables américains affirment que l'objectif est de tenir le gouvernement cubain responsable de son soutien à des acteurs considérés comme hostiles aux intérêts des États-Unis et d'accélérer un changement politique sur l'île. Des analystes cités par ce média affirment que couper le flux de pétrole frappe non seulement Cuba, mais affecte également les dynamiques de coopération avec le Venezuela en matière de renseignement et de sécurité.
Pendant ce temps, à l'intérieur de l'île, la crise énergétique se traduit par des coupures de courant prolongées, un transport paralysé, une augmentation des prix des aliments et des services publics au bord de l'effondrement. Le dirigeant Miguel Díaz-Canel a promis de rechercher des alternatives pour contourner la pénurie, mais des alliés traditionnels comme la Russie sont confrontés à leurs propres limitations.
Le pouls politique continue. Mais dans les maisons cubaines, l'horloge tourne au rythme des coupures de courant.
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