Les sept habitudes des personnes très efficaces et la lutte pour une Cuba libre

La démocratie que nous voulons construire doit commencer par notre comportement présentPhoto © José Daniel Ferrer

Le livre "Les sept habitudes des personnes hautement efficaces", de Stephen R. Covey, n'est pas seulement une œuvre sur le développement personnel. Il peut également être considéré comme un manuel pour ceux qui souhaitent transformer une société, construire des organisations solides et progresser vers des objectifs difficiles sans compromettre leurs principes. Pour les Cubains qui luttent pour la liberté, la démocratie, les droits de l'homme et une économie libre et prospère, ses enseignements offrent des outils très précieux.

Le premier habit est d'être proactif. Cela signifie comprendre que, bien que nous ne puissions pas toujours contrôler les circonstances, nous pouvons décider comment y réagir. Depuis des décennies, le régime cubain a instauré la peur, la résignation et la dépendance. La proactivité exige d'abandonner la mentalité de victime permanente et d'assumer ses responsabilités. Chaque Cubain peut faire quelque chose : informer, dénoncer, organiser, aider les prisonniers politiques et les activistes persécutés, participer à des initiatives civiles… La liberté commence lorsque nous cessons d'attendre que d'autres résolvent nos problèmes et que nous luttons avec détermination.

La deuxième habitude est de commencer avec un objectif en tête. Il ne suffit pas de s'opposer au communisme. Nous devons savoir quelle Cuba nous voulons construire. L'objectif doit être une nation démocratique, avec séparation des pouvoirs, élections libres, liberté d'expression, respect de la propriété privée, justice indépendante et plein droits pour tous. Nous devons également imaginer une Cuba où personne n'est discriminé en raison de ses idées, de sa religion, de ses origines, de sa condition économique ou de sa position politique. Avoir un objectif clair évite que la lutte ne devienne de l'improvisation ou une simple réaction.

Le troisième habit est de mettre d'abord les choses importantes. Dans une cause démocratique, il existe de nombreuses urgences, mais toutes n'ont pas la même importance. L'essentiel doit être l'unité autour de principes fondamentaux, la défense des prisonniers politiques, le soutien aux victimes de la répression, l'organisation citoyenne et la préparation et l'action pour rendre possible la transition. Les conflits personnels, les rivalités et les protagonismes excessifs ne peuvent pas primer sur la cause nationale. Un mouvement efficace sait faire la différence entre ce qui est vraiment important et ce qui est secondaire.

Le quatrième habit est de penser en gagnant-gagnant. Personne ne doit imposer son leadership ni son projet de manière malhonnête ou déloyale. Aucun projet ni leadership ne peut se maintenir sans des choix transparents ou l'approbation de la majorité. Dans la politique cubaine de demain, la logique selon laquelle certains doivent détruire les autres ne peut pas s'imposer. Une véritable démocratie doit chercher des accords, la coexistence et des bénéfices pour toute la nation. Cela ne signifie pas impunité ni renoncer à la justice. Cela signifie comprendre qu'une Cuba libre nécessitera la participation de citoyens aux idées diverses. La transition sera plus forte si elle offre des opportunités à ceux qui rompent avec le régime et se mettent du côté du peuple souhaitant vivre en liberté et en démocratie, tant qu'ils n'ont pas commis de graves violations des droits humains.

Le cinquième habit est de chercher d'abord à comprendre puis à être compris. L'opposition prodémocratique doit s'écouter mutuellement et écouter la population. Elle doit comprendre et ressentir la souffrance du travailleur, du paysan, du jeune sans avenir, du retraité, du prisonnier, de l'exilé et également de ceux qui demeurent silencieux par crainte. On ne peut pas diriger un peuple sans connaître ses préoccupations. Écouter renforce la crédibilité et permet de communiquer un message qui résonne avec les besoins réels.

Le sixième habit est de créer des synergies. La synergie apparaît lorsque des personnes et des organisations différentes coopèrent et obtiennent des résultats supérieurs à ceux qu'elles pourraient atteindre séparément. La démocratisation de Cuba nécessite une coordination entre les opposants, les activistes, les journalistes indépendants, les familles de détenus, les organisations de l'exil, les églises, les intellectuels, et les travailleurs. La diversité ne doit pas être considérée comme une faiblesse, mais comme une source d'expérience et de créativité.

Le septième habit est d'aiguiser la scie. Covey explique que toute personne et organisation a besoin de se renouveler. Ceux qui luttent pendant des années contre une dictature peuvent souffrir d'épuisement, de frustration et de démoralisation. Il est nécessaire de prendre soin de sa santé, de renforcer sa vie spirituelle, d'étudier, de se préparer, de former de nouveaux leaders et de maintenir des liens familiaux et humains. Une cause ne peut pas se maintenir si ses membres sont détruits physiquement ou émotionnellement.

Ces sept habitudes enseignent que l'efficacité ne dépend pas seulement du talent ou du désir de réussir. Elle dépend du caractère, de la discipline, de la vision, de la coopération et de la fidélité aux principes. La lutte pour une Cuba libre nécessite des personnes capables de se gouverner elles-mêmes avant de prétendre gouverner une nation.

La démocratie que nous souhaitons construire doit commencer par notre comportement présent. Être responsables, écouter, coopérer, respecter les différences, agir avec intégrité et garder une vision claire de l'avenir sont des étapes indispensables. La liberté ne sera pas seulement le résultat de la chute d'une dictature. Elle sera l'œuvre consciente de citoyens prêts à construire une république où tous les Cubains pourront vivre avec dignité, justice, droits pleins et prospérité.

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José Daniel Ferrer García

José Daniel Ferrer García (Palma Soriano, 1970). Coordinateur de l'UNPACU et président du Parti du Peuple.