Le saxophoniste et clarinettiste cubain Paquito D'Rivera a été catégorique dans une interview avec CiberCuba en avertissant que toute transition à Cuba qui maintiendrait les mêmes figures du régime au pouvoir est vouée à l'échec : "La même personne qui l'a détruit ne va pas le reconstruire parce qu'elle ne sait pas le faire".
Le musicien a fait ces déclarations à un moment de tension maximale sur l'île, après les plus grandes manifestations enregistrées depuis le 11J de 2021 et la polémique apparition de Díaz-Canel sur la chaîne NBC niant l'existence de prisonniers politiques.
"Ça doit être un changement absolu de pouvoirs", a exigé D'Rivera, qui a également critiqué la possibilité que des personnalités comme Sandro Castro —petit-fils de Fidel— ou "le Crabe" puissent assumer des rôles de leadership dans une Cuba post-régime : "J'espère que les Cubains n'accepteront pas cela. C'est inacceptable".
Sandro Castro a accordé une interview à CNN le 31 mars depuis son appartement à Kohly, La Havane, critiquant Díaz-Canel et se déclarant "révolutionnaire oui, communiste non", ce qui a suscité l'indignation en raison du contraste entre sa vie privilégiée —son bar à La Havane lui a coûté 50 000 dollars et la crise que traverse le peuple.
En réfléchissant sur sa propre trajectoire, D'Rivera a révélé ce qu'aurait été son destin s'il était resté à Cuba : "Probablement, j'aurais été emprisonné, je pense. Parce que j'ai toujours été très bavard."
Le musicien a raconté qu'après avoir été destitué de la direction de l'Orquesta Cubana de Música Moderna — pour avoir défendu le jazz, que le régime qualifiait de "musique impérialiste" — il a passé deux ans chez lui sans travailler, bien que l'État lui versait un salaire.
"Le plus humiliant, c'est qu'on me payait. On me payait un salaire pour ne rien faire," se souvint-il.
Ils furent Chucho Valdés et Oscar Valdés qui le tirèrent de l'ostracisme en l'invitant à fonder Irakere en 1973, contre la volonté de la direction culturelle du régime : "Les gens qui me sortent et me donnent du travail contre la volonté de la direction culturelle étaient Chucho et Oscar".
D'Rivera a cité le cas du sculpteur Fernando Almenares Rivera, connu sous le nom de Nando Obdc, comme un exemple vivant de ce qui aurait pu lui arriver s'il était resté sur l'île.
Le Tribunal Suprême a ratifié le 9 avril la condamnation à cinq ans de prison contre Almenares Rivera pour "propagande contre l'ordre constitutionnel", après avoir été arrêté le 31 décembre 2024 pour des graffitis qualifiés de contrarevolutionnaires.
Le cas de Nando Obdc n'est pas isolé : à la fin de 2025, il y avait 17 artistes emprisonnés à Cuba, et le nombre de prisonniers politiques s'élevait à 1 214 en février 2026.
D'Rivera a également déploré le silence de la communauté artistique cubaine face à la répression, citant Martin Luther King : "Ce qui me fait le plus souffrir, ce n'est pas la méchanceté des mauvais, mais le silence des bons".
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