Politologue Armando Chaguaceda : Dénonçons cette académie « critique » qui édulcore le régime cubain

Le politologue cubain Armando Chaguaceda a publié « La trahison illustrée », un essai qui dénonce le silence complice de l'académie « progressiste » face à la répression du régime de l'île. Chaguaceda souligne des cas concrets ignorés par les intellectuels de gauche : le Mouvement San Isidro, le 27N et le 11J, avec des centaines de prisonniers politiques. Il avertit que l'histoire n'absolvera pas ceux qui ont détourné le regard pendant que les Cubains criaient.



Armando ChaguacedaPhoto © FB/Armando Ch Noriega

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Le politologue et historien cubain Armando Chaguaceda a publié ce samedi un essai sur son profil Facebook intitulé « La trahison éclairée », dans lequel dénonce le silence complice de l'académie progressiste occidentale et latino-américaine face à la répression du régime cubain.

Chaguaceda, chercheur spécialisé dans les processus de démocratisation et d'autocratisation en Amérique latine et en Russie, étaye son argument par l'œuvre « La trahison des clercs » (1927) du philosophe français Julien Benda, qui dénonçait déjà, il y a près d'un siècle, la soumission des intellectuels aux passions politiques au détriment des valeurs universelles.

«Il existe une forme de trahison qui ne fait pas de bruit. Elle ne porte pas d'uniforme et ne signe pas de décrets. Elle s'exerce depuis des chaires universitaires, depuis des colonnes d'opinion bien rémunérées, depuis des forums académiques où se débat l'avenir du monde», écrit le politologue au début du texte.

Chaguaceda souligne que le problème n'est pas la prédominance progressiste dans les universités, mais lorsque ce biais se transforme en un filtre qui détermine quels souffrances méritent une attention et lesquelles s'avèrent politiquement gênantes.

Sur Cuba, c'est catégorique : « Être de gauche n'accorde à personne, en soi, une supériorité morale. Être progressiste ne garantit pas une cohérence éthique. Habiter le champ idéologique qui a historiquement dénoncé l'oppression n'exempte personne — absolument personne — de l'exercer ou d'être complice de ceux qui l'exercent ».

L'essai rappelle des cas concrets que l'académie a ignorés : les musiciens noirs du Movimiento San Isidro emprisonnés, les artistes du 27 novembre 2020 rassemblés devant le Ministère de la Culture qui ont été frappés ou ont été envoyés en exil, et les dizaines de milliers de manifestants du 11 juillet 2021, la plus grande explosion sociale dans l'histoire récente de Cuba, réprimés avec des peines allant jusqu'à 20 ans de prison.

Chaguaceda se demande où étaient donc les intellectuels qui n'hésitent pas à signer des manifestes contre toute autre forme de répression, et il répond : dans le silence, ou pire, « en produisant des analyses qui relativisaient la répression, qui trouvaient toujours une cause externe — le blocus, l'intervention impérialiste, la provocation de Miami — déplaçant ainsi la responsabilité du gouvernement ». Son verdict est lapidaire : « Ce silence n'était pas neutre. Ce silence était une décision ».

Le texte pourrait également viser la Latin American Studies Association (LASA), sous pression en 2021 de plus de 300 personnalités spécialisées dans le thème cubain pour qu'elle se prononce sur les violations des droits humains à Cuba. La réponse a été qualifiée par certains signataires de « lâche, complice et abjecte ». Le scandale s'est aggravé lorsqu'un colonel du MININT a été annoncé comme participant à un panel de LASA sur le 11J.

Chaguaceda qualifie d'« colonialisme intellectuel » l'attitude des académiciens qui, depuis des positions privilégiées dans les universités occidentales, invalident les revendications des Cubains qui demandent n'importe quelle issue, y compris l'intervention étrangère : « Juger cela depuis le privilège est une forme de cruauté qui se déguise en sophistication politique ».

Le contexte qui soutient la dénonciation est implacable. Selon des données de Prisoners Defenders, publiées en avril 2026, il y avait 1 250 prisonniers politiques à Cuba, y compris des mineurs purgés encore leur peine. Parmi les manifestants du 11J, plus de 200 ont été condamnés pour sédition avec une moyenne de 10 ans de privation de liberté.

L'essai se termine par un avertissement direct à cette académie : « L'histoire ne vous absolvera pas. Ce qui restera de vous, lorsque tout cela aura été jugé avec la distance que confère le temps, c'est votre silence embarrassé. Et ce silence parlera plus fort que tous vos articles, que toutes vos conférences, que tous vos livres réunis. »

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Équipe éditoriale de CiberCuba

Une équipe de journalistes engagés à informer sur l'actualité cubaine et les sujets d'intérêt mondial. Chez CiberCuba, nous travaillons pour offrir des informations véridiques et des analyses critiques.

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