Enrique del Risco : Que Cuba ait enfin « un instant de repos »

L'essayiste Enrique del Risco a publié dans In-cubadora l'essai « Quiero verte dormir », une analyse lucide sur la Cuba actuelle et sa possible transition démocratique. S'appuyant sur une enquête de El Toque avec plus de 42 000 réponses, Del Risco dépeint une île dévastée par l'exode massif et le contrôle militaire du régime. Le texte se termine par le souhait le plus élémentaire : que Cuba connaisse, enfin, un instant de repos.



L'écrivain et humoriste cubain Enrique del RiscoPhoto © CiberCuba

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L'essayiste et narrateur cubain Enrique del Risco a publié cette semaine dans le magazine numérique In-cubadora l'essai «Quiero verte dormir», intégré dans le dossier collectif «Cuba et ses futurs», un texte qui analyse avec une lucidité ironique la situation actuelle de l'île, les cycles historiques d'espoir et de frustration, et dresse une carte d'avertissements pour une éventuelle transition démocratique.

Le déclencheur politique de l'essai est la capture du dictateur vénézuélien Nicolás Maduro le 3 janvier 2026, opération au cours de laquelle 32 gardes du corps cubains ont péri, un fait que Del Risco décrit comme une « soudaine démonstration de force » qui a réactivé l'ancien système de spéculations sur l'avenir cubain.

À ce déclencheur se sont ajoutées les déclarations du président Donald Trump, citées par Del Risco avec ironie : « Un nouveau matin pour Cuba arrivera très bientôt. Nous allons nous en occuper » ; « Ce serait un grand honneur pour moi de prendre Cuba... Nous avons Cuba, et nous allons prendre Cuba. Nous le ferons après l'Iran ».

Mais l'essayiste appelle à la prudence : l'expérience des cycles précédents —la Perestroïka, la chute du Mur de Berlin, la Période spéciale, le « dégel » d'Obama— invite à ne pas se faire d'illusions sur un véritable changement dans l'île, bien qu'il reconnaisse qu'« il n'y a jamais eu autant d'espoir ni d'urgence » qu'à présent.

Pour décrire la Cuba d'aujourd'hui, Del Risco recourt à des données qui parlent d'elles-mêmes : l'exode post-11J dépasse le million de personnes, chiffre qui fait pâlir les 125 000 du Mariel en 1980 et les 35 000 de la crise des radeaux en 1994, et qui a réduit la population cubaine de onze millions à moins de neuf, laissant une société plus vieillissante et appauvrie.

Pendant ce temps, le conglomérat militaire GAESA accumule des actifs supérieurs à 18 000 millions de dollars, et le régime investit la majeure partie du budget dans des hôtels à moitié vides tandis que la santé, l'éducation et la culture ne représentent ensemble pas plus de 3 % des dépenses publiques.

L'essai étaye ses arguments sur l'enquête d'El Toque, close le 1er mai avec plus de 42 000 réponses, dont 58 % provenaient de résidents à Cuba soumis à de fortes restrictions de connectivité.

Les résultats sont incontestables : 94% des Cubains se déclarent « très insatisfaits » du système de gouvernement, 96% jugent qu'un changement politique est urgent, 80,1% souhaitent évoluer vers une démocratie libérale de marché, et 82,2% identifient le manque de libertés civiles et politiques comme le principal problème, tandis que seulement 4,7% attribuent les difficultés à l'embargo américain.

Plus révélateur encore : le 60,9 % soutient une intervention militaire directe des États-Unis et 64,9 % approuve le renversement du gouvernement « par tous les moyens nécessaires, y compris la voie armée ».

Del Risco interprète ces chiffres non comme un signe d'espoir, mais de désespoir : un sondage qui donne une idée de la situation « d'un pays condamné à mort —dans le présent— par son régime politique ».

L'essayiste avertit également que le peuple cubain risque d'être « mis de côté » tandis que ses oppresseurs s'accordent avec leurs prétendus libérateurs, comme cela s'est produit en 1898 avec le Traité de Paris ou en 1961 avec le débarquement de la Baie des Cochons.

Face à ceux qui proposent de rendre illégal le Parti Communiste comme premier acte de la future démocratie, Del Risco répond que cela serait « compréhensible et en même temps maladroit et contre-productif » dans une société où 10 % de la population adulte appartenait au parti : « prétendre qu'avec l'illégalisation d'un parti on élimine pour toujours cette possibilité du mal, c'est comme prétendre abolir les tumeurs cancéreuses par des décrets présidentiels. »

Ses recommandations pour la Cuba de demain sont, pour la plupart, négatives : ne pas aspirer à la pureté idéologique, éviter les méthodes radicales, se méfier des messies charismatiques, protéger les minorités et l'individu, et reconnaître le rôle de la diaspora dans la reconstruction sans que cette relation ne dérive en abus.

L'essai se termine par l'image du musicien Raúl Ciro et sa chanson « Villa de París », dans laquelle l'artiste souhaitait à son pays un repos après des décennies de tourmente historique : « je veux te voir dormir, Cuba ». Del Risco s'approprie cette phrase comme conclusion : « C'est cela qui compte avant tout, assurer à cette pauvre île un instant de repos ».

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Équipe éditoriale de CiberCuba

Une équipe de journalistes engagés à informer sur l'actualité cubaine et les sujets d'intérêt mondial. Chez CiberCuba, nous travaillons pour offrir des informations véridiques et des analyses critiques.

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