La destruction de la société civile : Lorsque l'État rend tout le monde dépendant

Les CDR sont l'une des organisations de masse contrôlées par le régime.Foto © CiberCuba.

Toute démocratie a besoin de plus que des élections. Elle nécessite des citoyens capables de s'organiser librement pour défendre leurs intérêts, exprimer leurs idées et participer à la vie publique sans dépendre du pouvoir politique. Cet ensemble d'institutions, d'associations et d'espaces indépendants est connu sous le nom de société civile.

Lorsque cette société civile disparaît, la démocratie commence à perdre l'un de ses piliers fondamentaux.

L'expérience cubaine constitue l'un des exemples les plus illustratifs de ce processus en Amérique latine. Après 1959, le nouveau pouvoir révolutionnaire ne se limita pas à contrôler le gouvernement. Peu à peu, il a absorbé ou éliminé pratiquement toutes les organisations indépendantes existantes. Les syndicats, les associations professionnelles, les fédérations estudiantines, les organisations paysannes, les médias, les coopératives et de nombreuses institutions civiques ont été remplacés par des structures subordonnées à l'État et au Parti communiste.

Le résultat fut que des millions de citoyens ont cessé d'appartenir à des organisations créées par la société pour devenir membres d'organisations créées par le pouvoir lui-même.

Lorsque l'État monopolise la représentation des travailleurs, des étudiants, des femmes, des paysans, des artistes et même de nombreux espaces communautaires, l'autonomie sociale disparaît. Il n'existe plus d'interlocuteurs indépendants capables de contester les décisions gouvernementales ni de défendre des intérêts différents de ceux officiels.

Ce phénomène entraîne une transformation profonde. Le citoyen ne se perçoit plus comme un acteur de la vie publique, mais commence à se voir comme un simple récepteur de décisions prises d'en haut.

La dépendance remplace la participation. L'obéissance remplace le débat. L'initiative individuelle finit par être jugée suspecte.

Avec le passage des années, cette structure génère un autre effet moins visible, mais tout aussi néfaste : la perte de confiance entre les citoyens eux-mêmes. Lorsque toutes les organisations répondent au pouvoir, de nombreuses personnes cessent de croire à l'utilité de s'associer librement. L'apathie et l'isolement finissent par devenir des mécanismes de survie.

C'est pourquoi il est si difficile de reconstruire une nation après des décennies d'autoritarisme. Il ne suffit pas de changer de gouvernement. Il est également nécessaire de rétablir la confiance entre les citoyens, de redonner de l'autonomie aux institutions et de retrouver une culture de la participation libre et responsable.

L'histoire montre qu'aucun pays ne peut aspirer à une démocratie solide lorsque toute la vie sociale dépend de l'État. Une société forte a besoin d'institutions solides, d'associations indépendantes, d'universités libres, d'une presse libre, de syndicats autonomes, d'organisations religieuses respectées et de citoyens capables d'agir sans demander l'autorisation du pouvoir politique.

Cette leçon constitue l'une des plus importantes laissées par l'expérience cubaine pour l'Amérique Latine.

Les démocraties ne meurent pas seulement lorsque les élections disparaissent. Elles commencent également à s'affaiblir lorsque la société cesse de s'organiser elle-même et accepte que ce soit l'État qui décide quelles organisations peuvent exister et lesquelles doivent disparaître.

La liberté politique ne repose pas uniquement sur les gouvernements. Elle repose surtout sur une société civile vivante, indépendante et capable de défendre la dignité des citoyens face à toute tentative de concentration du pouvoir.

Parce que lorsque la société civile disparaît, le citoyen se retrouve seul face à l'État. Et un citoyen seul est toujours plus vulnérable qu'un peuple organisé.

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