Le Tribunal Provincial de La Havane prolonge la réponse au recours en habeas corpus en faveur de Luis Manuel Otero Alcántara

Luis Manuel Otero Alcántara.Photo © Facebook/Luis manuel otero alcantara

Le Tribunal Provincial Populaire de La Havane a laissé expirer ce jeudi le délai légal de 72 heures sans se prononcer sur le recours en habeas corpus présenté en faveur de l'artiste et prisonnier politique Luis Manuel Otero Alcántara, qui reste sous la garde de l'État malgré avoir purgé l'intégralité de sa peine.

Au lieu de rendre une décision, le tribunal a communiqué que le dossier reste "en cours de traitement", a informé l'organisation de droits de l'homme Cubalex, qui a déposé le recours le 13 juillet dernier.

Pour l'organisation, le retard ne résulte pas d'une question administrative, mais d'une décision délibérée.

"Le tribunal dilate délibérément les délais légaux afin de contraindre la libération de Luis Manuel, subordonnée à son départ définitif et immédiat du pays", a dénoncé Cubalex dans une alerte diffusée ce jeudi.

Selon l'organisation, les autorités cherchent à gagner du temps afin que, si Otero Alcántara quitte Cuba avant qu'un jugement ne soit rendu, le recours puisse être déclaré irrecevable en arguant que la privation de liberté a pris fin en raison d'une supposée "décision volontaire" de la part de l'intéressé.

Il est toujours en détention après avoir purgé sa peine

Luis Manuel Otero Alcántara a purgé le 9 juillet dernier la peine de cinq ans de prison qui lui avait été infligée, mais il n'a jamais retrouvé la liberté.

Deux jours avant, le 7 juillet, des agents de la Sécurité de l'État l'ont sorti de la prison de haute sécurité de Guanajay, à Artemisa, sans informer ses familles de sa destination ni des raisons de son transfert.

Depuis lors, il reste en dehors de la communication sous la garde de l'État, une situation que Cubalex et Amnesty International qualifient de disparition forcée.

Le seul contact connu a eu lieu le 9 juillet, lorsque l'activiste Anamely Ramos a réussi à lui parler brièvement à travers un téléphone contrôlé par la Sécurité de l'État. Au cours de cette conversation, Otero Alcántara a confirmé qu'il était toujours détenu et a raconté que des agents l'interrogeaient sur sa demande de parole humanitaire pour voyager aux États-Unis.

Cubalex affirme que le maintenir privé de liberté après l'extinction de sa peine "manque de titre pénal" et constitue une détention arbitraire qui viole la Constitution, le Code pénal et la Loi sur l'exécution des peines en vigueur à Cuba.

Obstacles à la présentation du recours

L'organisation a également dénoncé que le processus de présentation de l'habeas corpus a été marqué par de nombreux obstacles.

Le 10 juillet, plusieurs tribunaux sont restés fermés bien que ce fût un jour ouvrable, et un activiste qui a tenté de soumettre le recours a été arrêté et est resté en détention pendant deux jours.

Par la suite, les documents envoyés par courriel à des adresses officielles ont été bloqués ou ignorés, jusqu'à ce que finalement le recours puisse être déposé le 13 juillet devant le Tribunal provincial de La Havane.

Cubalex assure que la fermeture des tribunaux a également empêché le dépôt de recours en plainte auprès du Tribunal Suprême Populaire, limitant ainsi les garanties procédurales prévues par la législation cubaine.

L'ONU exige également des réponses

Ce n'est pas la première fois que la justice cubaine refuse d'intervenir en faveur de l'artiste. Un premier habeas corpus a été rejeté par le Tribunal Provincial d'Artemisa le 23 mars, décision que le Tribunal Suprême Populaire a confirmée le 7 avril, tout en refusant d'accorder des avantages pénitentiaires ou une grâce.

Pendant ce temps, l'affaire a déjà pris une dimension internationale. Le Comité contre la Disparition Forcée de l'ONU a activé le 9 juillet l'Action Urgente 2357/2026, dans le cadre de laquelle il a demandé à l'État cubain de fournir des informations sur le lieu et la situation d'Otero Alcántara avant le 25 juillet.

Cubalex a conclu son dénonçant en exigeant que les autorités respectent le processus légal et procèdent à la libération immédiate de l'artiste, considérant qu'il n'y a plus de base légale pour le maintenir en détention.

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Équipe éditoriale de CiberCuba

Une équipe de journalistes engagés à informer sur l'actualité cubaine et les sujets d'intérêt mondial. Chez CiberCuba, nous travaillons pour offrir des informations véridiques et des analyses critiques.

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