
Le Département d'État a publié ce lundi un rapport de 100 pages intitulé «Cuba : La Capitale du Communisme du XXIe Siècle» dans lequel il affirme que la Direction de l'Intelligence (DI) du régime cubain continue d'opérer un réseau actif d'espions aux États-Unis, avec une pénétration significative dans des institutions civiles et militaires.
Le document n'identifie pas de nouveaux agents par leur nom ni ne fournit de preuves inédites, mais il rassemble des estimations d'anciens fonctionnaires de contre-espionnage et des cas historiques documentés pour argumenter que la menace cubaine n'est pas un vestige de la Guerre froide mais une réalité actuelle.
Le ancien chef de la Contre-Intelligence de la CIA, James Olson, est cité avec une déclaration frappante : « Les Cubains ont encore pénétré notre gouvernement... nous ne connaissons que la pointe de l'iceberg. Ils sont bien meilleurs que le KGB ».
Pour sa part, l'ancien fonctionnaire de contre-espionnage Christopher Simmons, qui a participé au démantèlement de plusieurs réseaux cubains après la fin de la Guerre froide, a estimé publiquement que la DI maintient des dizaines d'agents encore non identifiés opérant sur le territoire américain, y compris de présumés agents occupant des postes élevés au sein du gouvernement.
Le rapport qualifie la DI de « l'une des opérations de renseignement humain les plus efficaces au monde » et souligne qu'après la chute de l'Union soviétique, l'agence a réorienté ses opérations vers les États-Unis comme objectif presque exclusif, tout en maintenant ses réseaux d'agents et ses méthodes.
Pour illustrer l'ampleur historique de cette infiltration, le document évoque des cas emblématiques.
Victor Manuel Rocha, ancien ambassadeur en Bolivie et ancien directeur des Affaires interaméricaines au Conseil de sécurité nationale sous la présidence de Clinton, a espionné pour Cuba pendant environ 50 ans avant d'être arrêté en décembre 2023. Il a été condamné en avril 2024 à 15 ans de prison.
L'ancien procureur général Merrick Garland l'a décrit comme « une des infiltrations les plus profondes et durables du gouvernement des États-Unis par un agent étranger ».
Ana Belén Montes, recrutée en 1984 en tant qu'étudiante de troisième cycle à Johns Hopkins, est devenue l'analyste principale de Cuba à l'Agence de renseignement de défense du Pentagone. Elle a révélé les identités d'au moins quatre agents secrets et l'emplacement d'une base militaire secrète au Salvador. Elle a été arrêtée en 2001 et libérée en janvier 2023.
Walter Kendall Myers et sa femme Gwendolyn ont transmis des informations classées du Département d'État à La Havane pendant 30 ans par le biais de radios à ondes courtes. Myers a été condamné à la réclusion à perpétuité en 2010 et est mort en prison en mars 2026 à l'âge de 88 ans, sans montrer de regrets.
Le rapport met également en garde sur la dimension géopolitique actuelle : Cuba abrite 18 installations de renseignement de signaux connues, dont la Chine en opère activement trois et la Russie deux.
Selon le document, le personnel de renseignement des deux puissances sur l'île a été triplé depuis 2023. Le régime cubain, souligne le texte, fonctionne comme une plateforme à partir de laquelle la Chine, la Russie et l'Iran projettent des opérations contre les États-Unis.
El secrétaire d'État Marco Rubio a présenté le rapport avec le message suivant : « Depuis plus de six décennies, le régime cubain est le principal soutien du radicalisme de gauche et du tiers-mondisme aux États-Unis. Le peuple américain mérite de le savoir ».
La publication s'inscrit dans la politique de pression maximale de l'administration Trump, qui en juin a sanctionné l'Institut Cubain d'Amitié avec les Peuples (ICAP) sous l'Ordre Exécutif 14404, l'identifiant comme un instrument du gouvernement cubain qui « soutient les activités de renseignement et de contre-espionnage cubaines ».
Le rapport conclut que « confondre la pauvreté de Cuba avec son innocence, c'est mal comprendre totalement la menace ».
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