Le vol de l'huile diélectrique d'un transformateur qui alimente le centre de médecine moléculaire de Santiago de Cuba a laissé l'installation sans service et a eu une conséquence qui a dépassé les dommages à l'infrastructure électrique : les échantillons d'un patient dans un état critique ont dû être transférés jusqu'à Granma pour pouvoir être traités.
L'incident a été signalé par la Société Électrique de Santiago de Cuba dans un communiqué où elle a mis en garde contre l'impact que ce type de délit peut avoir sur les services essentiels et, en particulier, sur les soins de santé.
Le vol a eu lieu dans la nuit de mercredi. Quelques heures plus tard, lorsqu'un patient dans un état critique a eu besoin d'analyses urgentes, le centre n'a pas pu traiter les échantillons en raison de la panne causée au transformateur.
L'alternative consistait à les envoyer dans une autre province, une opération qui impliquait du carburant, des ressources et, surtout, un retard à un moment où obtenir rapidement un résultat pouvait être déterminant pour le soin du malade.
«Mais il y a quelque chose d'encore plus important : le temps que perd un patient lorsqu'il a besoin d'un diagnostic urgent», a averti l'Entreprise Électrique.
L'entité a expliqué que l'huile diélectrique est essentielle pour l'isolation et le refroidissement des transformateurs. Son extraction peut rendre l'équipement inutilisable et affecter directement les installations qui dépendent de cet approvisionnement électrique.
«Des services essentiels qui dépendent de cet approvisionnement sont mis en danger, et la vie des personnes est également menacée», a indiqué le communiqué.
Le problème s'aggrave en raison de la difficulté à remplacer le matériel volé. Cuba ne produit pas d'huile diélectrique et dépend de son importation, ce qui signifie que chaque vol entraîne non seulement des interruptions de service, mais aussi un coût supplémentaire pour un système électrique déjà affaibli par la pénurie de ressources et la dégradation de son infrastructure.
Un commerce illégal qui frappe le système électrique
Le vol d'huile diélectrique est devenu le délit qui affecte le plus l'infrastructure électrique à Cuba en 2026.
Le liquide volé se retrouve souvent sur le marché noir, où il est utilisé comme substitut du diesel pour les tracteurs et d'autres machines agricoles. Le litre peut se vendre entre 600 et plus de 1 000 pesos cubains, un commerce clandestin qui a multiplié les attaques contre les transformateurs en pleine crise énergétique que traverse le pays.
Santiago de Cuba a enregistré plusieurs épisodes récents.
Le 17 août dernier, à peine trois jours avant l'incident qui a affecté la Médecine Moléculaire, l'huile de deux banques de transformateurs à Carolina, dans la municipalité de San Luis, a été volée.
Quelques jours auparavant, l'extraction de 300 litres dans cette même municipalité avait privé d'électricité environ 17 000 personnes.
La gravité et la fréquence de ces événements ont conduit les autorités à durcir la réponse pénale. Récemment, le Tribunal Municipal Populaire de Contramaestre, également à Santiago de Cuba, a condamné un homme à 12 ans de prison pour avoir volé 120 litres d'huile diélectrique de la sous-station de Bungo la Venta.
Le vol a privé de courant plus de 2 000 personnes pendant 48 heures. L'accusé a été arrêté en pleine nuit alors qu'il transportait l'huile dérobée et qu'il était en possession d'outils présumément utilisés pour commettre le délit.
Indignation et demandes de renforcement de la surveillance
Le cas de Médecine Moléculaire a suscité l'indignation parmi de nombreux utilisateurs qui ont réagi au communiqué de l'Entreprise Électrique. Plusieurs ont réclamé une surveillance accrue des transformateurs et d'autres installations vulnérables, tandis que d'autres ont remis en question les priorités des forces de police.
Parmi les critiques, des citoyens ont souligné le contraste entre l'absence de protection des infrastructures essentielles et les ressources allouées par les autorités pour surveiller et arrêter les manifestants ou poursuivre les activités du commerce informel.
La réaction reflète également une préoccupation qui va au-delà du coût d'un transformateur : dans un pays soumis à des coupures de courant prolongées et avec un système de santé marqué par la pénurie, une nouvelle panne électrique peut alors finir par affecter des services dont dépend directement la santé des patients.
Le régime cubain a répondu à l'augmentation de ces délits par un durcissement des sanctions pénales. Le du Conseil de Gouvernement du Tribunal Suprême Populaire a établi que certains vols d'huile de transformateurs peuvent être poursuivis comme sabotage au Système Électroénergétique National, en vertu de l'article 125 du Code Pénal.
Les peines prévues vont de sept à quinze ans de prison dans leur modalité de base et peuvent être portées de dix à trente ans, à la réclusion à perpétuité voire à la peine de mort lorsque les circonstances les plus graves prévues par la législation sont réunies.
Cependant, le durcissement des peines n'a pas réussi à arrêter les soustractions.
Le ministre de l'Énergie et des Mines, Vicente de la O Levy, a reconnu à la fin juillet qu'il existe des communautés cubaines qui ont pu rester jusqu'à 105 jours consécutifs sans électricité en raison de transformateurs endommagés et a admis que le vol d'huile diélectrique contribue directement à prolonger ces interruptions.
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