
Le décès de l'ancien Premier ministre chinois Zhu Rongji, survenu mercredi à Pékin à l'âge de 97 ans, a servi à l'économiste cubain Pedro Monreal de point de départ pour lancer une question gênante au régime :
Monreal a publié sa réflexion jeudi sur sa page Facebook, Le Estado, en profitant des obituaries concernant Zhu pour établir un parallèle avec l'absence de leadership technique dans la gestion économique cubaine.
L'économiste s'appuie sur la célèbre phrase attribuée à Deng Xiaoping en 1992 : « Les dirigeants actuels ne comprennent pas l'économie... Zhu Rongji est le seul qui comprend l'économie », prononcée lorsque Zhu était encore vice-premier ministre.
Monreal précise que Zhu n'était pas économiste de formation académique, mais un technocrate dont le prestige s'est construit par la pratique : il a travaillé à l'Institut d'économie industrielle de l'Académie chinoise des sciences sociales, a été doyen fondateur de l'École d'économie et de gestion de l'Université Tsinghua depuis 1984, et a exercé les fonctions de maire et de secrétaire du Parti à Shanghai.
Ce que Monreal souligne de l'héritage de Zhu est son efficacité concrète : en juin 1993, il a impulsé un ensemble de « 16 mesures » de contrôle macroéconomique qui a réduit l'inflation chinoise d'un pic proche de 24% en 1994 à des niveaux entre 0% et 1% en 1997-1998, sans freiner la réforme ni l'ouverture, réalisant ce que l'on appelle l'« atterrissage en douceur » de l'économie.
Le contraste avec Cuba est le cœur de l'argument. Le régime a cité la réforme chinoise comme référence utile, mais le paquet de 176 mesures approuvé en juin 2026 —organisé en 23 axes— ne contient aucun dédié à la stabilisation macroéconomique.
Selon Monreal, le terme « inflation » n'apparaît que deux fois dans le document sans être lié à l'équilibre macroéconomique, et le mot « stabilisation » n'y figure pas une seule fois.
«Quelle est la logique de ce que le paquet de 176 mesures n'inclue pas un 'axe' dédié à la stabilisation macroéconomique ?», interroge l'économiste, et ajoute : «Comment le gouvernement cubain a-t-il pu considérer la réforme chinoise comme une référence utile sans reconnaître que la stabilisation macroéconomique est une condition clé pour entreprendre des transformations structurelles ?»
Cuba traverse en 2026 son deuxième grand échec de politique de prix en cinq ans. La Tâche d'Ordonnancement de 2021 a généré une inflation officielle de 77,33% cette année-là, bien au-dessus du 40% prévu, et le régime lui-même a fini par reconnaître son échec. Le schéma se répète : le gouvernement a supprimé les plafonds de prix par le biais de la Résolution 150/2026 du Ministère des Finances et des Prix, mais en moins de deux mois, des provinces comme Villa Clara, Matanzas, Guantánamo, Santiago de Cuba et Holguín ont réinstauré des contrôles sur les aliments de base.
La réalité sous-jacente à ce cycle est dévastatrice. Le salaire minimum a été porté à 3 210 pesos par mois depuis juillet 2026, mais le panier de la ménagère est estimé à environ 96 000 pesos par mois, un écart d'environ 30 fois. L'inflation officielle a atteint 18,27% en glissement annuel en juin 2026, et l'huile est passée d'environ 1 500 pesos en avril à plus de 4 000 pesos en août, avec des pics allant jusqu'à 7 000 pesos le litre.
Monreal a qualifié ce cycle de «pillage légal» des travailleurs cubains et souligne que la rémunération des travailleurs en pourcentage du PIB a chuté à une moyenne de 26,7% après la Tâche d'Ordonnancement, contre 35,6% enregistré entre 2003 et 2020.
Quelques jours auparavant, l'économiste avait averti que les 176 mesures n'ont eu qu'un seul résultat : « démontrer qu'ils n'ont rien appris », et il a décrit le retour aux contrôles provinciaux comme « le nouvel artifice 'technique' de la bureaucratie » pour transférer aux autorités locales « la responsabilité de corriger l'erreur de la prétendue politique 'libéralisante' du gouvernement central ».
Monreal conclut sa publication par une question qui ne laisse pas de place à une réponse facile : « Quel fonctionnaire du gouvernement cubain, à partir du rang de vice-premier ministre, a exprimé des désaccords avec le 'consensus' qui a produit un paquet de transformation économique sans 'axe' macroéconomique ; où 'inflation' n'apparaît que deux fois, aucune étant liée à l'équilibre macroéconomique, et où le terme 'stabilisation' n'est mentionné nulle part ? »
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