Historien cubain : « Une clameur partagée émerge : jusqu'à quand cela va-t-il durer ? »

Calles de La Havane (image de référence)Photo © CiberCuba

L'historien Fabio Fernández Batista, professeur au Département d'Histoire de Cuba de l'Université de La Havane et membre du Comité National de l'Union des Historiens de Cuba, a publié ce vendredi sur Facebook un texte intitulé «Apocalipsis zombi» dans lequel il dépeint avec une crudité inhabituelle la réalité quotidienne d'une ville cubaine —presque certainement La Havane— en pleine crise.

Fernández Batista n'est ni un dissident ni un opposant déclaré, mais un académicien qui travaille au sein du système officiel. Cela confère à ses paroles un poids symbolique particulier : lorsque quelqu'un de sa position décrit Cuba comme un « apocalypse zombie », l'image est difficile à ignorer.

Captura de FB/Fabio Fernández

«La ville brûle. Le soleil tombe comme du plomb sur les rues où coexistent la poussière et les eaux usées. Les déchets sont partout et même à certains coins, ils brûlent lentement, offrant l'odeur saisissante du pourrissement», a écrit l'historien.

Le texte décrit l'effort pour obtenir un transport afin de traverser la ville : un voyage en voiture particulière qui, selon l'historien, peut coûter presque un salaire minimum complet. Depuis début juillet 2026, ce salaire minimum est fixé à 3 210 pesos, tandis que couvrir les besoins essentiels d'une personne nécessite environ 96 060 pesos par mois, soit environ 14 fois le salaire moyen de l'État.

«Il faut trouver une voiture pour traverser la ville. Le voyage sera long, presque équivalent à un salaire minimum. Les compagnons d'aventure se pressent et un cri partagé émerge : jusqu'à quand cela va-t-il durer ?», a rapporté Fernández Batista.

Dans ce parcours, l'historien décrit ce qu'il voit avant de traverser le tunnel : « une file d'attente pour le pain, le temps de voir un vieil homme fouiller dans les déchets, le temps de voir un enfant sacrifié sur l'autel de la vente ambulante ».

Une fois à l'intérieur du véhicule, la conversation entre les passagers tourne autour des pannes d'électricité et du manque d'eau. Et l'historien souligne un détail révélateur : « Personne ne parle de Trump, de Rubio, du blocus ». La population, dans son expérience directe, n'attribue pas la souffrance à l'embargo américain, mais à la réalité qu'elle vit chaque jour.

Ce détail contraste avec le discours officiel du régime, qui blâme systématiquement l'embargo pour tous les maux du pays. Le ministre des Affaires étrangères Bruno Rodríguez a même écarté l'idée qu'il existe une crise humanitaire à Cuba, bien qu'il ait reconnu que la population subit des « privations sévères ».

Le texte de Fernández Batista s'inscrit dans une vague de dénonciations publiques d'intellectuels et d'écrivains cubains. L'écrivain holguinero José Poveda Cruz a publié le 26 juillet qu'un sac de charbon coûte 2 500 pesos et que le riz et les haricots coûtent 400 pesos la livre, tandis que la pension minimale de 4 000 pesos équivaut à entre sept et neuf dollars. « Ce soir, le blackout reviendra. L'obscurité, ponctuelle comme un fonctionnaire exemplaire, envahira la maison », a écrit Poveda Cruz.

Le fil conducteur de toutes ces dénonciations est la crise énergétique qui frappe Cuba : en juillet 2026, les coupures de courant dépassent en moyenne 20 heures consécutives, avec des zones qui ont dépassé 72 heures sans électricité et Matanzas atteignant 87 heures. Cuba a enregistré au moins cinq effondrements totaux du Système Électrique National depuis le début de l'année, dont trois ce mois-ci.

L'accumulation de déchets que décrit l'historien a également une explication concrète : moins de la moitié des 106 camions de collecte de La Havane ont été opérationnels en 2026. Le témoignage déchirant de Cubains qui affirment vivre comme des animaux se répète sur les réseaux sociaux avec une fréquence qui n'étonne plus, mais qui continue de frapper.

En mars 2026, le propre Fernández Batista avait déjà signalé que Cuba traverse « des circonstances très complexes », marquées par la fatigue accumulée de la population, la mauvaise perception de la gestion gouvernementale et l'inefficacité bureaucratique. Sa nouvelle publication suggère que, depuis lors, la situation ne s'est pas améliorée, bien au contraire.

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Équipe éditoriale de CiberCuba

Une équipe de journalistes engagés à informer sur l'actualité cubaine et les sujets d'intérêt mondial. Chez CiberCuba, nous travaillons pour offrir des informations véridiques et des analyses critiques.

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