Des Vénézuéliens brisent des dollars que des fonctionnaires volaient parmi les décombres

Des voisins de La Guaira ont confronté un inspecteur du CICPC qui volait des dollars parmi les décombres du tremblement de terre. Des femmes ont déchiré les billets pour l'en empêcher.



Des Vénézuéliens détruisent des dollars qu'un policier tentait de volerPhoto © Instagram

Vecins des résidences Vallarta, à Playa Grande, dans l'état de La Guaira, ont confronté ce mardi un inspecteur du CICPC qui aurait prétendument volé des dollars en espèces dans les appartements effondrés par le tremblement de terre.

Pour empêcher le vol, des femmes et des hommes arrachèrent de force le sac que tenait l'agent et, indignés, prirent une décision extrême : déchirer les billets de leurs propres mains.

Le fonctionnaire, identifié sur sa carte d'identité comme « Inspecteur Ragnar », a été filmé sur les décombres tenant un sac contenant ce qui semblait être des billets de 100 dollars américains.

Selon les dénonciations des voisins, le montant présumé dérobé s'élèverait à environ 10 000 dollars retrouvés parmi les débris des bâtiments effondrés.

Les images, diffusées sur les réseaux sociaux, montrent l'inspecteur en uniforme tactique noir, casque, lunettes et gants, avec le blason du Cuerpo de Investigaciones Científicas, Penales y Criminalísticas (CICPC) visible sur la poitrine.

L'arrière-plan des photographies révèle l'environnement de destruction totale qui caractérise Playa Grande après les séismes.

Des femmes de la communauté ont déchiré les billets trouvés parmi les décombres, face à l'impossibilité de les récupérer autrement, dans un geste qui reflète une profonde méfiance envers les forces de sécurité du régime de Nicolás Maduro.

L'incident n'est pas un cas isolé. Ce même mardi, six fonctionnaires du CICPC ont été arrêtés à la Subdelegación San José de Barlovento, à Río Chico, dans la municipalité de Páez, dans l'état de Miranda, accusés d'avoir volé des matériaux provenant de logements touchés par le tremblement de terre. Le 28 juin, des organismes de contrôle policier avaient déjà arrêté cinq civils pour vol dans des logements évacués à La Guaira.

Le CICPC est le principal corps d'enquête criminelle du Venezuela et sa présence dans les zones sinistrées se justifie pour préserver les scènes, identifier les victimes et protéger les biens. Que ses propres inspecteurs soient accusés de piller les victimes aggrave la crise institutionnelle du régime au pire moment pour la population touchée.

Le contexte est celui d'une devastation sans précédent. Le double tremblement de terre du 24 juin 2026, avec des séismes de magnitude 7,2 et 7,5 séparés par à peine 39 secondes, a détruit plus de 250 bâtiments à La Guaira, y compris l'Hôpital José María Vargas et l'Aéroport International de Maiquetía. Le nombre de morts dû aux tremblements de terre s'élève à 1,943, avec 10,571 blessés selon des chiffres officiels, tandis que l'ONU évoque jusqu'à 50,000 disparus à travers le pays.

Les pillages ont commencé dès les premiers jours. Le 25 juin, des vols dans des commerces endommagés de La Guaira et Catia La Mar étaient déjà documentés par des civils. Ce qui s'est passé mardi dans les résidences Vallarta représente une grave escalade : ce sont les agents de l'État eux-mêmes qui profitent de leur accès privilégié aux zones sinistrées pour s'emparer de l'argent que les victimes gardaient chez elles.

Le Programme des Nations Unies pour le développement estime les dommages directs du tremblement de terre à 6,700 millions de dollars, tandis que les données satellites de la NASA évaluent à près de 59,000 bâtiments endommagés ou détruits dans toute la région touchée.

La réaction des femmes de Playa Grande, détruisant l'argent plutôt que de permettre à un fonctionnaire corrompu de s'en emparer, est devenue ce mardi un symbole de l'indignation d'une communauté qui a tout perdu et qui ne peut même plus faire confiance à ceux qui devraient la protéger.

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