Du contrôle absolu au repli forcé : Cuba commence à perdre son appareil de sécurité au Venezuela



Ministre des FAR, Álvaro López Miera, Díaz-Canel et Delcy RodríguezFoto © X / @MinfarC - presidencia.gob.ve

Vidéos associées :

Le retrait progressif des conseillers et des forces de sécurité cubaines du Venezuela n'est pas un simple ajustement diplomatique : il représente le possible démantèlement d'une structure de contrôle militaire et de renseignement que La Havane a aidé à concevoir depuis 2008 pour protéger le chavisme face aux conspirations internes et aux fractures militaires.  

La retraite, confirmée par Reuters, prend une ampleur considérable lorsqu'on la compare aux années de dénégations officielles du régime cubain concernant sa présence directe dans des missions de sécurité et de répression dans ce pays sud-américain. 

Selon le rapport, des conseillers cubains ont été écartés de postes clés au sein de la Direction Générale de la Contre-Intelligence Militaire (DGCIM), l'organisme pointé du doigt pour son rôle central dans la surveillance, la persécution et l'incarcération d'officiers soupçonnés de déloyauté.

Ainsi, la présidente intérima Delcy Rodríguez aurait remplacé les gardes du corps cubains par des agents de sécurité vénézuéliens, rompant avec la pratique établie par Hugo Chávez et maintenue par Nicolás Maduro, qui ont confié leur sécurité personnelle à des forces d'élite envoyées de La Havane. 

Le déclencheur immédiat fut l'opération militaire américaine du 3 janvier qui a abouti à la capture de Maduro et a laissé 32 soldats cubains morts.

La Havane a confirmé les pertes et les a présentés comme des « héros internationalistes », une reconnaissance qui contraste avec des années de démentis catégoriques concernant la présence militaire cubaine au Venezuela.

Architecture du contrôle : Les accords de 2008

L'influence cubaine sur les appareils de sécurité vénézuéliens n'était pas improvisée.

Un rapport spécial de Reuters publié en 2019 a révélé l'existence de deux accords signés en mai 2008 entre les ministères de la Défense des deux pays, qui ont donné à Cuba un large accès au secteur militaire vénézuélien et la capacité de le restructurer. 

Dans le cadre de ces accords, des officiers vénézuéliens ont été envoyés à La Havane pour se former en contre-espionnage ; des instructeurs cubains ont supervisé la "modernisation" de l'ancien service de renseignement militaire (DIM) ; et la mission de l'organisme a été redéfinie pour qu'elle ne se concentre plus sur les menaces externes, mais pour surveiller les propres soldats, officiers et commandants.

En 2011, le DIM a été rebaptisé DGCIM, reflétant sa nouvelle orientation vers la contre-intelligence intérieure. Selon des témoignages recueillis par Reuters, des agents formés par Cuba se sont infiltrés dans des casernes, ont intercepté des communications de hauts responsables et ont promu un système de délation qui a semé la peur et la paranoïa au sein des forces armées. 

La DGCIM a ensuite été signalée par les Nations Unies et des organisations de droits de l'homme pour des pratiques comprenant la torture, des détentions arbitraires et des traitements cruels.

Des cas comme celui du capitaine de corvette Rafael Acosta, décédé sous garde en 2019, ou celui d'officiers accusés de conspiration après des réunions privées, illustrent la dimension de l'appareil répressif. 

Des experts en sécurité consultés par Reuters ont convenu que cette structure a été cruciale pour la survie politique de Maduro, notamment en période de crise économique, de manifestations massives et d'appels de l'opposition à un soulèvement militaire. 

Néganations systématiques et reconnaissance forcée

Malgré les preuves accumulées pendant plus d'une décennie, le régime cubain a régulièrement nié avoir une présence militaire opérationnelle au Venezuela.

En 2019, le chancelier Bruno Rodríguez Parrilla a rejeté “catégoriquement” les accusations concernant des militaires cubains qui “entraînent, contrôlent ou intimident” dans ce pays sud-américain. 

Cependant, les rapports officiels après la mort des 32 membres en janvier ont confirmé que des membres des Forces Armées Révolutionnaires (FAR) et du ministère de l'Intérieur (MININT) faisaient partie du dispositif de sécurité lié au leadership chaviste.

La contradiction était évidente : pendant des années, la coopération a été qualifiée de purement technique ou médicale, tandis que les accords révélés par Reuters montraient une refonte profonde du système de renseignement vénézuélien sous conseils cubains. 

Un repli stratégique

Maintenant, sous la pression directe de l'administration du président Donald Trump —qui a réitéré son intention de rompre l'axe Caracas-La Havane et a bloqué les envois de pétrole vers l'île— la présence cubaine semble se réduire dans des zones sensibles. 

Bien que certains conseillers militaires et professeurs liés à l'Université Nationale Expérimentale de la Sécurité (UNES) restent dans le pays, des sources citées par Reuters indiquent que l'influence de La Havane diminue.  

Les analystes estiment que Delcy Rodríguez agit avec prudence : elle cherche à consolider sa position interne sans provoquer une rupture brutale avec un allié historique.

Ce qui est en jeu n'est pas seulement une alliance bilatérale, mais l'architecture de contrôle qui a permis au chavisme de surmonter des conspirations internes pendant plus d'une décennie. Si le retrait cubain se consolide, cela pourrait altérer l'équilibre au sein des forces armées vénézuéliennes, ouvrant la voie à leur nécessaire restructuration, en plus de redéfinir la projection régionale déclinante de La Havane.

La sortie des conseillers n'efface pas l'héritage des accords de 2008 ni le système de surveillance qu'ils ont contribué à construire. Mais elle marque le moment le plus délicat d'une alliance qui, après des années de dénis et de discours idéologiques, fait maintenant face à une réalité géopolitique différente et à une pression internationale sans précédent.

Archivé dans :

Équipe éditoriale de CiberCuba

Une équipe de journalistes engagés à informer sur l'actualité cubaine et les sujets d'intérêt mondial. Chez CiberCuba, nous travaillons pour offrir des informations véridiques et des analyses critiques.