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La gouverneure de Granma, Yanetsy Terry Gutiérrez, a convoqué ce dimanche une rencontre avec des représentants de mipymes et des travailleurs indépendants à Manzanillo pour leur demander une plus grande responsabilité face aux problèmes de la municipalité, comme l'a rapporté le média d'État CNC TV Granma, avec des informations du journaliste Baldo Alexis Blanco.
L'appel de la fonctionnaire au secteur non étatique se produit dans un contexte que le gouvernement provincial lui-même a reconnu comme critique : en juin 2026, les autorités de Granma ont admis qu'elles ne disposent pas des plus de 400 millions de pesos nécessaires pour payer ses 111,000 retraités.
Lors de la réunion, Terry Gutiérrez a abordé la circulation de la trésorerie, l'importance des dépôts bancaires et l'urgence de garantir le paiement ponctuel des retraités et des travailleurs. La dirigeante a encadré la discussion avec une phrase que le média officiel a reproduite comme slogan : « Résoudre les problèmes et renforcer le développement ».
La gouverneure a également exhorté le secteur privé à assumer une responsabilité qui va au-delà de ses affaires, en faisant appel à l'empathie sociale avec l'expression « se mettre à la place des autres ». Elle a reconnu l'effort de ceux qui participent déjà à des initiatives de soutien communautaire, comme le versement direct de pensions en espèces, et a assuré que « Manzanillo a les conditions pour devenir un modèle dans la province ».
Ce que la fonctionnaire a présenté comme une « articulation » entre les secteurs est, en pratique, une transfert des obligations étatiques au secteur privé. Face à la crise de liquidités qui menace le paiement des salaires et des pensions, le régime a recours à des projets pilotes dans lesquels les mipymes et les commerces privés versent directement les pensions aux retraités avec l'argent perçu pour leurs propres services. À Holguín, près de 20 entreprises privées participent à ce schéma, bénéficiant à environ 5 000 pensionnés.
La pression sur le secteur privé ne se limite pas aux discours. Des cas ont été documentés où des inspecteurs des finances, avec le soutien de la police, forcent les mipymes à déposer leur liquidité dans les banques pour financer les paiements aux retraités. À Camagüey, des retraits forcés de liquidités ont été signalés chez les travailleurs indépendants, ce que certains ont qualifié de « corralito bancaire ». Depuis avril 2026, de plus, la Résolution 86 du Ministère des Finances oblige les mipymes, les travailleurs indépendants et les coopératives à signaler des opérations suspectes de blanchiment d'argent et de financement du terrorisme.
Le secteur privé cubain contribue à 23% des revenus budgétaires de l'État par le biais des impôts, couvre plus de la moitié du commerce de détail et génère près d'un tiers de l'emploi, selon des données sur le secteur privé en pleine crise. C'est, en pratique, le seul pilier d'une économie que l'État a été incapable de maintenir en fonctionnement pendant plus de six décennies de dictature.
Le gouvernement cubain a présenté en juin 2026 un ensemble de 176 mesures qui éliminent des limites clés pour les mipymes, telles que le plafond de 100 travailleurs et la restriction de posséder une seule entreprise. Cependant, ces concessions coexistent avec des contrôles croissants et avec l'attente que le secteur privé finance des fonctions que l'État ne peut pas remplir.
Les Cubains qui ont suivi les nouvelles sur les réseaux sociaux ont réagi avec scepticisme et ironie. Plusieurs ont souligné que la gouverneure demande aux privés de résoudre ce que l'État n'a jamais pu garantir, tout en les soumettant à des inspections, des obligations bancaires et de nouvelles régulations. D'autres ont rappelé que la pension minimale à Cuba est de seulement 4 000 pesos depuis septembre 2025, un montant que l'inflation a rendu insignifiant, et que recevoir sa pension est devenu un calvaire pour les personnes âgées qui doivent faire des files d'attente interminables devant les banques.
Le média officiel a conclu sa publication par une phrase qui résume la logique du régime face à son propre échec : « Le développement avec justice sociale exige une responsabilité partagée ».
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