Le populaire humoriste Mario Sardiñas, connu pour son personnage Chequera du programme cubain «Vivir del cuento», a publié un nouveau reel sur Facebook qui résume en 25 secondes ce que aucun rapport officiel n'oserait avouer : à Cuba, le produit le plus recherché du moment ce sont les extincteurs.
La vidéo commence par le traditionnel cri de vente : « produits importés, fabriqués à La Cuevita, balai en plastique, feignants, bavoir en plastique »... Chequera, fidèle à son personnage de vendeur ambulant malicieux, égrène son catalogue avec la cadence de quelqu'un qui survit dans le marché informel depuis des décennies. Jusqu'à là, tout est normal —ou ce qui passe pour normal à Cuba—.
Puis vient le clin d'œil : les interrupteurs électriques, protagonistes de son reel viral de mars, ne sont plus disponibles. « Il ne vous reste plus de ces interrupteurs ? » demande un prétendu client. « Non, ma chérie, non. J'ai dû me débarrasser de ça, du show-biz. Trop de demande », explique-t-il avec la résignation de celui qui a vu même l'espoir s'épuiser.
Y alors vient le clou du spectacle. Le produit vedette. L'article de première nécessité pour le Cubain de 2026 : des extincteurs. Face à la question de leur utilité actuelle, Chequera ne hésite pas : « Pour quoi, Pipo ? Pour éteindre le feu, qui est en train de flamber ! ». Le reel compte plus de dizaines de milliers de vues et près de 10 000 likes, ce qui confirme que l'humour de Chequera reste un thermomètre précis de l'état d'esprit des rues cubaines.
La blague a plus de couches qu'un oignon et plus de vérité qu'un communiqué officiel. À Cuba, « être en candela » signifie être dans de graves problèmes, et le pays brûle depuis des années au sens littéral et figuré. Santiago de Cuba a enregistré au moins six incendies significatifs entre février et avril 2026, selon des rapports de début mai : l'un a détruit le foyer de deux familles avec cinq enfants, un autre a obligé à évacuer 12 patients de l'Hôpital Saturnino Lora après une défaillance dans un compresseur de climatisation.
Les pompiers cubains, comme si cela ne suffisait pas, font face à leur propre crise structurelle : les coupures de courant paralysent les pompes à eau et compliquent l'extinction des incendies. Le déficit électrique national en avril 2026 oscillait entre 1 630 MW et 1 945 MW, avec des coupures qui ont affecté 55 % du territoire national. Dans ce contexte, un extincteur n'est pas une plaisanterie : c'est presque un bien de luxe.
Le panorama économique qui entoure l'humour de Chequera est également désolant. La libreta de abastecimiento est en état de collapse fonctionnel : les bodegas à La Havane n'offrent que du riz, du sucre et des petits pois cassés pour des milliers de clients attribués. Le prix d'un paquet de poulet est passé de 4 500 CUP à 4 850 CUP en peu de temps, et environ 36 % de la population présente des niveaux d'insécurité alimentaire, selon le Programme Mondial de l'Alimentation.
Ce n'est pas un hasard que 80 % des Cubains considèrent la crise actuelle comme pire que la Période Spéciale. Cuba importe entre 70 % et 80 % des aliments qu'elle consomme, et l'économie continue de chuter librement. Dans ce contexte, le personnage de Chequera — qui en mars avait déjà rendu viral un sketch où il proposait des « interrupteurs électriques » et sortait un chaudron métallique avec la phrase « Touchez-le pour voir comment arrive le courant » — remet le doigt sur la plaie avec une vision chirurgicale.
Parce que lorsque ce qui se vend le plus dans un pays ce sont des extincteurs, la question n'est pas à quoi ils servent. La question est de savoir ce qu'il reste à éteindre, et si quelqu'un a envie d'essayer. « Allez, il me reste un, messieurs », conclut Chequera. Et dans cette dernière phrase tient toute Cuba.
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