Le Kremlin a déployé un réseau de recrutement trompeur en Amérique Latine qui promet des emplois bien rémunérés dans des secteurs civils et finit par envoyer les recrutés au front en Ukraine, selon une analyse publiée ce samedi par Infobae.
Cuba, le Mexique et la Colombie figurent parmi les principaux foyers de cette opération, qui s'étend également au Pérou, à la Bolivie et au Salvador.
Le mécanisme est systématique : des annonces sur les réseaux sociaux — en particulier Facebook — offrent des postes de maçon, cuisinier, agent de sécurité ou transporteur avec des salaires variant entre 2 500 et 3 500 dollars par mois, des primes de dizaines de milliers de dollars et, dans certains cas, la citoyenneté russe.
Le reportage explique qu'à leur arrivée à Moscou, les recrues sont confrontées à une réalité radicalement différente : on leur confisque les passeports, on leur remet des uniformes militaires et on les envoie au front, sans que les avantages promis ne se concrétisent.
Au Mexique, des pages Facebook telles que «Global Talent Security» et «Grupo Avant» ont été identifiées comme des canaux de recrutement.
La deuxième a été éliminée après avoir été documentée par le journal La Crónica. L'ambassade mexicaine en Russie avait enregistré 14 cas clôturés de citoyens rapatriés et deux cas ouverts liés à ce schéma.
La Colombie représente un autre foyer prioritaire pour le Kremlin. L'existence d'une large population d'anciens combattants démunis et au chômage, après des décennies de conflit armé interne, a transformé le pays en terre fertile pour les promesses russes : un salaire mensuel de 3 500 dollars, une prime de 35 000 dollars et la citoyenneté ; mais en pratique, aucune de ces conditions n'a été respectée.
Cuba est, cependant, le cas le plus grave de la région. La Russie a commencé à utiliser des mercenaires cubains depuis 2023, attirée par leur formation militaire soviétique, leur familiarité avec l'armement russe et le coût politique nul que cela représente pour le Kremlin : personne à Moscou ne rend de comptes pour la mort de soldats étrangers.
En 2025, le nombre estimé de Cubains combattant pour la Russie a atteint 20 000 soldats, selon le renseignement militaire ukrainien, avec des projections selon lesquelles l'île pourrait même dépasser le contingent nord-coréen.
Le paquet proposé aux Cubains — 2 000 dollars par mois, la citoyenneté russe et 15 jours de vacances tous les six mois — n'a été que partiellement respecté par le Kremlin, ce qui a entraîné des défections et du mécontentement parmi les recrues.
«Les jeunes Cubains qui se sont enrôlés dans les rangs russes ont cru aux promesses d'argent et de bien-être pour leurs familles sur l'île, mais n'ont trouvé que la mort, la tromperie et le déshonneur», souligne l'analyse.
Les conséquences sont mortelles. Au 28 janvier 2026, l'Ukraine avait identifié au moins 93 Cubains morts au combat, tandis que le régime cubain garde un silence officiel sur les chiffres et nie toute participation au recrutement.
La communauté internationale a commencé à répondre. Un rapport conjoint de la FIDH, Truth Hounds et la KIBHR, publié en avril 2026, a conclu que la Russie a recruté au moins 27 000 citoyens étrangers de plus de 130 pays depuis février 2022, et que ce schéma correspond à la définition de la traite des êtres humains selon le Protocole de Palerme.
En mai 2026, le Royaume-Uni a sanctionné la Cubaine Dayana Echemendía Díaz, résidente à Ryazan, pour son rôle dans le recrutement trompeur de compatriotes, avec gel d'avoirs et interdiction de voyage.
En juillet 2026, l'Union Européenne a exigé du régime cubain qu'il rompe ses liens avec la Russie, dans une pression diplomatique que La Havane a jusqu'à présent ignorée.
«Le régime russe profite du besoin et du désespoir qui règnent à Cuba et dans d'autres pays», conclut l'analyse de Infobae.
«On leur a promis monts et merveilles, mais ils n'ont trouvé qu'un enfer sur une terre étrangère.» conclut.
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