Sherritt International Corporation, la société minière canadienne avec plus de trois décennies de présence à Cuba, a suspendu ce jeudi sa participation directe dans toutes ses coentreprises sur l'île et a commencé la rapatriation immédiate de ses employés expatriés, en réponse directe à la nouvelle Ordonnance Exécutive signée par le président Donald Trump le 1er mai.
La décision prive le régime de son plus grand partenaire minier étranger et de 10 % à 15 % de sa capacité de génération d'électricité indépendante, un coup qui, selon l'agence EFE, s'ajoute à une spirale de dégradation économique sans précédent.
Selon un rapport de Bloomberg, trois membres du conseil d'administration ont présenté leur démission avec effet immédiat : le président Brian Imrie, Richard Moat et Brett Richards.
La nouvelle ordonnance exécutive de Trump, signée le 1er mai, invoque la Loi sur les Pouvoirs Économiques en Situations d'Urgence Internationales et introduit des sanctions secondaires contre les institutions financières étrangères qui traitent avec des entités cubaines bloquées, ce qui a été déterminant pour Sherritt, dont le modèle commercial dépend de son accès à la banque internationale.
Jours avant l'annonce, Sherritt avait déjà émis une alerte corporative indiquant qu'elle « consultait ses conseillers et parties prenantes pour évaluer les implications possibles de l'Ordre Exécutif et qu'elle envisageait les mesures à prendre concernant les intérêts de la Corporation à Cuba ».
La sortie n'est pas surprenante : en février, Sherritt avait déjà suspendu la production de nickel et de cobalt dans sa mine de Moa, à Holguín, en raison d'un manque de carburant signalé par les autorités cubaines elles-mêmes.
L'histoire de Sherritt à Cuba a commencé en 1991, lorsque l'entreprise a commencé à acquérir du concentré de nickel de la mine de Moa pour sa raffinerie à Fort Saskatchewan, en Alberta.
En 1994 a formalisé une coentreprise 50/50 avec l’entreprise d’État cubaine General Nickel Company S.A., et en 1998, elle a élargi sa présence en acquérant une participation dans les télécommunications et en créant Energas S.A., qui opère 506 mégawatts de capacité électrique.
En 1996, Sherritt a été la première entreprise ciblée par la loi Helms-Burton : ses dirigeants ont reçu des lettres d'exclusion d'entrée aux États-Unis pour avoir opéré sur des propriétés expropriées par Cuba, une interdiction qui perdure jusqu'à aujourd'hui.
La production de nickel est passée de 34 876 tonnes en 2021 à 25 240 en 2025, et l'État cubain accumule une dette d'au moins 344 millions de dollars avec l'entreprise.
La présence de Sherritt a également été l'objet de critiques constantes de la part d'organisations de droits de l'homme : le modèle de travail des entreprises conjointes implique que la minière paie l'État cubain en devises, tandis que les travailleurs reçoivent des salaires minimums en pesos équivalents à quelques dollars par mois, sans syndicats indépendants.
En ce contexte, la Coalition Cubano-Canadienne a demandé en mars au gouvernement de Mark Carney de fermer l'ambassade de Cuba à Ottawa et de réduire la présence diplomatique à La Havane, au milieu de critiques croissantes concernant le soutien financier du Canada au régime, qui dépassent les 60 millions de dollars canadiens ces dernières années.
Depuis janvier 2026, l'administration Trump a accumulé plus de 240 sanctions contre le régime cubain, réduisant les importations énergétiques de l'île de 80 à 90 % et aggravant les coupures de courant qui touchent plus de 55 % du territoire national, tandis que la contraction économique prévue pour Cuba en 2026 est de 7,2 %, selon l'Unité de renseignement de The Economist.
La raffinerie de Fort Saskatchewan continue de fonctionner avec un stock de matières premières estimé jusqu'à la mi-juin, date à laquelle Sherritt devra décider de l'avenir définitif de ses opérations à Cuba.
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