Ulises Toirac et sa "proposition solidaire" pour les étrangers du convoi de visite à Cuba

Ulises Toirac et brigades solidaires à CubaPhoto © Facebook / Ulises Toirac et Cubadebate

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L'humoriste cubain Ulises Toirac a exprimé une critique pleine d'ironie sur la visite d'activistes étrangers sur l'île, proposant que, au lieu de les accueillir avec des privilèges, ils expérimentent pendant un mois les conditions réelles dans lesquelles vit la majorité des Cubains.

Son commentaire, publié sur , est devenu viral en raison du ton mordant et direct avec lequel il résume un mécontentement croissant dans le pays.

"Proposition solidaire : enlevez les valises qu'ils ont apportées", commence le texte.

Il propose alors une idée qui, plus qu'une simple suggestion littérale, sert de dénonciation de la précarité économique que vit le peuple cubain.

"Donnez-leur une petite maison abandonnée à Palo Cagao (quartier de la municipalité de Marianao) et soyons généreux : donnez-leur 4000 CUP par personne (sans travail), la carte de rationnement, un portable avec un ligne d'Etecsa, et allez les chercher dans un mois", a-t-il précisé avec sarcasme.

Captura de Facebook / Ulises Toirac

Avec cela, Ulises donne le ton d'une critique qui ne s'adresse pas seulement aux visiteurs, mais aussi à la manière dont le régime organise ces visites, dévoilant une réalité soigneusement embellie.

La somme mentionnée -4 000 pesos cubains- ne suffit guère pour survivre quelques jours en pleine inflation actuelle, tandis que le système de rationnement représente une méthode inappropriée qui ne couvre pas les besoins fondamentaux. L'accès à Internet, de plus, est limité par les coûts élevés et entravé par la mauvaise qualité du service.

Le message de Toirac résonne avec un sentiment de plus en plus répandu : le rejet des visites de groupes étrangers qui se rendent à Cuba pour exprimer leur solidarité politique, mais qui le font depuis une position privilégiée, logés dans des hôtels offrant des conditions bien supérieures à celles de la population.

Cette déconnexion a été mise en évidence récemment, lorsque les membres du Convoy Nuestra América ont été surpris par une coupure de courant générale, la seconde en moins d'une semaine.

Bien qu'ils aient vu de première main l'effondrement énergétique du pays, ils l'ont fait depuis des installations protégées, loin des quartiers où les coupures d'électricité se prolongent pendant plus de 20 heures par jour.

Pendant ce temps, le gouvernement continue d’attribuer la crise presque exclusivement à des facteurs externes, en particulier aux États-Unis, évitant de reconnaître le poids d'années de mauvaise gestion, de manque d'investissement et de décisions économiques ratées qui ont conduit le pays à une situation critique.

Le système électrique est à l'arrêt, l'approvisionnement en carburant est insuffisant et l'infrastructure est dégradée, comme l'ont même reconnu des responsables du secteur de l'énergie. À cela s'ajoutent une pénurie alimentaire, des prix flamboyants et des salaires incapables de sustenter les familles.

Dans ce contexte, les visites d'activistes internationaux, venus de pays où ils bénéficient de libertés et de niveaux de vie bien supérieurs, suscitent un rejet croissant. Pour de nombreux Cubains, ces délégations non seulement ignorent la réalité, mais contribuent également à maintenir un récit qui ne correspond pas à ce qui se passe dans la rue.

La critique de Toirac n'est pas isolée. D'autres voix ont également exprimé leur malaise face à ce qu'elles considèrent comme une sorte de "tourisme idéologique".

La journaliste Yoani Sánchez a été directe en soulignant : "Nous ne sommes pas un parc à thème. Faites du tourisme idéologique ailleurs. Ici, nous souffrons".

Dans le même esprit, la chercheuse Rosa Marquetti a critiqué ce qu'elle perçoit comme une romantisation de la crise cubaine, où la précarité devient un argument politique sans tenir compte de ses conséquences humaines.

Les critiques se sont intensifiées après que des personnalités comme le vice-président espagnol Pablo Iglesias aient minimisé la gravité de la situation interne ou l'aient uniquement attribuée à des facteurs externes, renforçant ainsi le récit officiel.

La proposition de Toirac, bien qu'exprimée sur un ton humoristique, met le doigt sur une plaie profonde : la distance entre l'image projetée vers l'extérieur et la réalité vécue par les Cubains au quotidien.

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