Roberto Fernández Rizo, expert cubain en conseil et développement de projets installé en Colombie, affirme dans une interview pour CiberCuba que la transition à Cuba a déjà commencé le 3 janvier dernier, lorsque la dépendance économique du régime vis-à-vis du Venezuela a été rompue.
Son argumentation repose sur une définition délibérément simple : "Que désigne-t-on par le terme transition ? C'est passer d'un temps, d'un espace à un autre. C'est juste cela, ce n'est pas un mot si technique ni si idéologique."
Pour Fernández Rizo, le déclencheur a été concret : la capture de Nicolás Maduro par la DEA, qui a interrompu abruptement le flux de pétrole vénézuélien vers l'île.
Cuba dépendait du Venezuela pour environ 26 500 barils quotidiens de pétrole brut et de combustibles, soit environ un tiers de ses besoins énergétiques, dans un schéma qui finançait à la fois l’économie formelle et les circuits informels du régime.
"Cuba vivait du Venezuela dans sa structure principale, tout y entrait, le légal et l'illégal. Si tu brises cela, une transition commence déjà", a-t-il expliqué.
Concernant la question de savoir si le régime est conscient de ce processus, Fernández Rizo n'a aucun doute : "Oui, bien sûr, car ils en sont conscients et à cause de leurs réponses. Ce qui se passe, c'est que tout est dans l'obscurité, il n'y a pas de transparence, pas de communications officielles, sauf quelques-unes."
Décrivez la situation du régime comme un "sandwich" : "Ils sont coincés entre les deux tranches de pain, d'un côté la pression du gouvernement des États-Unis et de l'autre le peuple cubain qui le maintient là."
Cependant, il reconnaît que le panorama "a beaucoup changé et n'a rien changé", car persiste ce qu'il appelle une impasse, dans laquelle la diaspora cubaine reste en marge des véritables décisions.
"Nous ne sommes pas là, nous sommes dans la loge. Qui joue ? Le gouvernement, le régime, le petit groupe et le gouvernement des États-Unis", a-t-il indiqué.
Face à cette réalité, son appel est à une préparation active : "Les Cubains, que nous devons être 14 ou 15 millions avec nos descendants déjà dans le monde entier, sommes ceux qui devons être prêts pour ce petit groupe qui décide à notre place."
Fernández Rizo défend que cette préparation doit être visible et organisée : "C'est pourquoi je suis d'accord pour que les gens fassent des réunions, proposent des idées, des mouvements, comprennent qu'il faut être visible et exprimer leurs idées. Il n'y a pas d'autre option."
L'expert a également élaboré un projet de Constitution pour la transition basé sur quatre prémisses : la sécurité juridique, la stabilité politique, la propriété privée et les incitations appropriées, fondé sur le libéralisme classique et l'école autrichienne d'économie.
Dans ce cadre, il soutient que la reconstruction de Cuba doit partir de l'élimination totale du système actuel, y compris la privatisation ou l'audit de GAESA, le conglomérat militaire qui contrôle le tourisme, le commerce, les envois de fonds, les ports et les finances du pays.
Le débat sur la manière de financer cette reconstruction progresse également : des entrepreneurs de l'exil cubain ont engagé 35 milliards de dollars pour investir à Cuba, sous réserve de changements politiques et institutionnels.
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