La dictature des Castro. Soixante-sept ans de la même structure de pouvoir à Cuba

Fidel et Raúl Castro, sur une image de la propagande castriste.Photo © Cubadebate

Lorsque l'on étudie l'histoire politique de Cuba depuis 1959 jusqu'à nos jours, une conclusion s'impose : il n'a jamais existé de véritable transition du pouvoir. Ce qui s'est produit, c'est la continuité d'une même structure politique édifiée par Fidel Castro, héritée par Raúl Castro et préservée par la suite grâce à des dirigeants soigneusement sélectionnés par le système lui-même.

Pendant des décennies, on a voulu présenter au monde l'image d'une 'révolution' qui a évolué institutionnellement, a approuvé de nouvelles constitutions, a créé des organes législatifs, a organisé des élections périodiques et a renouvelé ses dirigeants. Cependant, derrière cette architecture juridique demeurait inchangé l'élément essentiel de toute dictature : la concentration absolue du pouvoir.

Depuis le 1er janvier 1959, Fidel Castro a commencé à démanteler progressivement les institutions républicaines existantes. Les partis politiques ont disparu, la presse indépendante a été fermée, les organisations civiles ont été soumises à l'État et le pouvoir judiciaire a perdu toute autonomie.

En 1965, le Parti Communiste de Cuba est né en tant que parti unique. Depuis ce moment, un principe a été établi et demeure en vigueur : aucune organisation politique ne peut légalement contester le pouvoir.

La Constitution de 1976 a consolidé ce modèle. Elle a expressément reconnu le Parti Communiste comme la force dirigeante supérieure de la société et de l'État. Avec cette disposition, toute possibilité de pluralisme politique a été annulée.

Les élections tenues depuis lors n'ont jamais offert la possibilité de choisir entre différents projets politiques. Les citoyens ne pouvaient que ratifier des candidats préalablement sélectionnés au sein du système.

Dans les démocraties modernes, l'alternance constitue le mécanisme essentiel pour limiter le pouvoir. À Cuba, cette possibilité n'a jamais existé.

Pendant quarante-neuf ans, Fidel Castro a exercé simultanément la direction du gouvernement, la direction du Parti communiste, le commandement suprême des forces armées et le contrôle absolu sur la politique nationale et internationale. Aucune décision importante n'échappait à son autorité.

En 2006, une grave maladie contraignit Fidel Castro à déléguer provisoirement ses fonctions. Deux ans plus tard, Raúl Castro assuma officiellement la présidence. De nombreux analystes internationaux évoquèrent alors une transition. Les faits prouvèrent exactement le contraire.

Raúl Castro n'a démantelé aucune des structures mises en place par son frère. Il a conservé le parti unique, le monopole d'État sur les médias, le système de contrôle social, le prédominance de la Sécurité de l'État et la suprématie politique des Forces armées.

Il a introduit quelques réformes économiques limitées, autorisé de petites entreprises privées et assoupli certaines réglementations migratoires. Cependant, aucune de ces mesures n'a modifié l'essence du régime. Le véritable pouvoir est resté concentré là où il avait toujours été.

En 2018, Miguel Díaz-Canel a été désigné président de la République. De nombreux gouvernements occidentaux ont interprété cet événement comme le début d'une nouvelle génération politique. Mais la réalité constitutionnelle était différente.

Raúl Castro a continué d'être Premier secrétaire du Parti communiste jusqu'en 2021, un poste que la Constitution de 2019 définit comme la plus haute force dirigeante de l'État et de la société. Même après avoir officiellement abandonné cette responsabilité, son influence au sein de l'appareil politique et militaire est restée évidente.

En d'autres termes, l'administrateur du gouvernement a changé, mais pas le propriétaire du pouvoir. Il existe en outre un élément souvent ignoré. Les Forces Armées Révolutionnaires ne constituent pas uniquement une institution militaire. Pendant des décennies, elles ont géré une grande partie des secteurs stratégiques de l'économie nationale à travers des conglomérats d'entreprises liés au tourisme, au commerce, à la construction, au transport et à d'autres services. Cette concentration économique a encore renforcé le pouvoir politique du régime.

Pendant ce temps, la Sécurité de l'État a perfectionné l'un des systèmes de surveillance interne les plus efficaces d'Amérique latine grâce à des réseaux d'informateurs, des organisations de masse, la surveillance numérique et un contrôle permanent sur l'opposition.

Les manifestations nationales du 11 juillet 2021 ont mis cette structure à l'épreuve. Des milliers de citoyens sont descendus pacifiquement dans les rues, réclamant la liberté, de la nourriture, des médicaments et des changements politiques. La réponse a été immédiate. Des centaines d'arrestations, des procès accélérés et des condamnations de longue durée ont confirmé que l'État continuait d'utiliser les mêmes mécanismes répressifs développés au cours des premières décennies de la 'révolution'.

En parallèle, Cuba fait face aujourd'hui à la plus grande crise économique depuis le soi-disant Période Spéciale. L'inflation, l'effondrement énergétique, la détérioration du système de santé, la pénurie et l'exode de centaines de milliers de Cubains reflètent un profond épuisement structurel.

Cependant, aucune de ces crises n'a engendré une ouverture politique significative. Le monopole du Parti Communiste reste intact. La presse est toujours sous contrôle de l'État. Les organisations indépendantes font face à des restrictions constantes. Les syndicats libres demeurent interdits. Les élections compétitives n'existent pas. La séparation des pouvoirs reste inexistante.

Ceux qui soutiennent que Cuba a eu différents gouvernements se concentrent souvent uniquement sur les noms des présidents. Mais la science politique enseigne qu'un régime ne se définit pas par la personne qui occupe un poste, mais par les règles qui organisent l'exercice du pouvoir. Tant que ces règles restent inchangées, le système demeure le même.

L'histoire offre de nombreux exemples de dictatures qui ont survécu à la mort ou au retrait de leurs fondateurs sans modifier leur nature. À Cuba, cela s'est produit exactement. Fidel Castro a créé un modèle politique hautement centralisé. Raúl Castro a garanti sa continuité. Les dirigeants qui ont suivi ont géré cet héritage sans altérer ses fondements essentiels.

Pour cette raison, on peut soutenir que Cuba n'a pas connu de succession démocratique, mais plutôt la prolongation d'un même régime pendant presque sept décennies. Les noms ont changé. Les discours aussi. Certaines réformes économiques sont apparues et ont disparu. Des constitutions ont été modifiées. Des postes ont été remplacés. Mais le cœur du système est resté inchangé. Sans pluralisme politique. Sans élections libres. Sans indépendance judiciaire. Sans liberté de presse. Sans alternance au pouvoir.

L'histoire montre que les dictatures ne survivent pas uniquement grâce à un leader. Elles perdurent lorsque les institutions sont conçues pour empêcher que le pouvoir soit remplacé par la volonté libre des citoyens.

C'est précisément là le trait le plus constant du système politique cubain depuis 1959 jusqu'à aujourd'hui.

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