Vente de services médicaux : Bruno Rodríguez accuse à nouveau les États-Unis de 'couper les sources de revenus' du régime cubain

Image de référence créée avec l'intelligence artificiellePhoto © CiberCuba / ChatGPT

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Le chancelier cubain Bruno Rodríguez Parrilla a publié ce mardi une dénonciation contre le gouvernement des États-Unis, qu'il a accusé d'exercer une pression féroce et du chantage sur les pays d'Amérique latine pour qu'ils expulsent les brigades médicales cubaines, reconnaissant ouvertement que l'objectif de Washington est de "continuer à réduire les sources de revenus de notre économie".

Le message du ministre des Affaires étrangères, publié sur ses réseaux sociaux, arrive après une cascade d'annulations de contrats avec des brigades médicales cubaines dans la région durant les premiers mois de 2026.

Honduras n'a pas renouvelé son accord à l'expiration le 25 février, avec le départ de près de 172 professionnels. Le Guatemala a mis fin en février à un accord en vigueur depuis 1998, retirant 412 travailleurs, dont 333 médecins.

La Jamaïque a notifié le 4 mars la résiliation unilatérale de son pacte —en vigueur depuis 1976— et Cuba a retiré sa brigade de 277 professionnels le 6 mars. La Guyane a également retiré plus de 200 médecins cubains après 50 ans de coopération.

"No seulement ils cherchent à frapper le programme humaniste et solidaire créé par Cuba et Fidel, et continuer à couper les sources de revenus de notre économie. Ils punissent les peuples et les communautés les plus défavorisées de la région, qui ont bénéficié pendant des décennies des soins médicaux cubains. En échange, ils promettent des ressources dont nous savons qu'elles n'arriveront jamais ni ne profiteront à ces populations", a écrit Rodríguez Parrilla.

La déclaration du chancelier est révélatrice : en évoquant les « sources de revenus » du régime, il admet implicitement ce que La Havane a toujours tenté de masquer sous le prétexte de solidarité humanitaire.

Les missions médicales sont, en pratique, le principal secteur d'exportation de la dictature cubaine. Selon l'Office national des statistiques et de l'information (ONEI), elles ont généré 4,882 millions de dollars en 2022, et le Département d'État des États-Unis estime qu'elles contribuent entre 6 000 et 8 000 millions de dollars par an aux caisses du régime.

Le modèle économique est celui qui a motivé les accusations internationales : l'État cubain perçoit intégralement les contrats et retient entre 70 % et 85 % du salaire des médecins.

À cela s'ajoutent la confiscation des passeports, la surveillance constante et la menace d'une interdiction de retour à Cuba pendant huit ans pour ceux qui quittent la mission.

Le Parlement Européen a qualifié ces conditions de "servitude moderne". Le responsable américain Jeremy Lewin a été encore plus direct ce mois-ci en les décrivant comme "l'un des pires exemples de servitude moderne".

L'offensive diplomatique de Washington contre les brigades s'est intensifiée avec l'arrivée de Marco Rubio au poste de secrétaire d'État en janvier 2025. Rubio a promu des restrictions de visa pour les fonctionnaires des pays ayant des contrats avec Cuba et a progressivement élargi les sanctions à destination du Brésil, de pays africains, de la Grenade, du Honduras et du Guatemala.

En août 2025, les mesures ont également touché d'anciens dirigeants de l'Organisation panaméricaine de la santé en raison de leur lien avec le programme brésilien Mais Médicos.

Les annulations surviennent au pire moment pour l'économie cubaine : le PIB a diminué de 11 % en cinq ans, avec des coupures de courant massives et une pénurie généralisée de carburant, de nourriture et de médicaments.

En 2025, Cuba comptait plus de 24 000 travailleurs de la santé déployés dans 56 pays, un système dont le régime a désespérément besoin pour maintenir ses finances alors que la crise interne s'aggrave sans relâche.

Le tissu entrepreneurial derrière le secteur médical cubain

Loin de la narrative officielle de "solidarité", l'exportation de services médicaux fonctionne comme un système commercial hautement centralisé, où des entreprises d'État agissent comme intermédiaires et canalisent des milliards de dollars vers les structures de pouvoir du régime.

Une des pièces clés est la Comercializadora de Servicios Médicos Cubanos (CSMC S.A.), chargée de signer des contrats avec des gouvernements étrangers et de formaliser l'envoi de personnel de santé.

Cependant, dans des pays comme l'Angola, le rôle de Antillana Exportadora S.A. (ANTEX) émerge plus clairement, une entreprise liée directement au conglomérat militaire GAESA.

Des recherches et des témoignages publiés par des médias indépendants révèlent qu'ANTEX ne se contente pas de gérer la logistique des missions, mais qu'elle contrôle les paiements, retient les salaires et administre les comptes où est déposé l'argent généré par les médecins.

Dans ce schéma, les pays récepteurs peuvent payer jusqu'à 5 000 dollars par mois par professionnel, mais les travailleurs ne reçoivent qu'une fraction —entre 100 et 200 dollars en liquide— tandis que le reste reste sous contrôle étatique.

Des documents filtrés ont également révélé un système de contrôle incluant la retenue de passeports, des restrictions de mouvement et des exigences de loyauté politique, des conditions que des organismes internationaux et des experts ont comparées au travail forcé.

Le lien avec GAESA est déterminant : cette corporation militaire, qui domine de larges secteurs de l'économie cubaine, a reçu des centaines de millions de dollars grâce à ces contrats, consolidant ainsi son rôle en tant que pivot financier du régime.

Cependant, au cours des derniers mois, ce modèle a commencé à montrer des fissures. Des plaintes de médecins en Afrique, des réductions de paiements et même des poursuites contre ANTEX pour “vol” de salaires reflètent un niveau croissant de conflit interne.

Parallèlement, certains pays ont choisi d'embaucher directement des professionnels cubains, évitant l'intermédiation de l'État et affaiblissant le contrôle du régime sur ces revenus.

Ce contexte aide à comprendre pourquoi La Havane considère les missions médicales comme une “source de revenus” stratégique : il ne s'agit pas seulement de coopération sanitaire, mais d'un des piliers économiques qui soutiennent le système au milieu de sa pire crise depuis des décennies.

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