Une vidéo de seulement dix secondes publiée sur TikTok par le compte @YaniCrepo résume en une seule image la profondeur de la crise que traverse Cuba : deux bovins tirant un almendrón —les voitures américaines emblématiques des années 40 et 50— le long d'une rue pavée en mauvais état à Las Martinas, Pinar del Río.
La vidéo, publiée dimanche dernier avec la description « ce que l'on voit à Cuba », a accumulé 64 000 vues, 1 832 likes, 741 partages et 99 commentaires, devenant ainsi un nouveau symbole viral de la précarité des transports sur l'île.
La scène n'est pas un fait isolé ni une curiosité pittoresque : c'est la conséquence directe du collapsus énergétique que traverse Cuba.
Le ministre de l'Énergie et des Mines, Vicente de la O Levy, a reconnu publiquement que le pays « n'a absolument rien en matière de fioul, de diesel, seulement du gaz associé ».
Face à ce vide, le transport et l'agriculture ont massivement recours à la traction animale. Le président du Groupe Entreprise Agricole, Orlando Lorenzo Linares Morell, a reconnu que le secteur revient à des technologies « du XIXe siècle » en raison du manque de carburant, bien qu'il ait précisé qu'« il y a l'équipement mais pas assez de carburant ».
La culture cubaine est de retour aux bœufs et aux moulins à vent de manière généralisée, avec la campagne de semis se terminant en avril avec seulement 70 % de réalisation et l'aviation agricole complètement paralysée.
La production de riz a chuté à 36 % du niveau de 2018, et le sucrerie centrale Quintín Bandera de Villa Clara n'a pas pu terminer la récolte 2025-2026 en raison du manque de carburant et de fournitures, ayant également recours à des bœufs et à des panneaux solaires.
Le contexte historique est inévitable. En février de cette année, le régime de Díaz-Canel a réactivé la soi-disant «Option Zéro», le plan d'urgence conçu durant la Période Spéciale des années 90 après la disparition de l'URSS pour faire face à un scénario de zéro pétrole.
Ce plan prévoyait, entre autres mesures, l'utilisation de la traction animale, des vélos, du charbon de bois et l'autosuffisance alimentaire : exactement ce que l'on voit aujourd'hui dans les rues de Pinar del Río.
L'image de l'alendrón tiré par du bétail à Las Martinas condense visuellement plus de trois décennies de recul : Cuba en 2026 répète les scènes de survie des années 90, avec la différence que maintenant elles se viralent en quelques secondes devant des millions de personnes à travers le monde.
Ce n'est pas la première fois qu'un almendrón devient le protagoniste d'un moment viral sur les réseaux. En avril de cette année, un autre de ces véhicules, décoré de symboles de liberté, a ému la diaspora cubaine en circulant dans les rues de l'île et en se diffusant massivement sur TikTok.
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