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Alors qu'une grande partie de Cuba endure des coupures de courant interminables, une pénurie d'eau, de nourriture et de médicaments au cœur de sa pire crise socio-économique depuis des décennies, un groupe d'activistes et de personnalités politiques d'Europe et des États-Unis a suscité une vague de critiques internationales en arrivant à La Havane sous le nom de 'Convoy Nuestra América'.
Les critiques, tant dans les médias anglo-saxons que dans les médias hispanophones, s'accordent à dire que le séjour de ces visiteurs est perçu comme une déconnexion flagrante avec la réalité que vit la majorité de la population cubaine, et comme un acte d'activisme performatif ou de spectacle politique qui profite davantage au régime qu'à ceux qui souffrent de la crise.
Un contraste scandaleux : Luxe au milieu des coupures de courant
Periodistes et commentateurs conservateurs des États-Unis ont décrit la présence d'activistes à Cuba comme un exemple de “champagne socialism” (socialisme de champagne).
Dans ce sens, ils signalent que tandis que le réseau électrique du pays s'effondre pour la troisième fois en un mois, des membres du convoi se sont logés dans des hôtels de luxe tels que le Gran Hotel Bristol Meliá Collection à La Havane, avec climatisation et électricité garantie par des générateurs, en contraste avec des millions de Cubains soumis à des coupures prolongées de courant.
Dans ces mêmes reportages, des participants tels que le streamer Hasan Piker ont été vus en train de diffuser depuis La Havane avec une connexion internet stable et des accessoires coûteux, comme des lunettes de créateur d'une valeur de milliers de dollars, ce qui a alimenté des accusations d'hypocrisie de classe parmi certains secteurs de l'opinion publique sur les réseaux.
Événements hors contexte : Concerts et slogans
Un des moments les plus critiqués a été un concert organisé par le groupe irlandais Kneecap à La Havane, qui s'est tenu pendant que l'île était plongée dans des coupures de courant et avait un approvisionnement électrique limité.
Des médias anglo-saxons ont signalé que le spectacle a eu peu d'assistance et a été perçu par des opposants comme un acte déconnecté des priorités d'une population sans services de base, avec des slogans tels que "Free Cuba, f–k Trump, f–k Netanyahu" qui, pour de nombreux Cubains, sont irrélevants face à leurs besoins quotidiens.
Voix de rejet de la société civile et des exilés
La critique ne s'est pas limitée aux médias d'information. Des citoyens cubains en exil, des artistes et des activistes ont exprimé leur indignation.
Une Cubaine résidant aux États-Unis a qualifié l'arrivée du convoi de « gigantesque moquerie envers le peuple cubain », dénonçant que l'activisme étranger consomme de l'électricité dans des hôtels pendant que des centaines de foyers sont privés d'énergie.
Salomé García Bacallao, artiste cubaine exilée à Miami, est allée plus loin : elle a affirmé que la gauche visite Cuba “comme si c'était une fête dans un zoo, admirant la misère depuis un hôtel de luxe”, et a dénoncé la contradiction structurelle entre ceux qui demandent des sacrifices au peuple et ceux qui profitent des commodités sur l'île.
Toujours Manuel Cuesta Morúa, activiste d'opposition à Cuba, a qualifié le convoi de « cirque politique » soutenu par des sympathisants d'un régime qui a généré la crise économique actuelle, soulignant que les problèmes structurels de l'île ne se résoudront pas par des délégations internationales visitant des hôtels cinq étoiles.
Critiques sur la propagande et la légitimation du régime
De plus, des voix critiques ont souligné que le convoi a été utilisé comme un outil de propagande politique par le gouvernement cubain.
Dans des événements publics, le dirigeant Miguel Díaz‑Canel a loué la solidarité internationale et a accueilli avec honneurs des personnalités telles que Jeremy Corbyn, Pablo Iglesias et d'autres délégués, renforçant une narration officielle de soutien global à la soi-disant "révolution", même alors que la population fait face à de graves pénuries.
Pour de nombreux exilés et analystes, cette réception officielle fait partie d'une tentative de contrer les critiques internationales et de projeter une image de soutien extérieur, bien qu'une grande partie de l'aide matérielle du convoi — 20 tonnes de fournitures, panneaux solaires et médicaments — suscite des scepticismes quant à sa réelle disponibilité pour ceux qui en ont le plus besoin en dehors des circuits officiels.
Un reflet de plus d'une crise complexe
La controverse autour du 'Convoy Nuestra América' s'ajoute à un contexte déjà extrêmement critique pour Cuba, où les coupures de courant, les manifestations pour le manque d'eau et de nourriture, ainsi que les tensions géopolitiques, marquent la vie quotidienne de millions de personnes.
La présence de délégations étrangères a ravivé un intense débat international sur solidarité vs. spectacle politique, privilège vs. souffrance réelle, et la responsabilité éthique des mouvements sociaux qui se rendent sur l'île en ce moment.
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