Miguel Díaz-Canel a constitué un groupe consultatif inédit de cinq économistes —parmi lesquels figurent des personnalités critiques et non alignées sur la position officielle— afin de rechercher des propositions de réformes économiques plus ambitieuses que celles déjà annoncées publiquement.
L'agence EFE a confirmé, par le biais de trois sources, l'initiative. L'équipe a eu un premier contact le vendredi 13 juin et sa première session de propositions a eu lieu ce mardi.
De manière parallèle, un processus institutionnel est en cours pour présenter les réformes au Comité Central du Parti Communiste de Cuba (PCC) ce mercredi, et elles doivent être approuvées jeudi lors de l'Assemblée Nationale, convoquée en session extraordinaire.
Lo plus marquant de l'initiative est son origine. Selon EFE, elle est partie directement du bureau du dirigeant, sans impliquer les équipes du Premier ministre Manuel Marrero ni du ministre de l'Économie et de la Planification Joaquín Alonso, ce qui souligne le caractère politiquement sensible du mouvement.
Le noyau du groupe est composé de trois économistes qui, depuis des années, expriment des positions réformistes dans des médias indépendants et qui, dans certains cas, sont éloignés des cercles officiels : Omar Everleny, Juan Triana et Julio Carranza.
Triana a averti en juillet 2024 sur les erreurs de Díaz-Canel dans l'économie cubaine, tandis que Carranza a plaidé pour réduire la planification hypercentralisée et élargir l'autonomie des entreprises.
Les deux autres membres représentent le gouvernement : José Luis Rodríguez García, ancien ministre de l'Économie de 1995 à 2009, et José Carlos del Toro Ríos, président de l'Association Nationale des Économistes et Comptables (ANEC), tous deux députés à l'Assemblée Nationale.
Les cinq experts ont des points de vue différents, mais s'accordent sur des lignes directrices générales telles que :
- donner plus de poids au secteur privé
- ouvrir l'île à l'investissement étranger
- accorder une plus grande autonomie aux entreprises d'État
- encourager la production locale
- résoudre le chaos monétaire qui génère des distorsions avec deux monnaies, trois taux de change officiels et un taux informel.
Le groupe travaille sur la base du paquet de réformes que Díaz-Canel a annoncé le 12 juin, intitulé « Programme Économique et Social pour 2026 », articulé autour de six axes : système de direction économique, autonomie municipale, autonomie des entreprises, relance agricole, commerce extérieur et investissement étranger, ainsi que politique sociale.
Parmi les mesures les plus marquantes figure la possibilité pour les municipalités d'importer et d'exporter sans intermédiaires, que les entreprises d'État opèrent sans interférences bureaucratiques et conservent des devises, ainsi que la possibilité pour les Cubains résidant à l'étranger d'investir dans des conditions égales avec des acteurs étrangers.
Le contexte dans lequel ce groupe consultatif émerge est celui d'une crise extrême. Depuis janvier 2026, Washington a presque totalement interdit l'entrée de pétrole et de dérivés à Cuba —le propre Díaz-Canel a reconnu que «au cours des cinq derniers mois, un seul bateau de pétrole est entré».
Les politiques des États-Unis ont également conduit au retrait d'entreprises hôtelières, de compagnies navales, de compagnies aériennes et de banques internationales par crainte de sanctions secondaires en raison de leurs liens avec GAESA.
L'économiste Pedro Monreal a qualifié les réformes de « pragmatisme tardif » et a averti que pour Cuba « le train des réformes de la Chine et du Vietnam est passé », une évaluation qui résume le scepticisme d'une grande partie des analystes face à des mesures qui interviennent après des années de dégradations accumulées.
La convocation d'économistes critiques à l'environnement présidentiel est sans précédent dans l'histoire récente de la dictature cubaine et contraste avec le modèle habituel de consultations exclusivement internes au PCC.
Cependant, le processus d'approbation des réformes reste le même : le Comité Central du PCC les évaluera ce mercredi et l'Assemblée nationale — qui ratifie à l'unanimité les propositions qui lui parviennent — les approuvera jeudi. Les Cubains ne pourront pas exprimer directement leur opinion sur l'orientation du pays.
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