La Banque Nationale de Cuba doit payer 21 millions d'euros suite à un jugement à Londres : CRF affirme que le régime a refusé de négocier

Façade du bâtiment de la Banque Nationale de Cuba (BNC), à La Havane VieillePhoto © CiberCuba

Le Banco Nacional de Cuba (BNC) devra verser plus de 18,1 millions de livres sterling (environ 21,2 millions d'euros) au fonds d'investissement CRF I Limited suite à un jugement par défaut rendu par le Tribunal de Commerce de Londres le 31 juillet, selon ce que Telemundo 51 a révélé ce lundi.

Le jugement, rendu par le juge Mr Justice Andrew Baker, inclut 18 034 078,32 £ en dommages et 89 804,96 £ en frais de justice.

La sentence a été rendue par défaut car le BNC n'a pas présenté d'arguments en réponse à la demande d'évaluation des dommages présentée par CRF, ce que le tribunal a interprété comme une renonciation à se défendre à cette étape de la procédure.

Le litige trouve son origine dans deux prêts commerciaux contractés en 1982 et 1984 par la Banque nationale de Cuba avec des banques européennes — Crédit Lyonnais Bank Nederland et Istituto Bancario Italiano —, libellés en marks allemands, avec la République de Cuba comme garant.

Cuba a cessé de payer ces obligations au milieu des années 80. CRF I Limited, un fonds créé en 2009 aux Îles Caïmans, a acquis ces créances sur le marché secondaire et a déposé sa demande à Londres en février 2020, réclamant 72 122 664,70 euros de dette souveraine impayée.

Le cas a traversé plusieurs instances judiciaires. En avril 2023, la juge Sara Cockerill a reconnu CRF comme créancier légitime du BNC.

Le Tribunal d'Appel a confirmé cette position en novembre 2024, et la Cour Suprême du Royaume-Uni a rejeté le dernier recours du BNC le 31 mars 2025, ouvrant la voie à la phase de fond.

Une des informations les plus pertinentes communiquées par CRF ce lundi est que le régime cubain a ignoré de multiples tentatives de négociation avant que le jugement ne soit rendu.

Le fonds d'investissement a affirmé avoir tenté d'engager un dialogue constructif avec le Gouvernement et la Banque Nationale de Cuba pour résoudre la dette commerciale, dans des conditions justes pour les créanciers, commercialement réalistes pour Cuba et susceptibles de faciliter le retour éventuel du pays sur les marchés financiers internationaux.

La gestion la plus récente était une présumée lettre envoyée directement au président Miguel Díaz-Canel le 22 juin dernier, à peine quelques semaines avant le verdict final.

Dans cette lettre, CRF a proposé de maintenir des conversations confidentielles et a offert des solutions concrètes : des instruments liés à la croissance, des accords d'échange de la dette contre des capitaux et des structures conçues pour préserver la liquidité à court terme de Cuba. Cependant, ils affirment que ni le gouvernement cubain ni le BNC n'ont répondu.

Le président de CRF, David Charters, a confirmé le 31 juillet que le fonds n'avait reçu aucune réponse à ses propositions. Dans son communiqué, il a averti que le litige « n'a jamais été sa première option » et qu'il est encore possible d'atteindre une solution négociée, bien qu'il ait conditionné tout accord à l'existence « d'une attitude sérieuse et constructive de la part de Cuba et du BNC ».

Les 10 moments clés de l'affaire CRF contre la Banque Nationale de Cuba

Il s'agit d'un cas complexe, qui se développe depuis des décennies. Pour que le lecteur ait une meilleure compréhension des faits, nous avons élaboré cette brève chronologie :

1. 17 janvier 1982. La Banque Nationale de Cuba (BNC) signe un premier prêt avec Crédit Lyonnais Bank Nederland, garanti par la République de Cuba.

2. 30 janvier 1984. Le BNC contracte un deuxième prêt avec l'Istituto Bancario Italiano, également garanti par l'État cubain.

3. Milieu des années 80. Le gouvernement de Fidel Castro suspends le paiement des deux dettes et déclare la dette externe cubaine « impayable », excluant ainsi le pays des marchés internationaux du crédit.

4. En 2013. Le fonds CRF I Limited commence à acquérir de la dette cubaine sur le marché secondaire et entame des négociations avec La Havane pour rechercher une restructuration.

5. 18 février 2020. CRF a déposé une plainte auprès de la Haute Cour de Justice d'Angleterre et du Pays de Galles pour réclamer 72,1 millions d'euros correspondant à ces prêts et aux intérêts accumulés.

6. 4 avril 2023. La juge Sara Cockerill reconnaît CRF I Limited en tant que créancier légitime de la Banque Nationale de Cuba, permettant ainsi la poursuite du litige.

7. 14 novembre 2024. La Cour d'appel d'Angleterre et du pays de Galles confirme le jugement de première instance et ratifie CRF en tant que créancier légitime.

8. 31 mars 2025. La Cour suprême du Royaume-Uni rejette le dernier recours du BNC, maintenant la condition de CRF en tant que créancier et ouvrant la phase de quantification des dommages.

9. 22 juin 2026. CRF envoie une dernière proposition de négociation au président Miguel Díaz-Canel, offrant des alternatives pour restructurer la dette. Selon le fonds, le gouvernement cubain n'a pas répondu.

10. 31 juillet 2026. Le Tribunal de commerce de Londres condamne la Banque nationale de Cuba à payer 18,1 millions de livres sterling (environ 21,2 millions d'euros) après avoir rendu un jugement par défaut, en raison de l'absence de contestation de la BNC lors de la phase finale de la procédure.

Le jugement intervient dans un contexte de crise de la dette extérieure cubaine sans précédent.

Cuba a admis en janvier 2026 qu'elle ne pouvait pas normaliser le service de sa dette extérieure à court terme. La dette accumulée envers le Club de Paris frôle les 4,800 millions de dollars, tandis que les impayés envers le Brésil dépassent les 676 millions et ceux envers le Mexique atteignent les 1,500 millions de dollars.

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