Díaz-Canel promet un modèle économique pour Cuba meilleur que celui de la Chine et du Vietnam



Miguel Díaz-CanelPhoto © Présidence Cuba

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Le dirigeant cubain Miguel Díaz-Canel a assuré lors d'une récente interview avec La Jornada que Cuba avance vers la construction d'un modèle économique propre, inspiré par les expériences de la Chine et du Vietnam, mais avec des "particularités" qui le rendraient supérieur.

« Ce n'est pas une copie », a-t-il affirmé, en défendant un système qui combine planification centralisée, contrôle du Parti Communiste et certains mécanismes de marché.

La proposition, présentée comme une évolution du modèle socialiste cubain, évoque l'idée d'un schéma capable de rivaliser — et même de surpasser — des économies qui ont connu une croissance soutenue après s'être ouvertes au capital et avoir assoupli leurs structures.

Cependant, les conditions internes de l'île remettent en question la viabilité de cette proposition du dirigeant cubain.

Que dit Díaz-Canel dans La Jornada ?

"Nous menons un processus de mise à jour de notre modèle économique et social, qui a été amorcé ou approfondi lors du sixième congrès du parti. Nous avons réussi à effectuer un certain nombre de transformations que nous cherchons à accélérer, avec des particularités cubaines", a déclaré le dirigeant.

À propos de ce nouveau plan du gouvernement, il a souligné : "C'est un système cubain, mais qui partage des éléments des modèles chinois et vietnamiens. Par exemple, la direction du Parti communiste, en tant que guide de la société, qui est inscrite dans notre Constitution. Un État fort. Un gouvernement efficace. Une administration publique agile, qui se libère de la bureaucratie."

Il a assuré qu'il y aura également "une relation adéquate entre planification centralisée et marché. Les régulations de marché nécessaires pour éviter la spéculation. Une harmonie entre le secteur étatique et le secteur non étatique". Il a précisé que "tous les acteurs économiques contribueront au développement économique et social du pays".

"Cette combinaison d'éléments doit nous permettre un développement durable, avec justice sociale, inclusivité et équité. Que nous puissions atteindre la souveraineté alimentaire, promouvoir la science et l'innovation, développer les processus de transformation numérique et d'intelligence artificielle dans notre société. Continuer à renforcer les services publics sociaux universels. Poursuivre la garantie des droits à l'éducation, à la santé, au sport et à la culture, et dynamiser notre économie sur tous les plans, tout en maintenant la coopération internationale. C'est vers cela que nous nous dirigeons", a-t-il déclaré.

Un modèle « supérieur » au milieu de l'effondrement économique

Alors que Díaz-Canel parle de développement durable, d'innovation et de croissance, la réalité quotidienne des Cubains reflète un tout autre paysage.

La crise énergétique provoque des coupures de courant allant jusqu'à 40 heures, la pénurie de nourriture et de carburant est persistante. Les revenus des travailleurs cubains ne suffisent pas à couvrir les besoins essentiels. Des familles souffrent de la faim et n'ont pas de toit digne où vivre.

Un exemple concret illustre l'ampleur du problème : la pension d'un senior à Cuba permet à peine d'acheter un litre d'huile de tournesol sur le marché informel.

Cette fracture entre le discours et la réalité met en évidence la fragilité du modèle que le gouvernement tente de présenter comme une référence internationale au milieu de la crise humanitaire qui sévit à Cuba.

La Chine et le Vietnam sont des références pour les réformes et les promesses à Cuba

À la différence de Cuba, la Chine et le Vietnam ont mis en œuvre des réformes profondes qui incluaient l'ouverture à l'investissement étranger, l'expansion du secteur privé et la flexibilisation du contrôle économique.

Ces changements ont permis de dynamiser leurs économies et d'améliorer les indicateurs de croissance dans les deux pays asiatiques, qui restent sous le contrôle de gouvernements communistes.

En contraste, le modèle défendu par Díaz-Canel insiste sur le maintien du contrôle étatique et politique comme axe central, limitant ainsi la marge réelle d'action du marché.

L'absence de réformes structurelles concrètes transforme la comparaison en un exercice plus rhétorique que pratique.

Le tournant dans le dialogue avec les États-Unis

Ce discours d'ouverture sur les investissements des Cubains à l'étranger et sur le changement économique à Cuba se déroule en parallèle à un fait significatif de la politique étrangère du régime.

Le 13 mars 2026, Díaz-Canel a confirmé que des fonctionnaires cubains ont eu des conversations avec des représentants du gouvernement des États-Unis pour « chercher des solutions par la voie du dialogue aux différences bilatérales ».

Le dirigeant a reconnu que ces contacts ont été menés au plus haut niveau, avec la participation de Raúl Castro, et a assuré qu'il a pris part aux négociations. Cependant, le régime a pendant des mois nié ouvertement ces conversations, tant dans les médias nationaux qu'internationaux.

La coïncidence entre la promotion d'un prétendu nouveau modèle économique et l'admission de conversations avec Washington révèle une stratégie de double discours. D'une part, on cherche à projeter une autosuffisance et une force idéologique ; d'autre part, on reconnaît la nécessité de négocier au milieu d'une crise profonde.

Les propres mots de Díaz-Canel sur la souveraineté, la résistance et le succès du nouveau modèle économique cubain se heurtent à une réalité caractérisée par les pénuries, les coupures de courant, la dépendance extérieure et un malaise social croissant. Le manque de cohérence dans le discours officiel renforce les doutes sur la crédibilité de ses propositions.

Un projet sans fondement dans la réalité

L'idée d'un modèle économique cubain capable de surpasser la Chine et le Vietnam ne tient pas. Les déclarations de Díaz-Canel semblent relever de la déraison, sans fondement tangible.

Sans réformes profondes, sans véritable ouverture et au milieu d'une crise prolongée, le projet devient davantage une construction politique qu'une feuille de route viable.

Pour des millions de Cubains, la priorité reste de résoudre l'immédiat : nourriture, électricité et transport. Dans ce contexte, les promesses d'un modèle économique "supérieur" contrastent avec une réalité qui dément, jour après jour, le discours du pouvoir.

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