Des dizaines d'anciens détenus récemment libérés à Santiago de Cuba ont été contraints de participer au défilé du 1er Mai 2026 sous la menace de perdre des avantages légaux ou de retourner en prison, selon des dénonciations documentées par le journaliste indépendant Yosmany Mayeta Labrada.
Les orientations auraient émané de la Direction Provinciale de la Justice de Santiago de Cuba, liée au Ministère de la Justice local. Selon les témoignages recueillis, les anciens détenus ont été convoqués, pressés et avertis que leur absence pouvait être qualifiée de « manque de discipline ».
Mayeta Labrada a résumé la situation avec précision : « Ce n'étaient pas des convictions. Ils y sont allés par peur ».
Les personnes affectées ont préféré, selon le journaliste, « marcher sous le soleil, porter des slogans vides et feindre un soutien plutôt que de risquer à nouveau leur liberté », car quand la menace est de retourner dans une cellule, le choix cesse d'être un choix.
V plusieurs anciens détenus affirment qu'ils ont également été pressés de participer à la campagne «Ma signature pour la patrie», lancée le 19 avril par le Parti Communiste de Cuba. La collecte de signatures s'est effectuée dans des lieux liés aux postes de police et autres institutions d'État, ce qui renforce le caractère coercitif de l'appel.
Cette campagne, que le régime a présentée comme un mouvement spontané de la société civile, a accumulé plus de 6 230 973 signatures selon les chiffres officiels annoncés ce vendredi. Elle a été largement dénoncée pour coercition : menaces de licenciement dans les lieux de travail, pressions dans les écoles et utilisation des Comités de Défense de la Révolution.
Le cas s'inscrit dans un schéma plus large. Depuis mars, le régime a libéré des dizaines de prisonniers —principalement du 11J de 2021— sous des conditions de liberté conditionnelle extrêmement restrictives qui incluent une interdiction de publier sur les réseaux sociaux, des routines contrôlées entre le domicile et le travail assigné par l'État, et la menace permanente de réincarcération.
La justice 11J a confirmé l'excarcération d'au moins 20 prisonniers politiques du 11J depuis le 12 mars, avec 18 noms vérifiés publiquement. Aucun d'eux n'a été inclus dans le graciement massif de 2 010 prisonniers annoncé le 2 avril, dont aucun prisonnier politique ne faisait non plus partie.
La coercition pour participer aux défilés de cette année ne s'est pas limitée aux anciens détenus. La mobilisation forcée d'enfants extraits de leurs écoles pour participer aux marches à Santiago de Cuba et dans d'autres provinces a également été documentée.
Le défilé du 1er mai 2026 avait pour slogan « La Patrie se défend » et un ton résolument martial. Raúl Castro, âgé de 94 ans, a présidé l'acte central à La Havane avec Miguel Díaz-Canel.
Mayeta Labrada a résumé l'essentiel de la question : « Le plus grave n'est pas de forcer à défiler. Le plus grave, c'est de transformer la liberté conditionnelle en une chaîne invisible. Utiliser la peur comme outil politique n'est pas du patriotisme. C'est du contrôle. »
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