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Un cuentapropista cubain a révélé que des inspecteurs du Pouvoir Populaire lui ont ouvertement reconnu que son entreprise ne présentait aucune infraction, mais qu'ils étaient obligés de le verbaliser parce que « on leur exige de venir avec des résultats », selon une plainte publiée sur la page « Con el otro filo » sur Facebook.
La sanction qui a finalement été appliquée au propriétaire était pour une raison qu'il a lui-même qualifiée d'absurde : une employée avait les ongles vernis. L'homme a expliqué que tous les produits de son établissement étaient conditionnés d'usine avec leur emballage original, mais « son inquiétude n'a pas été acceptée, donc il faut sanctionner ».
Avant de dresser le procès-verbal, les inspectrices auraient exigé un « petit reçu » de produits pour consommation personnelle. Selon le récit, la note n'a pas été inférieure à 7 000 pesos par personne — et il s'agissait de deux fonctionnaires —, et ce sont elles-mêmes qui ont choisi les articles les plus chers lorsque le propriétaire a tenté de leur proposer des options moins coûteuses.
La dénonciation souligne également une nouvelle exigence qui impacte les entreprises de restauration : la nécessité de signer un contrat avec les Services Communaux pour la collecte des déchets commerciaux, sous prétexte que les déchets d'un café ne peuvent pas être mélangés avec les déchets domestiques. « Ne rêve pas de cela [qu'ils viennent ramasser tes déchets]... C'est juste pour avoir le contrat et payer les services communaux qui veulent eux aussi une part du gâteau », avertit la publication.
Le mécanisme qui explique cette dynamique a été exposé en décembre 2024, lorsque le Premier ministre Manuel Marrero a annoncé devant l'Assemblée nationale qu'à partir de janvier 2025, les inspecteurs seraient rémunérés en fonction de leurs résultats, c'est-à-dire selon le nombre et le montant des amendes qu'ils réussiraient à infliger. Leurs salaires de base variaient entre 5,810 et 7,830 pesos mensuels, équivalant à entre 17 et 24 dollars sur le marché informel.
Ce système d'incitation transforme l'amende en un objectif en soi, et non en conséquence d'une infraction réelle. Les chiffres officiels le confirment : en 2024, 606 303 inspections ont été réalisées, avec 371 333 amendes imposées pour plus de 980 millions de pesos, et le gouvernement a déployé 7 000 inspecteurs pour contrôler le secteur privé.
Les cas de sanctions arbitraires se sont multipliés au cours des dernières semaines. Le 20 avril dernier, un homme âgé de 81 ans à Mayarí, Holguín, a été condamné à une amende de 21 000 pesos pour avoir vendu des briquets et de la colle sans autorisation, malgré sa demande de licence faite plus d'un an auparavant sans recevoir de réponse. Le 23 avril, un vendeur à Centro Habana a reçu deux amendes totalisant 46 000 pesos pour avoir vendu des bols.
Le schéma se répète à l'échelle nationale. Rien qu'au cours de la troisième semaine de février 2026, 17 000 amendes pour 65 millions de pesos ont été enregistrées à travers le pays. Entre fin mars et début avril, l'Assemblée Municipale du Pouvoir Populaire de Guantánamo a réalisé 380 inspections avec 132 inspecteurs, détectant des violations dans 86 % des commerces et appliquant 326 amendes pour près de deux millions de pesos.
Le phénomène de la corruption associée n'est pas nouveau non plus. En avril de cette année, un faux inspecteur a été capturé à La Havane qui escroquait des propriétaires de commerces privés par le biais de pots-de-vin déguisés en inspections officielles, ce qui illustre à quel point le système a normalisé l'extorsion comme pratique quotidienne.
«Tous en Cuba avons un voisin, un membre de la famille ou sommes des victimes directes de ces attaques continues et quotidiennes à l’encontre de tablillas armées et d’encre à plume», conclut la dénonciation, qui se termine par une déclaration franche : «Notre gouvernement s’efforce de manière très subtile de tromper et de voler le secteur privé».
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