L'antiméricanisme de salon : Le régime cubain abandonne le Venezuela et recueille des signatures contre l'"agression" des États-Unis.

Le message implicite est clair : la Révolution qui se vantait un jour de fusils, de morts héroïques et de déploiements intercontinentaux n'a plus ni forces ni volonté pour autre chose que contrôler sa propre population.

Miguel Díaz-Canel signe le documentPhoto © Facebook / Présidence Cuba

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Dans le Memorial José Martí, un lieu chargé de symbolisme patriote, Miguel Díaz-Canel a apposé sa signature sur une déclaration grandiloquente intitulée “Il est urgent d'empêcher une agression militaire contre la République Bolivarienne du Venezuela”.

Rodeé de dirigeants du Parti Communiste, avec la réplique de l'épée de Bolívar en toile de fond et l'ambassadeur vénézuélien applaudissant, l'événement s'est terminé par l'annonce que le peuple cubain, de manière disciplinée, approuvera l'initiative avec des signatures dans les lieux de travail, les écoles et les quartiers.

Capture d'écran Facebook / Présidence Cuba

La chorégraphie propagandiste évoque le vieux style soviétique : solennité, épique de pacotille, beaucoup de rhétorique et zéro substance. Le détail est que, tandis que la presse officielle répète des slogans sur la solidarité indéfectible avec Caracas, la réalité est tout autre : le régime cubain se limite à recueillir des signatures et, selon les mots du vice-ministre des Affaires étrangères Carlos Fernández de Cossío, à offrir “un plein soutien politique” à Nicolás Maduro, écartant toute participation militaire.

Du fusil au stylo

La paradoxe est manifeste. Pendant plus de six décennies, le castrisme a alimenté l'image d'une révolution guerrière, prête à s'immoler devant l'empire.

Fidel Castro, paladin de l'anti-impérialisme régional, a construit son leadership sur des phrases de haut voltage guerrier : “Patrie ou mort, nous vaincrons !”, “avec des armes à la main, je mourrai en combattant”, ou la doctrine de la “guerre de tout le peuple”.

Cette rhétorique ne s'est pas limitée aux mots. Avec un financement soviétique, La Havane a exporté son modèle à travers la moitié de la planète : des guérillas en Amérique latine, des conseillers au Nicaragua et au Salvador, des armes pour des insurrections en Colombie, et des dizaines de milliers de soldats envoyés en Afrique sous le prétexte de “l'internationalisme prolétarien”.

En Angola, en Éthiopie et au Congo, Cuba est devenue le pion armé de Moscou, sacrifiant des milliers de vies de jeunes dans des guerres qui, cependant, renforçaient la narration d'une révolution "triomphante" et combative.

Ce passé de bravade guerrière contraste avec le présent de Díaz-Canel, un président qui fait face à la menace d'un déploiement militaire américain dans les Caraïbes avec... un stylo.

Ce qui se résolvait autrefois par des slogans de fusils et des promesses de sang versé se traduit maintenant par des campagnes de signatures compulsives, où ceux qui ne mettent pas leur nom s'exposent à être désignés pour manque de "solidarité".

Solidarité ou contrôle social

Le gouvernement présente l'initiative comme un geste spontané de soutien à la "fusion populaire, militaire et policière" au Venezuela. En réalité, il s'agit d'un autre exercice de contrôle social : un mécanisme pour mesurer les fidélités, soumettre les volontés et transformer la politique extérieure en un spectacle interne d'obéissance.

Dans le discours, on invoque la “fraternité bolivarienne” et la défense de la souveraineté vénézuélienne. En pratique, la campagne agit comme un thermomètre pour savoir qui se plie docilement à l'ordre et qui ose s'écarter du script. Les signatures, loin d'exprimer une solidarité libre, finissent par être l'équivalent d'un vote obligatoire de fidélité au Parti.

La contradiction est obscène : le même régime qui pendant des décennies a prétendu envoyer des troupes, des armes et des ressources à des causes révolutionnaires au-delà des mers se limite maintenant à enchaîner des citoyens devant des tables avec un stylo, tout en observant comment les États-Unis déploient leur puissance militaire à quelques kilomètres des côtes cubaines.

Venezuela : L'allié écrasé

L'ironie atteint des sommets lorsqu'on se rappelle que Cuba bénéficie depuis plus de vingt ans du pétrole vénézuélien, de crédits à faible taux d'intérêt et de transferts de ressources qui ont soutenu l'économie de l'île pendant l'ère Chávez.

C'était un mariage de convenance dans lequel La Havane exportait des médecins, des enseignants et surtout de l'intelligence et des conseils militaires, en échange de barils de pétrole brut qui maintenaient les centrales thermiques en fonctionnement et le transport en mouvement.

Des organismes internationaux et des reportages d'investigation ont documenté la profonde infiltration de conseillers cubains dans les corps militaires et répressifs vénézuéliens. L'appareil de renseignement de Maduro a l'ADN habanero, et la répression de la dissidence s'est nourrie de manuels appris sur l'île.

Cependant, à ce moment critique, lorsque l'allié se dit menacé par l'“empire”, Cuba se tient en retrait. Ni troupes, ni navires, ni chars, pas même une menace voilée. Juste des déclarations pompeuses, des signatures compulsives et le mantra réitéré du “plein soutien politique”.

Antimilitarisme de salon

Ce que nous observons, c'est la version délavée de cet anti-impérialisme belliqueux que Castro a vendu au monde. Aujourd'hui, cela se réduit à un rituel de propagande pour la consommation intérieure, tandis que le régime tente de survivre au milieu d'une crise économique dévastatrice.

Le contraste entre l'épopée révolutionnaire d'autrefois et la collecte de signatures bureaucratique d'aujourd'hui est la métaphore parfaite de la décadence du castrisme : de la guérilla dans la Sierra Maestra au bureau primaire où l'on est contraint de signer contre les États-Unis ; de l'internationalisme prolétarien au "soutien politique inconditionnel" sans autre forme d'explication.

Le message implicite est clair : la Révolution qui un jour faisait étalage de fusils, de morts héroïques et de déploiements intercontinentaux, n’a plus ni forces ni volonté pour autre chose que contrôler sa propre population.

Du machette au papier mouillé

Si quelque chose démontre cette campagne de signatures, c'est que l'anti-impérialisme cubain est devenu un anti-impérialisme de salon : beaucoup de symboles, beaucoup de mise en scène, beaucoup de discours creux, et aucune capacité réelle de réponse.

Venezuela, exprimée depuis deux décennies, se retrouve seule dans la tranchée. Cuba, qui se vante tant de son épopée révolutionnaire, se contente de tourner la page et de prendre le stylo. Pendant ce temps, les États-Unis font naviguer leurs navires dans les Caraïbes sans que personne ne tire un coup de feu, et le régime répète le vieux scénario de propagande pour maintenir son peuple en ligne.

La révolution qui un jour se présentait comme guerrière et triomphante est désormais réduite à cela : à un formulaire de signatures.

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Iván León

Diplômé en journalisme. Master en diplomatie et relations internationales de l'École diplomatique de Madrid. Master en relations internationales et intégration européenne de l'UAB.