Ulises Toirac : Était-ce comme ça... les paroles...? «Allez-vous-en sans mesure ni clémence !»

Ulises Toirac a publié ce vendredi un mème parodiant la chanson « Ódiame » en remplaçant le vers original par « Allez-vous sans mesures ni clémence ! », s'adressant au régime cubain. La publication a déclenché une avalanche de commentaires complices de ses abonnés, qui ont célébré la version « améliorée » du classique romantique. Ce mème arrive après des semaines de critiques soutenues de Toirac à l'égard des 176 mesures économiques approuvées par l'Assemblée Nationale, que l'humoriste a qualifiées de tardives et inefficaces.



Ulises ToiracPhoto © FB/Ulises Toirac

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Le humoriste cubain Ulises Toirac a publié ce vendredi sur sa page Facebook un mème qui, avec l'innocence feinte de celui qui « ne se souvient pas bien des paroles », a transformé un classique du romantisme latino-américain en hymne non officiel du ras-le-bol cubain : «¡Váyanse sin medidas ni clemencia!»

La publication montre un personnage animé en trois dimensions, de style Pixar, avec des lunettes noires en plastique, un smoking impeccable et un microphone vintage, chantant dramatiquement la phrase avec des notes musicales violettes flottant autour de lui. Le texte qui accompagne l'image est un prodige d'innocence feinte : « Je n'arrive vraiment pas à me souvenir des paroles... C'était comme ça...? ».

Captura de FB/Ulises Toirac

La chanson parodiée est «Ódiame», un vals péruvien dont le vers le plus célèbre dit «Ódiame sin medida, ni clemencia». Toirac a pris ce vers, a changé le verbe avec une précision millimétrique —de «Ódiame» à «Váyanse»— et a ajouté un «s» à «medida», pour faire allusion aux mesures du paquetazo récemment annoncé par le pouvoir cubain. Ainsi, il a transformé un classique du désamour romantique en un éditorial politique avec des notes musicales. L'opération est aussi simple que dévastatrice.

Le propre Toirac, qui, en plus d'être humoriste, est acteur, écrivain et homme de culture, n'a pas laissé la blague inachevée et a clarifié dans les commentaires l'origine de la pièce : « Initialement, c'était un poème de Federico Barrato intitulé 'Ruego'. Plus tard, l'autre Péruvien Rafael Otero López y a mis de la musique, donnant naissance à 'Ódiame'. Celui qui l'a chantée en premier était Julio Jaramillo avec le Trío Los Panchos ». La blague venait donc avec une érudition incluse et des notes en bas de page.

La réaction de ses partisans fut immédiate et unanime. Un commentateur a résumé le sentiment collectif par une phrase qui ne souffre pas d'ambiguïté : « Je crois que c'est les paroles que nous crions tous les Cubains ». Un autre est allé encore plus loin en indiquant que « le plus important dans les paroles, c'est 'qu'ils s'en aillent' ». Une supportrice a proposé d'ajouter un refrain : « qu'ils s'en aillent déjà, s'il vous plaît ». Et quelqu'un, avec la solennité que le moment mérite, a proclamé que « Allez-vous en est la chanson de l'année ». Il n'a pas manqué de suggestions selon lesquelles la version de Toirac surpasse l'original : « C'est mieux que l'original, c'est ce qu'ils doivent faire. Vive Cuba Libre ».

Le mème arrive à un moment où Toirac accumule des semaines de critiques soutenues à l'égard du régime. Le 18 juin, l'Assemblée Nationale a approuvé un paquet de 176 mesures économiques — la plus grande réforme structurelle depuis la Période Spéciale — qui inclut des banques privées, des maisons de change privées et une dollarisation partielle. Toirac a répondu par un concours satirique sur Facebook pour nommer les nouvelles mesures et ne tarda pas à les qualifier de tardives et inefficaces, avertissant que le gouvernement « essaie seulement de gagner du temps ».

Par la suite, l'humoriste a été encore plus sombre et a affirmé que Cuba est «dans un labyrinthe sans solution», du moins dans le délai de sa vie, et a admis qu'il pourrait quitter l'île s'il trouve des conditions pour développer son travail. Avec ce contexte, le mème de ce vendredi n'est pas seulement une blague : c'est la synthèse musicale de tout ce qu'il a dit en prose pendant des semaines.

Toirac a également exigé qu'il soit interdit aux membres du PCC et aux militaires de participer au nouveau cadre économique, afin d'éviter que les réformes ne dérivent en une oligarchie de type soviétique. Lorsque quelqu'un l'a traité de « mercenaire » en raison de ses critiques, il a répondu avec ironie que son ventre prouvait que personne ne le payait.

Comme l'a écrit un suiveur pointant directement la dictature cubaine : « Que (les paroles) soient ainsi ou non, peu importe. Allez-vous-en ».

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