Un santiaguero qui a participé aux manifestations du 11 juillet 2021 a décidé de rompre le silence ce samedi, cinquième anniversaire de cette journée, après s'être reconnu dans une vidéo commémorative diffusée sur les réseaux sociaux par le journaliste indépendant Yosmany Mayeta Labrada.
L'homme, qui garde l'anonymat par crainte de représailles, a contacté Mayeta Labrada via WhatsApp en voyant sa propre image parmi les scènes des manifestations à Santiago de Cuba.
«C'est moi», a-t-il écrit en se reconnaissant sur les images.
Lors de cet échange, il a révélé la sanction qu'il a reçue pour être sorti dans la rue ce jour-là : « On m'a infligé une amende de 6 000 $ et un an de résidence surveillée à domicile ».
Son témoignage décrit une participation pacifique. « Je suis sorti pour demander la liberté, du pain et du respect. Je n'ai rien cassé, je n'ai pas crié de haine. Pourtant, ils m'ont arrêté et m'ont marqué pour toujours », a-t-il raconté sous couvert d'anonymat.
L'affaire appartient à une dimension moins documentée de la répression qui a suivi le 11J : les sanctions administratives et pénales mineures — amendes et arrestations à domicile — qui n'ont pas fait la une des journaux mais ont laissé des séquelles profondes chez ceux qui les ont subies.

Le protagoniste lui-même souligne que son histoire n'a jamais été reprise par la presse officielle cubaine ni enregistrée publiquement parmi les nombreux procès découlant des manifestations.
Mayeta Labrada, créateur du projet « Kuba x Dentro » et dont le processus de déportation a été rejeté le 3 juillet 2026 par un tribunal d'immigration américain, invite d'autres victimes à partager leurs expériences de manière confidentielle via sa page ou par WhatsApp.
«Votre témoignage compte. La mémoire se construit aussi avec votre voix», a écrit le journaliste en publiant le cas du santiaguero anonyme, dont l'histoire illustre que la répression du 11J a eu des dimensions qui demeurent encore aujourd'hui dans l'ombre.
Les manifestations du 11J de 2021 ont été les plus grandes manifestations antigouvernementales à Cuba depuis 1959, avec des milliers de personnes dans plus de 60 localités.
Santiago de Cuba a été l'un des principaux épicentres de cette journée, que le régime a répondu par la violence : Díaz-Canel a ordonné publiquement « l'ordre de combat est donné ».
La répression judiciaire qui a suivi a été extensive : plus de 1 400 personnes ont été arrêtées dans tout le pays, avec des peines allant jusqu'à 15 ans de prison.
Cinq ans plus tard, au moins 338 personnes restent emprisonnées spécifiquement pour leur participation au 11J, selon les données de mai 2026 de l'organisation Prisoners Defenders.
L'amnistie annoncée en avril 2026 pour plus de 2 000 détenus a explicitement exclu les condamnés pour « crimes contre l'autorité », la catégorie utilisée pour criminaliser les manifestants.
Dans ce contexte, cet anniversaire arrive chargé de tension : Luis Manuel Otero Alcántara, dont la peine de cinq ans a expiré le 9 juillet 2026, n'a pas été libéré et a été transféré à un endroit inconnu le 7 juillet.
Dés jours avant l'anniversaire, les autorités de Santiago de Cuba ont distribué du riz et du poulet, dans ce que les activistes ont interprété comme une tentative de contrôle social face au mécontentement accumulé.
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