Costa Rica dans la nouvelle doctrine hémisphérique : La continuité de Laura Fernández et la pression sur Cuba



Laura Fernández Delgado, Miguel Díaz-Canel et Raúl CastroPhoto © Facebook / Laura Fernández Delgado - Cubadebate

Vidéos associées :

La victoire de Laura Fernández Delgado au Costa Rica se produit à un moment de profonde reconfiguration de la carte politique américaine, sous le second mandat du président Donald Trump et l'expansion de la soi-disant “doctrine Donroe”, le nouveau cadre stratégique de sécurité régional promu par Marco Rubio depuis le Département d'État.

La capture de Nicolás Maduro par des forces américaines au début de 2026 a marqué un tournant : Washington a de nouveau placé l'axe hémisphérique autour de l'éradication des régimes autoritaires et du contrôle du crime transnational.

Dans ce nouveau tableau, les gouvernements de centre-droit modéré, comme celui du Costa Rica, jouent un rôle clé en tant que partenaires politiques et diplomatiques des États-Unis.

Pendant son mandat, Rodrigo Chaves avait déjà montré des signes de cet alignement : il a suspendu le convenu éducatif avec le Ministère de l'Éducation de Cuba en 2022, un geste discret mais symbolique, et a soutenu en 2025, par l'intermédiaire de son ministre des Affaires étrangères, les dénonciations auprès de l'ONU pour violations des droits de l'homme sur l'île.  

Sans adopter un discours ouvertement idéologique, Chaves a positionné le Costa Rica au sein du bloc des démocraties latino-américaines critiques envers La Havane, aux côtés de pays comme l'Uruguay et la République dominicaine.

La présidente élue, Laura Fernández, se définissant comme l'héritière de la gestion de Chaves, hérite de ce cadre diplomatique dans un contexte plus polarisé.

Son gouvernement arrive à un moment où les États-Unis renforcent leur politique de pression économique et d'information sur Cuba, combinée à des stratégies de renseignement et de coopération régionale sous l'égide de la nouvelle stratégie de sécurité hémisphérique.

L'accent mis par Rubio sur la région, en particulier sur les liens entre le crime organisé et les appareils de pouvoir des régimes autoritaires, a créé un réseau de collaboration entre des gouvernements alliés en Amérique Centrale.

Le Costa Rica, malgré sa neutralité traditionnelle, a intensifié sa coopération en matière de renseignement et de contrôle des frontières, notamment en ce qui concerne la traite des personnes et les capitaux liés au Caraïbes et à Vénézuéla.

Dans ce contexte, Fernández devra équilibrer sa promesse de continuité avec la nécessité de définir une politique extérieure propre. Son défi sera de maintenir la prudence diplomatique sans isoler le Costa Rica du bloc de démocraties que Washington dirige dans la région.

Jusqu'à présent, il n'a montré aucun signe de rupture avec la ligne de Chaves, et tout indique que son gouvernement maintiendra une distance institutionnelle avec le régime cubain, sans renoncer aux canaux diplomatiques.

La pression sur La Havane, cependant, ne s'exprime plus seulement dans le langage des sanctions ou des droits de l'homme. Selon la doctrine Donroe, Cuba est considérée comme un nœud de risque régional —en raison de son rôle dans des réseaux financiers opaques et dans l'assistance technique à des régimes alliés—.  

Dans ce cadre, la nouvelle présidente costaricienne pourrait devenir un acteur clé au sein du réseau de gouvernements cherchant à isoler le castrisme à travers la coopération hémisphérique et la sécurité régionale.

Un contexte régional de moins en moins favorable à l'axe bolivarien

Le nouveau positionnement du Costa Rica se déroule dans un contexte régional marqué par un changement significatif dans la carte électorale latino-américaine.

Les derniers processus ont consolidé la présence de gouvernements de centre-droit ou de droite pragmatique dans des pays comme l'Argentine, avec Javier Milei; l'Équateur, sous Daniel Noboa; le Paraguay, avec Santiago Peña; la République dominicaine, avec Luis Abinader; le Panama, gouverné par José Raúl Mulino; le Salvador, sous Nayib Bukele; et la Bolivie, avec Rodrigo Paz comme président après les élections de 2025.

A ce bloc s'ajoute désormais le Costa Rica, avec Laura Fernández poursuivant la ligne de Rodrigo Chaves. Bien que hétérogènes par leur style et leur agenda, ces gouvernements s'accordent sur des priorités telles que la sécurité, la stabilité macroéconomique et des relations fonctionnelles avec les États-Unis, tout en réduisant la présence de forces politiques alignées avec des projets de gauche plus traditionnels.

Parallèlement, le bloc identifié avec le « socialisme du XXIe siècle » et l'axe bolivarien traverse une période de perte d'influence hémisphérique.

Au-delà de Cuba, du Venezuela et du Nicaragua, de plus en plus isolés et avec des mécanismes d'intégration comme l'ALBA-TCP ou Petrocaribe à portée limitée, la gauche organisée n'a pas réussi à construire un leadership régional cohérent.

Même des gouvernements de centre-gauche comme le Brésil, la Colombie et le Mexique ont adopté des positions prudentes et discrètes en matière d'alliances idéologiques : Lula da Silva, Gustavo Petro et Claudia Sheinbaum ont priorisé des agendas internes et des équilibres diplomatiques, évitant de mener un front de gauche consolidé.

Le résultat est un scénario régional fragmenté, où la gauche traditionnelle manque aujourd'hui d'un axe articulé avec un poids effectif.

Dans ce contexte de réorganisation hémisphérique et d'affaiblissement des projets idéologiques qui ont marqué la politique régionale pendant deux décennies, le Costa Rica apparaît comme un acteur discret mais fonctionnel dans la nouvelle architecture promue depuis Washington.

Le gouvernement de Laura Fernández ne semble pas destiné à diriger des blocs ni à jouer un rôle de rupture, mais plutôt à consolider une position d'alignement prudent, fondée sur la coopération en matière de sécurité, la défense institutionnelle de la démocratie et une relation de plus en plus distante avec les régimes autoritaires des Caraïbes.

Dans la nouvelle doctrine hémisphérique, ce profil —modéré, prévisible et opérationnel— peut s'avérer aussi pertinent que celui des acteurs les plus visibles du tableau régional.

Archivé dans :

Iván León

Diplômé en journalisme. Master en diplomatie et relations internationales de l'École diplomatique de Madrid. Master en relations internationales et intégration européenne de l'UAB.