Donald Trump a signé lundi un décret exécutif pour imposer des tarifs de 50% sur la plupart des importations en provenance du Canada, dans l'une des mesures protectionnistes les plus agressives de son second mandat contre un allié historique.
Les nouvelles taxes entreront en vigueur le 19 août, 30 jours après la proclamation présidentielle.
“Ils ont besoin de nous pour survivre. Sans nous, il n'y a aucun moyen qu'ils puissent survivre”, a répondu le président lorsqu'on l'a interrogé sur le sujet.
La mesure ne tend pas seulement la relation bilatérale entre Washington et Ottawa, mais elle envoie également un avertissement direct au reste du monde : aucun partenaire commercial des États-Unis n'est à l'abri d'une escalade tarifaire similaire.
La base légale : Une norme de 1930 jamais utilisée auparavant
Pour justifier les tarifs, l'administration Trump a recouru à la Section 338 de la Loi tarifaire de 1930, une disposition peu connue qui permet au président d'imposer des droits de douane allant jusqu'à 50 % lorsque qu'un autre pays discrimine les produits américains.
Cette norme n'avait jamais été utilisée à cette fin, ce qui ouvre la porte à d'éventuelles contestations judiciaires, mais représente également une nouvelle voie légale après le revers qu'a subi Trump devant la Cour suprême, qui en février 2026 a annulé ses tarifs élevés fondés sur des pouvoirs d'urgence.
Selon l'économiste Stephen Brown de Capital Economics, le gouvernement pourrait être en train d'évaluer si cette loi « pourrait être utilisée pour imposer des tarifs douaniers à d'autres pays à l'avenir ».
Des experts de l'Institut Cato avaient déjà averti que le statut pourrait être «susceptible d'abus de la part d'un gouvernement protectionniste».
Quels produits sont concernés ?
Les nouveaux tarifs s'ajoutent au prélèvement général de 10% que Trump a imposé en février 2026, augmentant ainsi la charge totale sur de nombreux produits canadiens.
Sont exclus l'énergie, la potasse, les minéraux critiques et le poisson.
Cependant, la mesure concerne des biens jusqu'à présent protégés par le Traité entre le Mexique, les États-Unis et le Canada (T-MEC), tels que des automobiles, des produits laitiers, du vin, du ciment et des crosses de hockey.
De plus, les biens détournés via des pays tiers pour éviter les droits de douane seront soumis à une imposition supplémentaire de 40%.
La justification de Washington
La Maison Blanche a affirmé que le Canada maintient des pratiques commerciales « préjudiciables » pour les États-Unis : restrictions à l'accès des produits laitiers, droits de douane élevés sur les biens agricoles, taxes sur les services numériques et représailles commerciales antérieures.
Le représentant commercial des États-Unis, Jamieson Greer, l'a résumé dans une interview avec CNBC : «Nous avons un tarif qui est, à nouveau, une conséquence naturelle des représailles du Canada».
Bien que Trump ait menacé le Canada vendredi dernier sur Truth Social avec de nouveaux tarifs en raison de la fumée des incendies de forêt au Manitoba, en Saskatchewan et en Ontario, la Maison Blanche a finalement justifié la décision en termes strictement commerciaux.
La réponse d'Ottawa
Le premier ministre canadien, Mark Carney, a accusé Washington de violer l'ACEUM.
«Ceci est la plus récente d'une série d'actions commerciales unilatérales des États-Unis qui ont commencé par l'imposition d'une série de droits de douane en violation directe de l'Accord entre le Canada, les États-Unis et le Mexique», a déclaré dans un communiqué, selon ce qu'a rapporté l'agence EFE.
Carney a laissé la porte ouverte à la négociation : « Le Canada a présenté une série de propositions détaillées et complètes pour résoudre ce différend et moderniser l'ACEUM. Nous sommes prêts à intensifier ces conversations dans les prochaines semaines. »
Un avertissement pour le monde entier
Ce qui est en jeu va au-delà du simple différend bilatéral.
Selon CNN, si le gouvernement parvient à définir clairement ce qui constitue une « discrimination » contre les produits américains, il disposerait d'un nouveau moyen juridique pour imposer des droits de douane élevés à tout pays dont les politiques sont jugées inacceptables.
Cette escalade survient après le refus de Trump de renouveler le T-MEC dans sa forme actuelle le 2 juillet, lorsqu'il a opté pour un mécanisme de révisions annuelles jusqu'en 2036.
Le traité génère environ deux billions de dollars de commerce annuel entre les trois pays.
L'avocat spécialisé en commerce Greg Husisian, du cabinet Foley & Lardner, n'a pas mâché ses mots :
«D'autres pays devront continuer à prendre ce type de menaces au sérieux. Cela confirme que le président Trump continuera à utiliser la menace des tarifs douaniers pour atteindre des objectifs de politique étrangère durant le reste de sa présidence.»
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