Miguel Díaz-Canel a reconnu, dans son discours de clôture du Plénum extraordinaire du Comité central du Parti communiste de Cuba, que le modèle de résistance à la crise ne suffit plus : « À la résistance, nous devons notre patrie, mais aujourd'hui, la résistance à elle seule ne suffit pas. Ce temps exige de nous de transformer, de produire davantage, de débloquer, d'écouter davantage, de mieux décider et de rendre des comptes ».
La phrase marque un tournant rhétorique significatif pour un régime qui, pendant des années, a présenté la « résistance créative » comme réponse centrale à la débâcle économique.
À peine en mars 2026, Díaz-Canel avait défendu de cuisiner avec du charbon et du bois comme exemple de cette même résistance.
Le Plénum s'est réuni mercredi au Palais de la Révolution pour approuver un paquet de plus de vingt réformes économiques et sociales, dans un processus institutionnel accéléré : Díaz-Canel a annoncé les réformes le 12 juin, le PCC les a soutenues mercredi et l'Assemblée nationale a été convoquée en session extraordinaire pour ce jeudi par le biais de l'Accord 599-X/2026.
Dans son discours, le dirigeant a également admis des responsabilités internes : « Il y a des obstacles qui ne viennent ni de l'extérieur ni des blocus. Il y a de la lenteur, de la bureaucratie, des normes qui freinent ceux qui veulent produire et des décisions que nous avons différées. Ce qui dépend de nous, nous devons le changer nous-mêmes et nous devons le changer maintenant. »
L'agenda d'urgence annoncée s'articule autour de cinq axes : stabilisation macroéconomique, transformation du modèle économique, relance du secteur agricole, renforcement de la gestion des coûts et atténuation des coûts sociaux des changements.
Parmi les mesures concrètes figurent l'élimination des plafonds de prix généraux — qui, selon Díaz-Canel lui-même, « ont provoqué la disparition de produits, des détournements vers l'illégalité et une hausse des prix » —, l'ouverture aux institutions financières privées et étrangères, l'autorisation d'importation et d'exportation directe pour les entreprises d'État et non étatiques, l'extension des terres en usufruit et l'élimination des droits de douane sur les technologies solaires.
Le régime a également annoncé la réduction du nombre de ministères de 27 à entre 20 et 21, ainsi que l'ouverture à l'investissement des Cubains résidant à l'étranger. Díaz-Canel a révélé que le gouvernement a étudié les modèles de la Chine et du Vietnam et a recouru à l'intelligence artificielle pour évaluer les propositions.
Le contexte dans lequel ces déclarations interviennent est celui d'un déclin sans précédent.
La CEPAL projette une baisse du PIB cubain de 6,5% en 2026, avec une contraction accumulée de 10,3% sur la période 2025-2026 et une perte proche de 26% depuis 2020.
Les coupures de courant dépassent 20 heures par jour dans certaines provinces, la récolte de canne à sucre est tombée en dessous de 150 000 tonnes —le niveau le plus bas en plus d'un siècle— et le dollar s'échangeait ce jeudi à 685 pesos cubains sur le marché informel.
Le PCC a donné son feu vert aux transformations avec le soutien de Raúl Castro, qui a participé par vidéoconférence et a signé le document de propositions.
Son message au Plénier était succinct mais révélateur : « Aussi ou plus important que l'approbation même de ces transformations est leur mise en œuvre adéquate et en temps opportun ».
La réaction des citoyens sur les réseaux sociaux a été empreinte de scepticisme. L'économiste Pedro Monreal a qualifié les réformes de « pragmatisme tardif » et a averti que Cuba « a raté le train » des réformes à la manière chinoise ou vietnamienne.
Díaz-Canel lui-même a reconnu dans son discours que « l'erreur n'était pas de les soulever, mais de les avoir reportées ».
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