Sans sécurité juridique ni libre marché, Cuba n'attira pas les investissements nécessaires



Cuba fait face à une crise sans précédent, avec 89 % de la population vivant dans une pauvreté extrême. Des réformes limitées et un manque de sécurité juridique entravent les investissements nécessaires au développement.

Dérivations à La HavanePhoto © CiberCuba

Cuba fait face à sa pire crise économique et sociale depuis des décennies, avec des salaires de misère, des coupures de courant quotidiennes, une pénurie de médicaments et une migration de masse sans précédent. La situation actuelle dépasse même les pires moments de la Période Spéciale et a conduit 89 % des Cubains à vivre dans une extrême pauvreté, avec 78 % souhaitant émigrer du pays.

En plein milieu de cet effondrement, le régime a tenté de mettre en œuvre des réformes timides — depuis l'autorisation de petites entreprises privées jusqu'à l'attraction d'investissements étrangers limités — mais rien de tout cela n'a résolu la crise. Les changements cosmétiques et les « rustines » improvisées ne fonctionnent plus, et même les citoyens eux-mêmes le reconnaissent : dans une récente enquête de CiberCuba, personne n'a cru à la poursuite des « rustines et justifications » pour avancer.

Crise sans précédent et réformes insuffisantes

Cuba traverse la pire crise économique des 60 dernières années, un déclin qui affecte tous les aspects de la vie quotidienne. Le salaire moyen dans le secteur public avoisine les 14 dollars par mois au taux de change informel, ce qui est insuffisant face à des prix exorbitants — une boîte d'œufs atteint 3 600 pesos sur le marché noir. À cela s'ajoutent des coupures de courant constantes, des interruptions d'eau et un système de santé en pénurie, ne fournissant à peine que 3 % des médicaments nécessaires. La crise a entraîné une hémorragie migratoire : depuis 2020, 2,75 millions de Cubains ont émigré, soit un quart de la population, laissant le pays sans professionnels clés et aggravant l'effondrement démographique.

Face à cette débâcle, le gouvernement de Díaz-Canel a appliqué des mesures limitées inspirées des modèles chinois et vietnamien. Plus de 10 000 micro, petites et moyennes entreprises (Mipymes) ont été légalisées en à peine deux ans, et aujourd'hui, le secteur privé génère environ 30 % de l'emploi et plus de la moitié du commerce de détail. Cependant, ces ouvertures sont contrôlées avec méfiance. Le régime considère l'entrepreneuriat indépendant comme un "mal nécessaire" et montre un manque d'engagement envers l'entreprise libre, le tolérant uniquement parce qu'il a occupé des espaces laissés vides par l'État.

Investissement freiné par le manque de sécurité juridique

Une règle de base pour tout investisseur est de disposer d'une sécurité juridique : la garantie que sa propriété et ses droits seront respectés. À Cuba, cette certitude n'existe pas. Les entrepreneurs nationaux et les investisseurs potentiels de la diaspora font face à une vulnérabilité énorme face à un pouvoir totalitaire qui change les règles à sa guise. Même ceux qui souhaitent investir depuis l'étranger doivent lutter contre les avantages déloyaux du conglomérat militaire GAESA et supporter le harcèlement de la Sécurité d'État.

La dictature cubaine a un long historique d'arbitraires : des expropriations massives sans indemnisation dans les années 60 jusqu'aux cas récents d'entrepreneurs escroqués. À cela s'ajoutent des confiscations illégales, des perquisitions et le mépris des décisions judiciaires. Actuellement, plusieurs entreprises étrangères ont signalé qu'elles ne peuvent pas rapatrier leurs devises, bloquées sur des comptes bancaires par décision du régime. Ce "corralito" monétaire a indigné les entrepreneurs et les ambassades, et a détruit la confiance nécessaire pour investir. Sans sécurité juridique ni respect de la propriété, aucun capital sérieux ne prendra le risque d'investir à Cuba.

Un marché sans libertés n'attire pas le développement

À l'insécurité juridique s'ajoute l'absence d'un marché libre. Cuba maintient une économie planifiée centralement où l'État — et en particulier GAESA — contrôle la plupart des secteurs. Bien que les Mipymes privées aient prouvé être le seul secteur dynamique, le régime les étouffe avec des impôts, des plafonds de prix et des réglementations arbitraires.

La distorsion est totale : des taux de change multiples, une pénurie de fournitures en raison du monopole de l'État sur le commerce extérieur et un modèle qui privilégie le tourisme de luxe au détriment de la santé ou de la production agricole. En 2024, 40 % des investissements du pays étaient consacrés au tourisme contre 2,7 % à la Santé Publique. Résultat : des hôtels vides et des hôpitaux sans médicaments. Le conglomérat militaire GAESA, dirigé par des membres de la famille de Raúl Castro, s'est approprié presque toute l'économie, élevant des hôtels de luxe parmi des bâtiments en ruine tandis que des millions de Cubains manquent du minimum vital.

Un État en faillite aux mains d'une élite militaire

La racine du problème est politique. Cuba fonctionne comme un État raté, où les institutions sont subordonnées à la hiérarchie militaire et familiale du Parti communiste. Le véritable centre de pouvoir est GAESA, un empire de généraux et d'entrepreneurs liés à la famille Castro. Alors que la population souffre de pannes d'électricité, d'inflation et de pénuries, cette élite accumule des privilèges et contrôle les ressources du pays. Le régime blame le "blocus" américain, mais la crise découle de l'échec du modèle interne, de la corruption et de l'incompétence du système lui-même.

Les manifestations citoyennes ne cessent pas et même des secteurs auparavant loyaux, comme les travailleurs indépendants et les fonctionnaires, expriment leur mécontentement. L'immobilisme politique maintient le pays paralysé et aggrave la misère. Raúl Castro, dans l'ombre, continue d'entraver toute ouverture qui menacerait le monopole du pouvoir.

Le chemin vers la reconstruction : liberté économique et changement démocratique

La sortie nécessite un changement systémique. Divers organismes et analystes s'accordent à dire que Cuba ne pourra surmonter la crise qu'avec une économie de marché, le respect de la propriété privée, la libre initiative, la sécurité juridique et une ouverture démocratique. Sans ces fondements, il n'y aura ni investissements ni développement.

  • Garantir un marché libre et compétitif : éliminer les obstacles, libérer les prix et décentraliser les décisions économiques.
  • Sécurité juridique et respect de la propriété privée : adopter des lois qui protègent les droits et interdisent les expropriations arbitraires.
  • Liberté d'entreprendre et d'innover : permettre aux Cubains de créer des entreprises sans crainte de confiscations.
  • Ouverture politique et transparence : accompagner la libéralisation économique d'une transition démocratique et d'élections libres.

Tant qu'il n'y aura pas de liberté économique ni de garanties juridiques, Cuba continuera de sombrer dans la misère et de perdre ses meilleurs enfants en exil. La reconstruction du pays exige de démonter le système autoritaire et de construire un État de droit au service de son peuple.

Sources consultées

  • CiberCuba (Nouvelles et Opinions)
  • The Economist
  • Observatoire Cubain des Droits de l'Homme
  • Swissinfo/EFE
  • Diario de Cuba
  • Infobae
  • AFD (Agence Française de Développement)
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Luis Manuel Mazorra

(La Havane, 1988) Directeur et cofondateur de CiberCuba.