Le Parti communiste de Cuba tente de minimiser les négociations avec les États-Unis.

Miguel Díaz-CanelPhoto © Granma

Le Parti communiste de Cuba (PCC) a tenté de réduire l'impact politique de la reconnaissance officielle faite par Miguel Díaz-Canel concernant des conversations avec des responsables américains, en présentant ces contacts comme une pratique habituelle de La Havane avec les différentes administrations américaines et non comme un tournant extraordinaire dans la situation actuelle.

Dans un message publié sur X, l'organisation a affirmé que “la disposition de Cuba à dialoguer de manière sérieuse et responsable avec le gouvernement des États-Unis n'est pas nouvelle” et a souligné que “nous avons dialogué ou échangé des messages d'une manière ou d'une autre avec tous les gouvernements des États-Unis”.

Le prononcé du PCC est apparu après que Díaz-Canel ait confirmé publiquement que des responsables cubains ont tenu des discussions avec des représentants du gouvernement américain "visant à rechercher des solutions par la voie du dialogue aux différends bilatéraux".

Le dirigeant a fait cette affirmation jeudi, lors d'une réunion avec le Bureau Politique, le Secrétariat du Comité Central et le Comité Exécutif du Conseil des Ministres, et la vidéo a été diffusée ce vendredi par Canal Caribe.

Pour contenir l'impact politique de cette admission, le Parti a insisté sur le fait que le processus se déroule sous le contrôle de la direction suprême cubaine.

Dans son message, il a affirmé que ce “nouvel effort” est entrepris “sous la direction collégiale de la direction du Parti, de l'État et du Gouvernement”.

Díaz-Canel, pour sa part, a été encore plus explicite en affirmant que les conversations ont été menées "au plus haut niveau" et qu'elles sont "dirigées par le Général d'Armée en tant que leader historique de notre révolution et par moi", en référence directe à Raúl Castro, en plus de bénéficier de la direction collégiale de la plus haute structure partisane, étatique et gouvernementale.

Les négociations dans le contexte

Cet effort pour présenter les négociations comme quelque chose de routinier contraste avec la ligne officielle soutenue pendant des semaines.

L'annonce de Díaz-Canel représente "un virage à 180 degrés" par rapport à la position précédente du régime. Le 12 janvier, le président lui-même avait nié l'existence de conversations de ce type et les avait réduites à "des contacts techniques dans le domaine migratoire".

En février, le vice-ministre des Affaires étrangères Carlos Fernández de Cossío a assuré que « ce dialogue n'a pas encore commencé » et que, le 10 mars, le régime a de nouveau nié l'existence de négociations.

Dans son explication publique, Díaz-Canel a défini quatre objectifs pour ces échanges avec Washington : identifier les problèmes bilatéraux les plus graves, trouver des solutions, mesurer la disposition des deux parties et explorer des domaines de coopération pour la sécurité régionale.

Il a également souligné qu'il existe des facteurs internationaux qui ont facilité ces échanges et a réitéré que Cuba exige que le processus se déroule sur des bases d'égalité et dans le respect des systèmes politiques des deux États.

Contacts en période de crise

L'effort du PCC pour présenter les contacts comme une continuité diplomatique survient au milieu d'une crise particulièrement sévère pour le régime cubain.

Après la capture de Nicolás Maduro le 3 janvier, Cuba a perdu l'approvisionnement d'environ 30 000 barils quotidiens de pétrole vénézuélien, ce qui équivaut à 40 % de ses besoins énergétiques.

En février, jusqu'à 58 % de l'île a connu des coupures de courant simultanées, avec un déficit de production de 1 754 mégawatts, et l'administration Trump a imposé plus de 240 nouvelles sanctions et déclaré Cuba « menace inhabituelle ».

Ce contexte confère une dimension particulière à la reconnaissance des conversations. Depuis février, des médias comme Axios et le Miami Herald ont rapporté des contacts de Marco Rubio avec Raúl Guillermo Rodríguez Castro, petit-fils de Raúl Castro, connu sous le nom de "El Cangrejo", colonel et ancien chef de sa sécurité personnelle.

Un haut fonctionnaire de Trump a décrit ces rapprochements comme des « discussions sur l'avenir » et « étonnamment amicales ». Plus tard, Trump a affirmé publiquement que « Marco Rubio parle à Cuba en ce moment » et qu'il pourrait conclure un accord « en une heure ».

Dans ce contexte, le message du PCC peut être interprété comme une tentative de contrôler le récit interne et d’éviter que la confirmation de contacts avec Washington ne soit perçue comme une rectification forcée par la faiblesse du régime.

Cette nécessité de contention politique coïncidait également avec une autre annonce sensible : la libération de 51 prisonniers dans les jours à venir, mesure que le ministre des Affaires étrangères Bruno Rodríguez a attribuée à un “esprit de bonne volonté” et au dialogue avec le Vatican, mais qui a été critiquée par l'opposant José Daniel Ferrer, qui l'a qualifiée de “moquerie”.

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