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Le pétrolier russe Universal, qui transportait environ 270 000 barils de diesel à destination de Cuba, a définitivement abandonné son voyage vers l'île et navigue vers le sud-est en direction du Brésil, selon des données de suivi maritime publiées ce mercredi par l'entreprise d'intelligence énergétique Kpler et citées par Bloomberg.
Le destin du navire, sous pavillon russe et sanctionné par de nombreux pays, figure maintenant comme « par commande », un terme maritime qui indique que l'embarcation est en attente d'instructions et n'a pas de port assigné.
El Universal a quitté le port balte russe de Vistino, dans la région de Leningrad, le 6 avril en direction de Cuba, mais a passé le dernier mois à la dérive dans la mer des Sargasses, à environ 1 600 kilomètres au nord-est de l'île, naviguant à des vitesses minimales sans déclarer de port de destination.
Lundi dernier, les données de suivi de Kpler indiquaient encore Cuba comme destination du navire. Depuis, la route a changé vers le sud, en direction du Brésil.
Selon des rapports de The Insider cités par The Moscow Times, les autorités américaines n'ont pas autorisé le pétrolier à poursuivre son voyage vers Cuba, ce qui explique les semaines dérivant dans l'Atlantique.
Le navire est soumis à des sanctions des États-Unis, de l'Union européenne, du Royaume-Uni, de la Suisse et du Canada, et est lié à Sovcomflot, qui fait partie de ce qu'on appelle la « flotte ombre » russe.
El Universal a traversé la Manche le 8 avril, escorté par la frégate Admiral Grigorovich de la Flotte russe de la mer Noire, ce qui a souligné la dimension stratégique de cette tentative d'acheminement.
Le détournement représente un coup sévère pour Cuba, qui traverse l'une de ses pires crises énergétiques depuis des décennies.
Le seul chargement de carburant qui est arrivé avec succès sur l'île en 2026 était celui du navire Anatoly Kolodkin, qui a accosté à Matanzas le 31 mars avec environ 730 000 barils de brut russe. Ces réserves se sont épuisées à la fin avril.
Le 14 mai, le ministre cubain de l'Énergie et des Mines, Vicente de la O Levy, a admis publiquement que l'île n'avait « absolument rien de fioul, nous n'avons absolument rien de diesel ».
Le déficit électrique a dépassé 2 000 MW pendant les heures de pointe, avec des coupures de courant allant jusqu'à 20-25 heures par jour dans de vastes zones du pays.
La pression américaine sur l'approvisionnement énergétique cubain s'est intensifiée ces derniers mois. L'Office de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) a émis en mars une licence permettant certaines transactions avec du pétrole russe, mais exclut explicitement Cuba. Le président Donald Trump a également menacé d'imposer des tarifs punitifs à tout pays qui enverrait du pétrole brut à l'île.
À cela s'ajoute la coupure des approvisionnements vénézuéliens depuis novembre 2025, suite à la chute de Nicolás Maduro, et la suspension des envois mexicains en janvier 2026.
Le contexte géopolitique s'est aggravé le 20 mai, lorsque l'administration Trump a déclassifié une accusation formelle contre l'ex-leader cubain Raúl Castro pour le tir de deux avions de Hermanos al Rescate en 1996, qui a conduit à la mort de quatre personnes, dont trois Américains. Ce même jour, le porte-avions USS Nimitz et son groupe d'attaque ont été déployés vers les eaux cubaines.
Cuba produit seulement environ 40 000 barils de pétrole par jour, mais a besoin d'environ 110 000 barils par jour, et le détournement du Universal laisse l'île sans perspective claire de soulagement énergétique à court terme.
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