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Le départ de Sherritt International de Cuba a radicalement modifié la perception du risque parmi les entreprises étrangères qui opèrent encore sur l'île.
La société minière canadienne, considérée comme l'un des partenaires internationaux les plus solides du régime cubain depuis plus de trois décennies, a suspendu cette semaine sa participation directe dans des entreprises mixtes cubaines suite à la nouvelle offensive de sanctions imposées par le président Donald Trump.
Le mouvement n'impacte pas seulement La Havane. Il envoie également un message clair aux entreprises hôtelières espagnoles qui continuent de miser sur le tourisme cubain : Washington semble prêt à augmenter significativement le coût financier des affaires avec des structures contrôlées par le régime.
Le point central de cette nouvelle stratégie est l'Ordonnance Exécutive 14404, signée le 1er mai 2026.
La mesure permet de sanctionner des entités liées à des secteurs stratégiques de l'appareil d'État cubain et, en particulier, introduit des sanctions secondaires contre des institutions financières étrangères qui facilitent des transactions significatives avec des acteurs bloqués.
Le pas décisif est arrivé le 7 mai, lorsque les États-Unis ont formellement désigné GAESA sous cet ordre exécutif et ont accordé aux entreprises et institutions financières étrangères un délai jusqu'au 5 juin 2026 pour fermer toutes leurs opérations avec le conglomérat militaire cubain, sous menace de sanctions secondaires.
La décision fait du conglomérat militaire cubain le principal objectif économique de l'administration Trump. Et cela impacte directement le tourisme.
GAESA contrôle une grande partie de l'infrastructure hôtelière de Cuba à travers Gaviota S.A. et son influence sur d'autres chaînes étatiques. En pratique, une grande partie du tourisme international qui entre dans le pays finit par générer des revenus pour une structure économique gérée par les Forces Armées.
Pendant des années, des chaînes espagnoles comme Meliá, Iberostar ou Barceló ont réussi à maintenir des opérations à Cuba malgré l'embargo américain, les demandes en vertu de la loi Helms-Burton et le déclin économique progressif de l'île. Mais l'affaire Sherritt montre que le nouveau scénario peut être différent.
La société minière canadienne avait survécu pendant des décennies à des sanctions, des impayés et des difficultés opérationnelles. Elle exploitait, en partenariat avec l'État cubain, la mine de nickel et de cobalt de Moa et participait également à Energas S.A., qui était liée à près de 10 % de la capacité de production d'électricité nationale.
Cependant, les nouvelles mesures américaines ont complètement modifié son évaluation des risques.
L'entreprise a conclu qu'il pourrait compromettre son accès au système financier international en continuant à opérer à Cuba. Les sanctions secondaires contre les banques étrangères et les entités ayant des relations avec des entreprises bloquées ont placé Sherritt dans une position difficilement soutenable pour une corporation qui dépend de financements, d'assurances et d'opérations bancaires mondiales.
Ce précédent devrait particulièrement inquiéter les chaînes hôtelières espagnoles.
Contrairement à l'industrie minière, le tourisme dépend quotidiennement de paiements internationaux, de réservations numériques, de plateformes de voyage, de correspondances bancaires, d'assurances et de tour-opérateurs internationaux.
Toute perception de risque de la part des banques ou des partenaires financiers peut affecter directement l'opérabilité des chaînes.
Le problème pour des entreprises comme Meliá ou Iberostar est que leur exposition à Cuba n'est pas marginale. Meliá exploite une trentaine d'hôtels sur l'île et a maintenu depuis des décennies un engagement stratégique envers le marché cubain.
Iberostar possède également une présence importante dans des destinations touristiques clés. Cependant, l'activité des deux chaînes espagnoles arrive affaiblie à cette nouvelle phase de pression.
La crise énergétique, les coupures de courant, la pénurie de carburant, la dégradation des services et la chute continue du tourisme avaient déjà réduit drastiquement la rentabilité du secteur. Plusieurs chaînes hôtelières ont fermé des établissements ou consolidé leurs opérations au cours de l'année dernière en raison des faibles taux d'occupation.
Al même temps, la pression réputationnelle augmente sur les entreprises étrangères qui opèrent à Cuba. Des organisations de droits de l'homme et des militants dénoncent depuis des années que le modèle de travail imposé par le régime oblige les chaînes à recruter des travailleurs par l'intermédiaire d'agences d'État qui retiennent une grande partie des salaires payés en devises.
La désignation de GAESA amplifie désormais ce débat.
Les hôteliers espagnols se trouvent ainsi face à un scénario de plus en plus exigeant. Rester à Cuba implique de coexister avec un environnement de risque croissant sanctionnatoire, financier et réputationnel. Sortir, en revanche, signifierait assumer des pertes, rompre des contrats et abandonner des investissements construits au cours de décennies.
Qu'elle serait l'option d'une collaboration hypothétique des hôtels espagnols avec l'administration Trump pour clarifier la portée de leurs accords avec le régime et rendre transparent une activité que les autorités cubaines ont gardée sous clé et hors de portée même des propres audits officiels.
Pour l'instant, aucune grande chaîne européenne n'a annoncé un retrait similaire à celui de Sherritt. Mais le message laissé par la société minière canadienne est clair : même les entreprises habituées à opérer sous pression pendant des années concluent que le nouveau contexte américain peut rendre trop coûteux de continuer à parier sur Cuba.
La grande inconnue est de savoir si Sherritt sera un cas isolé ou le premier symptôme d'un retrait progressif des investissements étrangers de l'île.
Pour le régime cubain, la menace est sérieuse. Le tourisme représente l'une des principales sources de devises du pays et GAESA occupe le centre de cette structure.
Si les sanctions parviennent à accroître l'isolement financier des entreprises étrangères associées au conglomérat militaire, le coup économique sur La Havane pourrait être bien plus profond que celui provoqué par les restrictions traditionnelles de l'embargo.
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