
Le Département du Trésor des États-Unis a annoncé mardi des actions coordonnées de conformité contre Bank of America, la deuxième banque la plus grande du pays, totalisant plus de 1,210 millions de dollars en pénalités pour violations des lois sur le blanchiment d'argent et des sanctions, selon le communiqué officiel du Trésor.
Les mesures impliquent trois organismes distincts : le Réseau d'Exécution des Délits Financiers (FinCEN) a imposé une sanction civile de 1,200 millions de dollars ; l'Office du Contrôleur de la Monnaie (OCC) a fixé une amende de 750 millions, la plus élevée de son histoire, somme qui est incluse dans le total de FinCEN et n'est pas ajoutée séparément ; et le Bureau de Contrôle des Actifs Étrangers (OFAC) a convenu d'un paiement de 11,6 millions pour 475 présumées violations de divers programmes de sanctions.
En termes de décaissement réel, la banque devra payer 450 millions de dollars directement au Trésor dans un délai de 10 jours, plus les 750 millions à la OCC, pour un total de 1,200 millions de paiements effectifs, selon l'ordre de consentement de FinCEN.
Les enquêtes ont déterminé que Bank of America n'a pas signalé à temps plus de 5 milliards de dollars de transactions suspectes entre janvier 2018 et juillet 2025.
Parmi ce total, plus de 1 milliard était lié à des risques prioritaires pour la sécurité nationale, notamment des réseaux chinois de blanchiment d'argent et des activités financières illicites liées à la frontière sud-ouest des États-Unis.
La banque a reconnu avoir enfreint délibérément la Loi sur le Secret Bancaire en ne maintenant pas un programme anti-blanchiment respectant les exigences minimales, en ne réalisant pas la diligence nécessaire sur les comptes de correspondance des banques étrangères et en ne soumettant pas les rapports d'activités suspectes —connus sous le nom de SAR— de manière précise et dans les délais.
Une partie centrale des défaillances a été le système propriétaire de surveillance des transactions de la banque, appelé Event Processor, conçu en 2010, qui a maintenu pendant des années des seuils d'alerte mal calibrés et des poids de risque statiques.
Lorsque la banque a réduit le seuil de détection en décembre 2023, un examen rétrospectif a identifié près de 8 900 SAR non soumis, avec une activité transactionnelle de près de 4 milliards de dollars, et la banque a estimé qu'elle aurait besoin de 750 employés supplémentaires et de 800 consultants pour gérer le volume généré par le nouveau seuil.
Ce cas a un précédent direct : l'OCC avait déjà émis un ordre de cessation et d'abstention en décembre 2024 exigeant que la banque corrige son programme anti-blanchiment, mais plus d'un an plus tard, l'entité continuait à ne pas signaler d'activités potentiellement suspectes aux enquêteurs pour examen.
L'ordre de FinCEN a également révélé des communications internes qui illustrent comment la banque a donné la priorité aux revenus plutôt qu'à la conformité réglementaire : en août 2022, le personnel de conformité a conclu que « les preuves accablantes suggèrent que le client reçoit des paiements de nombreuses victimes d'escroqueries de marketing de masse », avec environ 90 % de plus de 125 cas liés à la fraude, mais la banque a choisi de maintenir la relation commerciale.
Les 475 infractions apparentes de l'OFAC —qualifiées de cas non graves— ont impliqué des transactions liées à l'Iran, à la Russie, à la Biélorussie, à la Birmanie, à la Somalie, au narcotrafic et au terrorisme mondial, pour une valeur d'environ 14,8 millions de dollars, survenues entre septembre 2021 et avril 2025.
Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a averti que « lorsque une banque de cette taille ne respecte pas ses obligations en matière de lutte contre le blanchiment d'argent et de sanctions, les conséquences vont bien au-delà de ses propres murs, exposant tout le système financier américain à des risques significatifs de financement illicite ».
La Bank of America a reconnu publiquement la gravité des insuffisances et a affirmé qu'elle était « très avancée » dans les mesures correctives, précisant que la charge de 1,200 millions réduira d'environ 17 cents par action son revenu net du troisième trimestre de 2026.
L'ordre de FinCEN exige également des révisions indépendantes du programme de lutte contre le blanchiment d'argent avec des délais s'étendant jusqu'en juillet 2028 et une révision rétroactive des transactions depuis janvier 2022, avec un rapport final prévu au plus tard en décembre de la même année.
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