Les Cubains recourent aux solutions solaires comme moyen de survie face à la crise



Bicitaxi avec panneau solaire à La HavanePhoto © Facebook/Claudio Pelaez Sordo

Un conducteur de tricycle électrique à La Havane a installé un panneau solaire de 650W afin de pouvoir recharger sa batterie sans dépendre du réseau électrique, dans une scène que Claudio Pelaez Sordo a filmée et qui résume Cuba en avril 2026 : des gens qui improvisent pour survivre.

En Facebook, il a publié une vidéo où il explique que le panneau, de marque BlueZone, met environ huit heures à charger une batterie de 60V et offre au véhicule une autonomie de 80 à 100 kilomètres, ce qui est suffisant pour travailler plusieurs jours.

La raison de l'installation n'a rien de technologique ni de conscience environnementale : c'est un pur besoin.

Le conducteur l'a expliqué sans détour : "Hier, on m'a donné environ 12 heures et on m'a donné du courant dans la nuit seulement. Et à 6 heures du matin, on me l'a retiré."

Ne pouvant charger la batterie par le réseau conventionnel, le panneau solaire a cessé d'être un luxe pour devenir la seule façon de continuer à travailler.

Ce jeudi, par exemple, les coupures d'électricité à La Havane atteignent jusqu'à 22 heures par jour, avec un déficit national de production qui dépasse les 1.700 MW face à une demande de 3.100 MW.

La crise électrique a atteint son paroxysme le 16 mars, lorsque le Système Électrique National s'est complètement effondré pendant près de 30 heures, laissant dans l'obscurité plus de neuf millions de personnes. Un second effondrement total est survenu le 22 mars.

Derrière le désastre énergétique se cache une chaîne de facteurs qui se sont accumulés en quelques semaines : Cuba a besoin d'environ 110 000 barils de pétrole par jour et ne produit localement que 40 000 barils.

Venezuela a suspendu l'envoi de entre 27 000 et 30 000 barils par jour après la capture de Nicolás Maduro le 3 janvier.

México a coupé ses exportations —qui représentaient 44 % des importations cubaines— le 9 janvier, sous la pression des sanctions de l'administration Trump.

Le résultat est visible dans les rues : les transports publics presque paralysés, l'essence sur le marché informel à plus de six dollars le litre, et des tricycles équipés de panneaux solaires qui commencent à faire partie intégrante du paysage havanais.

Ce n'est pas un phénomène isolé. À la fin mars, une vidéo d'un bicitaxi électrique avec panneau solaire intégré qui se recharge en circulation est devenue virale sur TikTok.

En Matanzas, des mécaniciens ont présenté un prototype de véhicule électrique artisanal avec un moteur de 2 000 W.

En Mayabeque, un mécanicien a adapté une Fiat Polski de 1980 pour fonctionner au charbon de bois par gaséification.

Mais accéder à un panneau solaire n'est pas à la portée de tous. Sur le marché informel, ils coûtent entre 990 et 1 000 dollars, l'équivalent de plus de deux ans de salaire moyen cubain, selon un rapport de 14ymedio.

Seules les personnes ayant accès aux devises peuvent se le permettre, ce qui transforme l'énergie solaire en un nouveau marqueur d'inégalité sur l'île.

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