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La Coalition Cubano-Canadienne (CCC), organisation à but non lucratif dédiée à la promotion de la démocratie à Cuba, a publié samedi une lettre formelle adressée à la ministre des Affaires étrangères du Canada, Anita Anand, dans laquelle elle exhorte le gouvernement de Mark Carney à reconsidérer sa position diplomatique envers Cuba et à fermer l'ambassade cubaine à Ottawa.
La lettre, diffusée via le compte de la Coalition sur X, demande spécifiquement la fermeture de la mission diplomatique cubaine dans la capitale canadienne, permettant uniquement une présence consulaire minimale pour les services d'immigration et les démarches administratives.
De plus, il demande de réduire drastiquement le personnel diplomatique canadien à La Havane au minimum indispensable pour les fonctions consulaires de base.
"J'invite respectueusement le gouvernement du Canada à reconsidérer son engagement diplomatique actuel avec la République de Cuba, en particulier en ce qui concerne le fonctionnement de l'ambassade cubaine au Canada et la présence diplomatique canadienne sur l'île", indique le document.
La Coalition fonde sa demande sur trois arguments centraux.
Tout d'abord, la politique étrangère canadienne doit refléter ses valeurs démocratiques, et le bilan du régime cubain en matière de droits de l'homme et de libertés politiques justifie une recalibration diplomatique.
"Une réorientation du dialogue diplomatique enverrait un message clair et fondé sur des principes", précise le texte.
Deuxièmement, la présence de citoyens canadiens résidant ou travaillant à Cuba est limitée, et le tourisme a également diminué de manière significative.
Troisièmement, le maintien d'une infrastructure diplomatique complète à Cuba représente une dépense injustifiable pour les contribuables canadiens, étant donné que les intérêts directs des citoyens canadiens sur l'île sont limités.
De plus, et d'une gravité particulière, le document souligne que les missions diplomatiques cubaines sont utilisées systématiquement pour l'espionnage, la surveillance de la communauté exilée et le recrutement d'agents, selon des témoignages de déserteurs des services de renseignement cubains confirmés par des services de renseignement étrangers.
« Ces préoccupations soulignent encore plus la nécessité d'une approche prudente qui priorise la sécurité dans les relations diplomatiques avec la dictature cubaine », souligne la demande.
La demande arrive à un moment de pressions croissantes sur Ottawa pour renforcer sa position envers La Havane.
En février, l'Institut Macdonald-Laurier a publié un rapport qui appelait le Canada à imposer des sanctions ciblées contre des fonctionnaires cubains responsables de répression et d'alliances avec la Russie, la Chine et le Venezuela.
Le rapport a souligné une incohérence frappante : le Canada a sanctionné 124 Vénézuéliens, 35 Nicaraguayens, ainsi que des citoyens russes, biélorusses et chinois en vertu de la Loi Magnitsky et de la Loi sur les mesures économiques spéciales, mais aucun fonctionnaire cubain n'a été sanctionné à ce jour.
Le 24 février, la CCC elle-même a témoigné devant le Comité des affaires étrangères de la Chambre des communes. Lors de cette séance, le président de la Coalition, Raimet Martínez, a été catégorique en affirmant que la crise cubaine ne résulte pas de facteurs externes, mais de "67 ans d'un système incapable de gouverner".
Le contexte humanitaire à Cuba renforce les arguments de la coalition.
Depuis fin 2025, l'île connaît une sévère crise de carburant qui a paralysé ses neuf aéroports internationaux et a laissé environ 27 900 touristes canadiens bloqués, obligeant des compagnies aériennes telles qu'Air Canada, Air Transat et Sunwing à suspendre des vols.
Les réservations de voyages canadiennes à Cuba ont chuté de 86 % en mars par rapport à la même période de 2025.
En matière de droits humains, Justicia 11J estimait au moins 760 prisonniers politiques dans l'île ce mois de mars, un chiffre qui contraste avec les annonces officielles du régime concernant les libérations.
Pese à ce panorama, le gouvernement canadien a annoncé l'envoi de 5,8 millions de dollars en aide humanitaire à Cuba, canalisée par l'intermédiaire du Programme alimentaire mondial et de l'UNICEF, une décision que les organisations de la société civile cubano-canadienne considèrent comme insuffisante si elle n'est pas accompagnée d'une pression politique réelle sur le régime.
Le Canada et Cuba maintiennent des relations diplomatiques ininterrompues depuis 1945, étant l'un des rares pays de l'hémisphère à ne les avoir pas rompues après la Révolution de 1959.
Pour la CCC, ce lien historique ne peut plus servir de raison pour ignorer des décennies de répression : "Cette proposition ne vise pas à éliminer la communication ni les services nécessaires, mais à aligner la posture diplomatique du Canada avec la responsabilité fiscale et son engagement envers les principes démocratiques", conclut la lettre.
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