La crise alimentaire oblige le régime cubain à changer les règles du secteur agricole

Le gouvernement assouplit l'accès à la terre et accorde de nouvelles prérogatives économiques aux coopératives et aux producteurs. La réforme reconnaît l'échec des contrôles qui, pendant des années, ont limité la production agricole. L'alimentation, déclarée question de sécurité nationale, est devenue une priorité face à l'aggravation de la pénurie.



Des décennies de contrôles, le manque de fournitures et des incitations rares ont contribué à l'effondrement productifFoto © CiberCuba/José Roberto Loo Vázquez

La profonde crise alimentaire que traverse Cuba a poussé le gouvernement à annoncer ce jeudi l'une des réformes les plus vastes du secteur agricole en plusieurs décennies, comprenant une transformation en profondeur des normes régissant l'agriculture, l'élargissement des droits d'usufruit, la décentralisation des prix et l'octroi de plus de libertés commerciales aux coopératives et aux producteurs.

Entre les 176 transformations économiques et sociales présentées par le Premier ministre Manuel Marrero Cruz devant l'Assemblée nationale du Pouvoir populaire, l'axe 7 concentre des mesures destinées à assouplir la gestion des terres, à élargir les compétences des producteurs et à réduire certains des contrôles qui, pendant des années, ont marqué l'activité agricole, a souligné le rapport du quotidien officiel Granma.

Les nouvelles dispositions maintiennent le principe que la terre appartient à tout le peuple, mais élargissent considérablement les possibilités d'usufruit.

Les personnes physiques, les entreprises d'État, privées, mixtes et d'autres formes de gestion pourront demander des terres pour une durée indéterminée à des fins agricoles, forestières, tabacoles, ainsi que pour des projets d'écotourisme et d'agrotourisme.

La réforme élimine également l'un des critères traditionnels du système, l'obligation pour l'usufruitier de travailler la terre de manière directe et stable.

Elle habilite également l'entreprise d'État gestionnaire des terrains à les céder par le biais de contrats et autorise l'attribution de terres en usufruit aux Cooperatives de Production Agropecuaire, sous réserve de l'approbation de leurs assemblées générales.

Les mesures interviennent peu après que le président Miguel Díaz-Canel ait reconnu publiquement la gravité de la situation alimentaire du pays lors de la Plénière Extraordinaire du Comité Central du Parti Communiste tenue mercredi.

Lors de la réunion, le dirigeant a affirmé que "il n'y a pas de souveraineté avec l'assiette vide" et a élevé la question de l'alimentation au rang de sujet de sécurité nationale.

Il a également annoncé que les terres improductives devraient être mises en production ou attribuées à ceux qui seraient prêts à les travailler.

La transformation touche également le modèle de gestion des coopératives. Celles-ci pourront importer et commercialiser des combustibles, effectuer des opérations de commerce extérieur de manière directe, gérer des financements externes, ouvrir des comptes bancaires à l'étranger et accéder à de nouvelles voies pour l'acquisition de technologies et de fournitures.

Un autre des changements les plus significatifs est la flexibilisation de la commercialisation agricole et la formation des prix. Le gouvernement propose de décentraliser la fixation des prix et de permettre qu'ils soient convenus entre producteurs et acheteurs, une rectification qui intervient après que le propre Díaz-Canel ait récemment admis que les plafonds de prix n'avaient pas réussi à contenir l'inflation et, dans de nombreux cas, avaient provoqué des pénuries et des distorsions sur le marché.

Les nouvelles règles reconnaissent également un rôle plus large pour les mécanismes de marché. Tous les acteurs économiques pourront commercialiser des intrants et des équipements agricoles en pesos ainsi qu'en devises, tout en favorisant la création de marchés spécialisés où participeront des personnes physiques et morales nationales et étrangères.

La réforme prévoit également des incitations fiscales pour ceux qui importent et commercialisent des intrants agricoles, ainsi que la création de mécanismes bancaires visant à faciliter les transactions en monnaie étrangère, y compris les paiements électroniques, les transferts et les opérations avec des cartes magnétiques.

Les mesures complètent le Projet de Loi sur les Terres Agricoles et Forestières diffusé ce mois-ci par l'Assemblée Nationale, qui proposait déjà d'élargir certains droits d'usufruit et de flexibiliser certains aspects de la gestion agricole, tout en maintenant intact le principe de la propriété étatique sur la terre et de fortes restrictions concernant sa transmission et sa commercialisation.

L'urgence des réformes est directement liée à la détérioration de la production nationale. Selon des données citées par les autorités elles-mêmes, Cuba produit à peine une fraction des aliments dont elle a besoin, importe entre 70 % et 80 % de ce qu'elle consomme et fait face à une situation où de larges secteurs de la population ont des difficultés à accéder à une alimentation adéquate.

Dans ce contexte, l'élargissement des droits pour les producteurs et les coopératives constitue une reconnaissance implicite que le modèle agricole en vigueur n'a pas réussi à garantir l'approvisionnement du pays.

Le défi pour les autorités sera désormais de transformer ces nouvelles compétences en résultats concrets dans les champs cubains, où des décennies de contrôles, de manque de fournitures et de faibles incitations ont contribué à l'effondrement productif qui oblige aujourd'hui le régime à reconsidérer les règles du secteur.

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Équipe éditoriale de CiberCuba

Une équipe de journalistes engagés à informer sur l'actualité cubaine et les sujets d'intérêt mondial. Chez CiberCuba, nous travaillons pour offrir des informations véridiques et des analyses critiques.

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