“Résistance et victoire” : La rhétorique de la 'diplomatie révolutionnaire' choque avec la nouvelle réalité au Mexique



Ambassadeurs de Cuba au Mexique et Miguel Díaz-Canel aux côtés de Raúl CastroFoto © Facebook / Embajada de Cuba au Mexique - Cubadebate

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«L'option de Cuba est résistance et victoire». C'est avec cette phrase que l'ambassadeur du régime cubain au Mexique, Eugenio Martínez Enríquez, a conclu son intervention lors de la présentation à Mexico de l'essai Caliban, de Roberto Fernández Retamar, lors d'un événement organisé en collaboration avec l'Institut National de Formation Politique de MORENA. 

L'événement, décrit par l'ambassade elle-même comme un espace pour réfléchir sur l’“impérialisme”, la “barbarie et le fascisme” dans la current étape internationale, a également servi de plateforme pour réitérer les axes classiques du récit officiel de La Havane : dénonciation de l'embargo américain, accusations de spoliation historique contre les puissances occidentales et exaltation de l'“unité de Nuestra América” face au colonisateur. 

Dans son discours, Martínez Enríquez a affirmé que l'histoire régionale est une lutte permanente contre la domination extérieure et a critiqué ceux qui attribuent le sous-développement du Sud à "l'incompétence et à la corruption", plutôt qu'à des siècles de pillage.

Il a également dénoncé une "guerre économique aggravée" de la part des États-Unis et a parlé de menaces "grossières et cruelles" contre Cuba.

Le message est cohérent avec la tradition discursive du régime. Ce qui est le plus significatif, c'est le contexte dans lequel il est prononcé. Au cours des dernières années, le Mexique est devenu un partenaire clé pour La Havane suite au affaiblissement progressif du soutien vénézuélien.

Durante le cycle 2022–2024, la relation bilatérale a atteint un niveau de coopération peu habituel : expansion du programme de médecins cubains sur le territoire mexicain, accords sanitaires, initiatives énergétiques et un climat politique favorable sous le gouvernement de Andrés Manuel López Obrador

Cependant, le scénario de 2026 est différent. La pression de Washington sur les pays qui maintiennent une coopération énergétique ou qui engagent des services médicaux cubains a augmenté, rehaussant le coût diplomatique de ces liens.

Bien que le gouvernement continuiste de Claudia Sheinbaum (MORENA) ait réitéré sa défense du principe de non-intervention et maintenu des gestes de solidarité, la marge pour approfondir la coopération matérielle est aujourd'hui plus étroite.

Dans ce contexte, le discours de l'ambassadeur du régime cubain a pris un caractère défensif. L'appel à la "résistance" et à la "victoire" a agi comme une réaffirmation idéologique envers un public complice, mais n'a pas modifié les conditions structurelles qui pèsent sur la relation bilatérale.

Le propre communiqué de l'ambassade a admis, bien que de manière indirecte, la gravité de la situation intérieure à Cuba en mentionnant que le peuple a vu “se détériorer son niveau de vie, avec de longues coupures électriques qui paralysent l'économie.” 

L'explication fournie est exclusivement externe : le « blocus illégal » des États-Unis. Il n'y a aucune référence aux problèmes structurels du modèle économique cubain, ni à la chute soutenue de la production nationale, ni à la dépendance énergétique qui a laissé l'île vulnérable après le déclin vénézuélien.

L'événement à Mexico —axé sur un essai emblématique du soi-disant «pensée révolutionnaire» latino-américaine— renforce une ligne stratégique du régime : déplacer le débat du domaine économique au symbolique.

La discussion sur les flux de pétrole, les contrats sanitaires ou la durabilité financière est ainsi reléguée au second plan par une narration épique de lutte contre l'impérialisme.

Cette stratégie a été une constante dans la diplomatie cubaine : lorsque les marges matérielles se réduisent, l'accent est mis sur la cohésion idéologique et sur la solidarité politique. Le problème est que cette rhétorique usée ne peut plus remplacer les ressources.

Le Mexique continue d'être une place fondamentale pour La Havane, tant par son poids régional que par son rôle dans les affaires migratoires et énergétiques. Cependant, le ton du discours officiel contraste avec une relation qui ne traverse plus son moment de plus grande expansion.

Les déclarations sur la "barbarie et le fascisme" sur la scène internationale cohabitent avec une réalité dans laquelle les accords bilatéraux doivent naviguer entre des pressions externes et des débats internes de plus en plus visibles.

La phrase finale de l'ambassadeur —« résistance et victoire »— résume le noyau symbolique du régime totalitaire depuis 1959. Néanmoins, dans le Mexique de 2026, ce slogan se projette sur un décor moins favorable que celui des années récentes.

La "diplomatie révolutionnaire" peut mobiliser des soutiens politiques et des espaces de solidarité, mais elle fait face à des limites concrètes dans un environnement hémisphérique plus tendu.

Entre l'épopée de l'essai présenté et les contraintes du présent, la distance est remarquable. Et c'est dans cet écart que la propagande officielle rencontre son plus grand défi.

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