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La musicologue cubaine Rosa Marquetti a remis en question le caractère médiatique et politique de certaines initiatives internationales de solidarité avec Cuba, estimant qu'elles instrumentalisent la crise structurelle dans laquelle se trouve plongé le pays, tout en ignorant l'aide silencieuse que, depuis des années, ont apportée les églises et les citoyens.
Dans une réflexion publiée sur son mur Facebook, l'intellectuelle a rappelé que pendant des décennies, les églises de différentes dénominations et de nombreux particuliers ont canalisé de l'aide humanitaire vers l'île sans faire de publicité ni chercher un rôle politique.
Elle a précisé que ces contributions, qui incluent des médicaments, des aliments et des vêtements, ont été livrées directement aux communautés et aux paroisses de manière discrète et constante, sans annonces ni couverture dans les médias officiels cubains.
À son avis, le contraste est évident lorsque les initiatives proviennent de figures jugées proches du gouvernement, car dans ces cas, les mécanismes médiatiques s'activent rapidement pour amplifier le geste.
Pour les Cubains qui, depuis de nombreuses régions, n'ont pas seulement envoyé pendant des décennies des aides et des contributions, pas un mot, pas un éloge, parfois même pas les facilités nécessaires. Pour ceux qui ne sont pas Cubains mais qui sont « des leurs », et qui s'éloignent beaucoup de se mettre à la place de ceux qui vivent actuellement à Cuba, toutes les révérences. C'est pourquoi, à cause de l'arrogance, du mépris et du fouet pour les leurs, ils en sont arrivés au point où ils en sont aujourd'hui, a-t-il souligné.
La historienne a soutenu que ces actions finissent par se transformer en mises en scène qui confondent délibérément le gouvernement avec le peuple cubain et transforment ce qui pourrait être un geste d'empathie entre citoyens en un acte politique et partisan.
Dans son texte, il a également critiqué le fait que les autorités préfèrent dialoguer et coordonner avec des alliés étrangers plutôt que de reconnaître la diversité des opinions au sein de la société cubaine elle-même ou de faciliter des initiatives d'aide proposées par des citoyens du pays ou par la diaspora.
Marquetti a lié cette dynamique à la narration internationale qui, à son avis, utilise la crise cubaine comme symbole politique.
«J'en ai marre qu'on considère Cuba comme le parc d'attractions de la résistance», a-t-elle souligné.
Il a également dénoncé ce qu'il a qualifié de « folklorisation de la misère », où la précarité matérielle du pays se transforme en esthétique ou en argument idéologique pour les visiteurs étrangers qui passent quelques jours sur l'île sans vivre les véritables conditions de vie de la population.
«Personne ne nous a demandé, à nous les Cubains, si nous voulions nous immoler pour faire plaisir aux nostalgiques de gauche, aux "gruppies" de guérilleros nonagénaires, aux académiciens rêveurs, leur offrant le symbole d'une utopie déphasée dans laquelle aucun d'eux n'a choisi, ni voulu, ni veut vivre», conclut-il.
La critique apparaît à un moment où ils se trouvent à Cuba, et ils se sont même réunis avec le dirigeant Miguel Díaz-Canel, des activistes et des politiciens de gauche liés au soi-disant Convoi Notre Amérique, une initiative internationale qui promeut des actions de solidarité avec le gouvernement cubain.
Dans ce contexte, des déclarations depuis La Havane de l'ex-leader de Podemos, Pablo Iglesias, dans lesquelles il a affirmé que la situation du pays “est difficile mais pas telle qu'elle est présentée de l'extérieur”, ont provoqué de fortes réactions de rejet parmi les Cubains sur les réseaux sociaux.
Le récent vidéo de l'activiste climatique suédoise Greta Thunberg a également suscité la controverse, puisqu'elle a tenu exclusivement le gouvernement des États-Unis responsable de la crise sur l'île et a demandé un soutien international au gouvernement cubain. Cela a déclenché des critiques de citoyens qui lui ont reproché d'ignorer la situation politique interne et les difficultés quotidiennes auxquelles fait face la population.
Les commentaires sur le message de Marquetti ont reflété un malaise similaire. Certains utilisateurs ont dénoncé que des secteurs de la gauche internationale utilisent la crise cubaine pour de la propagande idéologique, tandis que d'autres ont insisté sur le fait que l'aide efficace est souvent celle qui parvient de manière discrète et directe aux communautés.
D'autres participants au débat ont souligné que la solidarité internationale perd de sa crédibilité lorsqu'elle se transforme en spectacle politique ou lorsqu'elle ignore la responsabilité du propre système cubain dans la crise économique et sociale que traverse le pays.
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