«Pourquoi ?» : La question d'une fillette face aux coupures de courant qui laisse un adulte sans réponse

Un journaliste du Girón de Matanzas raconte comment une petite fille demande « Pourquoi ? » lors d'une coupure de courant, et que l'adulte, incapable de répondre, choisit le silence.



Des Cubains dorment à l'extérieur en raison des coupures de courant (Image de référence)Foto © Collage Facebook / Isis Ro

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Une petite fille observe comment les pales du ventilateur s'arrêtent pendant une coupure de courant et demande « Pourquoi ? », tandis que l'adulte qui l'accompagne ne sait pas quoi lui répondre.

Cette scène, publiée ce dimanche dans la chronique dominicale du journal Girón de Matanzas, signée par le journaliste Guillermo Carmona Rodríguez, résume avec une précision dévastatrice ce que vivent au quotidien des millions de familles cubaines.

«Pourquoi ?», demande la fillette en suivant du regard les pales du ventilateur, qui cessent peu à peu de tourner.

«Pourquoi ?», répète-t-elle en prenant l'équipement avec ses petites mains et en le secouant pour lui donner une vie qu'il n'aura plus jusqu'à un jour ou deux après.

Le narrateur imagine des contes fantastiques pour ne pas dire la vérité : un petit poisson glouton qui recouvre les fils électriques, un royaume de sirènes à qui l'on confie l'eau rare, un unicorn peureux qui symbolise l'économie effondrée, et des bus prétentieux qui expliquent l'absence de transports.

Pour la pénurie d'eau, l'histoire serait que « un méchant homme vole l'eau de son étang pour la mettre en bouteille et la vendre à 200 pesos la bouteille ».

Pour la crise économique, que « le prix du riz et du poulet a grimpé en flèche et de là-haut, il se salue avec un air satisfait ».

Mais au final, Carmona avoue qu'elle ne peut pas le faire : « Je ne veux pas donner la véritable réponse. Elle est trop longue et compliquée, comme une pelote de lumières de Noël oubliées dans un tiroir. Peut-être que ses couleurs s'éteignent avec tant de vérité ».

La distance entre l'adulte et l'enfant n'est pas seulement une question d'âge, mais aussi d'expérience accumulée face au désastre : « Parfois, cela m'arrive, et je me sens gris et flétri ; mais je suis un adulte mort et ressuscité un tas de fois. Elle assemble des petits tas de sa première vie. »

Le texte est publié dans le quotidien Girón, organe officiel du Parti Communiste à Matanzas, ce qui rend son ton encore plus remarquable.

Ce n'est pas la première fois que Carmona dépeint ainsi la crise depuis un média d'État : dimanche dernier, il a publié « Le peu de repos des justes », sur une nuit sans électricité et avec une chaleur extrême, et en 2022, il avait déjà signé « Les coupures de courant, brother, les coupures de courant ».

La chronique arrive au pire moment de la crise électrique cubaine depuis des décennies. En juin 2026, l'Union Électrique a signalé des déficits allant jusqu'à 2 040 MW aux heures de pointe, affectant 68 % du système électrique national.

L'investigateur Jorge Piñón a estimé qu'environ 60 % des 19 unités des huit centrales thermiques du pays étaient hors service.

L'impact sur les enfants est documenté et sévère. Selon l'UNICEF, 9 % des enfants de moins de cinq ans souffrent de privation nutritionnelle grave, et 48,5 % des élèves de six à onze ans ne reçoivent ni repas ni collation dans les établissements scolaires.

La ONU a averti en mai 2026 que plus de 11 000 enfants attendaient des opérations chirurgicales reportées en raison des coupures d'électricité.

Ce contexte est le même qui a conduit une mère cubane à raconter le 11 juin que sa fille pleurait de faim tandis qu'elle essayait d'allumer du bois humide pour cuisiner sans électricité.

Le ministère de l'Éducation a avancé la fin de l'année scolaire au période du 15 au 30 juin en réponse à l'urgence énergétique, une mesure qui reconnaît implicitement que l'État ne peut garantir des conditions minimales dans les salles de classe.

Carmona conclut sa chronique sans histoires ni réconfort : « Je n'ose pas. Je n'ai pas le cœur pour la tromper de cette manière. Elle repose la question 'Pourquoi ?', et glisse un doigt à travers la grille du ventilateur pour faire tourner les pales. Comme je ne sais quoi dire, je reste silencieux. »

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