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Alors que les États-Unis bombardent des positions en Iran dans le cadre de l'appelée "Opération Fureur Épique" et consolide son influence dans le Venezuela post-Maduro après la capture du leader chaviste en janvier, Cuba traverse l'une des pires crises de son histoire récente.
Des coupures de courant quotidiennes de plusieurs heures, une pénurie persistante et une économie en chute libre marquent la vie quotidienne sur l'île. Cependant, ce n'est pas le cœur du récit dans les médias officiels sous le contrôle du Parti Communiste.
L'accent est mis ailleurs : sur l'« agression impériale », sur la « violation du droit international », sur le « danger pour la paix mondiale ».
La couverture cubaine de la guerre en Iran n'est pas simplement idéologique. Elle est fonctionnelle. Elle fait partie d'une stratégie plus large : transformer la géopolitique en un outil pour conserver le pouvoir. Ce n'est pas de l'information : c'est du cadrage.
Les médias d'État cubains ne décrivent pas la guerre comme un conflit complexe entre des acteurs aux responsabilités variées. Ils établissent un cadre dès le départ : les États-Unis et Israël comme agresseurs ; l'Iran comme pays attaqué.
Le langage est répété et sans fissures : « agression », « illégalité », « menace mondiale ». Il n’y a pas de zones grises. Et il n’y en a pas parce qu'on ne les cherche pas. La presse officielle ne décrit pas la réalité : elle l'organise en fonction d'un besoin politique.
Ce cadre remplit plusieurs fonctions au sein de Cuba.
En premier lieu, déplacez le focus. Au lieu d'une crise structurelle du modèle économique, ce qui se projette est un pays soumis à un environnement international hostile.
La pénurie et les coupures de courant cessent d'être la conséquence directe de décisions internes et sont désormais interprétées comme le résultat d'un contexte mondial défavorable.
En second lieu, développez une mentalité d'assiégement. Si les États-Unis apparaissent comme un acteur agressif au Moyen-Orient, en Amérique latine et dans d'autres scènes, la pression sur Cuba cesse d'être exceptionnelle et devient partie d'un schéma "impérialiste".
Y en troisième lieu, délégitime délibérément la politique de Washington. Si les États-Unis violent le droit international en Iran, leur pression sur Cuba peut être présentée comme une autre expression de ce même comportement.
Le résultat est un récit cohérent et utile : il réduit la responsabilité interne du régime, renforce la cohésion et prépare la population à une crise prolongée.
Mais ce discours ne surgit pas du vide. Il répond à un moment géopolitique très concret. Les États-Unis n'opèrent pas sur un seul front et leurs actions cherchent à affaiblir leurs grands adversaires : la Russie, la Chine, l'Iran et leurs mandataires.
En Iran, il maintient une guerre ouverte avec des implications mondiales. Au Venezuela, il est passé de la pression à l'intervention directe et gère désormais un processus de transition politique et de reconfiguration économique. Et à Cuba, il soutient une stratégie de pression intense, particulièrement dans le domaine énergétique.
Cela ne signifie pas que Washington soit distrait. Cela signifie qu'il est déployé. Et cette nuance est essentielle pour comprendre le calcul de La Havane.
Pour le régime cubain, le Venezuela est à la fois un avertissement et une opportunité. La chute de Maduro a signifié la perte de son principal soutien extérieur pendant des décennies, mais elle a également laissé une leçon plus inquiétante : les États-Unis ont démontré qu'ils peuvent escalader, intervenir et redessiner l'équilibre politique d'un pays allié.
Cet antécédent a du poids. Mais en même temps, la gestion de la situation vénézuélienne exige des ressources, une attention politique et un capital stratégique. Ce n'est pas un processus immédiat ni simple.
Y là apparaît l'autre lecture : tandis que Washington s'implique sur plusieurs fronts simultanément, la pression sur Cuba pourrait devenir moins soutenue, plus irrégulière ou plus négociable.
C'est la marge à laquelle aspire le régime. Car son objectif n'est pas de vaincre, mais de résister, de gagner du temps. Il n'a pas besoin de vaincre les États-Unis, mais de survivre plus longtemps que sa phase de pression maximale - limitée par les délais de sa démocratie - quelque chose dans lequel le régime a une grande expérience.
Mais cette lecture renferme une contradiction fondamentale : le même scénario qui suggère que les États-Unis sont trop étendus montre également qu'ils peuvent agir avec force sur plusieurs fronts à la fois. Et c'est là le problème pour La Havane.
La présente administration américaine n'a pas seulement haussé le ton : elle a démontré une réelle capacité d'exécution. L'intervention au Venezuela et l'offensive en Iran ne sont pas des épisodes isolés, mais font partie d'une logique stratégique cohérente. Ce n'est pas seulement de la rhétorique. C'est de la pratique.
A cela s'ajoute une variable clé : le calendrier politique. Les élections de mi-mandat de novembre pourraient altérer l'équilibre interne à Washington. Mais d'ici là, l'incitation est claire : montrer des résultats, projeter de la force et consolider une ligne dure en politique étrangère.
Pour le régime cubain, la conclusion est inconfortable. Le même contexte qui ouvre une fenêtre pour gagner du temps confirme également qu'il est confronté à un adversaire capable et disposé à intensifier ses actions.
Cuba n'est pas face à un adversaire distrait, mais à un qui a prouvé qu'il peut agir sur plusieurs fronts en même temps.
Dans ce scénario, la narration médiatique officielle prend tout son sens. En présentant les États-Unis comme un agresseur mondial et en soulignant les coûts humains et politiques de ses actions, l'appareil de communication du régime ne se contente pas d'informer : il organise la perception de la réalité en fonction de sa propre survie.
Ce n'est pas un complément du pouvoir. C'est un mécanisme de défense.
Parce qu'au fond, le régime cubain ne fait pas seulement face à une crise économique profonde ou à une pression extérieure croissante. Il fait face à quelque chose de plus décisif : la nécessité que cette réalité soit interprétée d'une manière qui lui permette de continuer à gouverner.
Et dans cette bataille, la propagande n'est pas optionnelle. C'est une condition de survie.
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